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France : Les caméras dans les abattoirs, obligation insuffisante pour les défenseurs des animaux

Un militant manifeste contre le traitement infligé aux animaux à l'abattoir de Limoges, le 26 novembre 2016.
Un militant manifeste contre le traitement infligé aux animaux à l'abattoir de Limoges, le 26 novembre 2016. Pascal Lachenaud, AFP.

L'Assemblée nationale a voté, jeudi, l'obligation d'installer des caméras de surveillance dans les abattoirs de France à partir de 2018. Une mesure insuffisante selon l’association L214, qui mène campagne contre la maltraitance animale.

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La loi française va-t-elle pouvoir empêcher la maltraitance animale constatée dans certains abattoirs ? L'Assemblée nationale a voté, jeudi 12 janvier, l'obligation d'installer des caméras de surveillance dans les abattoirs à partir de 2018.

Les vidéos diffusées fin 2015 et début 2016 par l’association de défense des animaux L214 (attention, certaines images peuvent choquer) avaient suscité beaucoup d'émotion. Dans les abattoirs d’Alès (Gard), de Limoges (Limousin) ou encore de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques), on y voyait des bêtes écartelées vivantes après un étourdissement raté, ou se vidant lentement de leur sang, accrochées tête en bas et vivantes toujours…

La diffusion de ces images avait entraîné un plan gouvernemental en faveur du bien-être animal.

Les députés avaient alors mis cette question au cœur d'une commission d'enquête, dont a découlé une proposition de loi portée par Olivier Falorni (DVG) et son groupe des radicaux de gauche, comprenant une mesure phare sur les caméras dans les abattoirs. Elle a été adoptée jeudi 12 janvier à la surprise générale.

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Malgré l'opposition de quelques députés de droite et du centre, qui pronostiquent déjà que "les petits abattoirs disparaîtront" compte tenu de cette nouvelle charge, l'obligation d'installer des caméras a été adoptée par 28 voix contre 4, dans un hémicycle peu garni à l'heure du débat télévisé de la primaire citoyenne de la gauche.

À partir du 1er janvier 2018, et à l'issue d'une expérimentation, "des caméras (seront) installées dans tous les lieux d'acheminement, d'hébergement, d'immobilisation, d'étourdissement, d'abattage et de mise à mort des animaux", stipule la disposition, à laquelle se sont ralliés les socialistes et le gouvernement.

Le syndicat des abatteurs et découpeurs industriels, Culture viande (70 adhérents, 35 000 salariés), avait objecté en vain que "la protection animale à l'abattoir n'est pas une affaire de caméras", mais "avant tout une question d'hommes, de formation et de bon sens".

"Je crois plus à la pertinence de lanceurs d'alerte formés et protégés qu'à un système de vidéosurveillance", avait aussi déclaré à l'AFP Dominique Langlois, patron d'Interbev, l'Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes, pas hostile cependant à une expérimentation.

"Maigre avancée"

L'expérimentation préalable devra selon le texte permettre "d'évaluer l'opportunité et les conditions de la mise en place" des caméras. Il n’est cependant pas certain que la proposition de loi, qui doit désormais être votée au Sénat, puisse être définitivement adoptée d'ici à la fin de la législature dans six semaines, malgré le soutien affiché du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll.

Le texte indique que les directions des abattoirs ne pourront pas avoir accès aux images enregistrées. Elles seront en revanche montrées aux responsables de protection animale désignés dans les établissements ainsi qu’aux services de l'État de contrôle vétérinaire.

"C’est une avancée, mais elle est maigre", estime Sébastien Arsac, co-fondateur de L214, contacté par France 24. "Ce sont les services vétérinaires ainsi que les responsables de protection animale qui auront accès à ces images. Ces derniers sont juges et partie, et les services vétérinaires, déjà censés contrôler les abattoirs, ont démontré leur grand laxisme en la matière. Nous aurions voulu que des observateurs extérieurs, par exemple des associations ou des comités d’éthiques locaux, puissent visionner les vidéos", poursuit le militant.

L’élevage intensif dans le viseur

Sébastien Arsac regrette également que l’interdiction de l’abattage des vaches gestantes n’ait pas été retenue. "La loi permet de tuer des femelles qui sont sur le point de mettre bas, mais la manière dont on traite ces fœtus prêts à naître est inadmissible", argumente-t-il, rappelant la vidéo tournée en caméra cachée à l’abattoir public de Limoges, le plus grand de France, en novembre 2016. Les images montraient des fœtus de veaux, dont certains longs de plus d’un mètre, jetés aux ordures.

L’association regrette enfin que l’étourdissement par choc électrique avant abattage n’ait pas été rendu obligatoire. L’étourdissement par usage de CO2, autorisé, n’est pas toujours efficace et entraîne asphyxie et souffrances, plaide Sébastien Arsac.

Après avoir mené, avec la diffusion de vidéos d’abattoirs, une campagne choc mais qui a prouvé son efficacité, L214 tente désormais de mobiliser contre l’élevage intensif de poules, de lapins, de porcs, qui voit certains animaux élevés dans des conditions d’hygiène déplorables avant d’être abattus.

"En France, et dans la foulée de la prise de conscience qui s’est opérée dans les pays anglo-saxons, la question de la souffrance animale est de plus en plus entendue dans l’opinion publique, et les choses avancent doucement sur le plan politique", reconnaît le militant.

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Ainsi, depuis 2015, la reconnaissance des animaux comme "des êtres vivants et sensibles" est inscrite dans le Code civil, pour l'aligner sur les Codes pénal et rural, mais, "sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels".

 

 

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