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Pourquoi la chute du taux de croissance chinois est bonne et mauvaise à la fois

Les investissements immobiliers expliquent en partie le taux de croissance chinois en 2016.
Les investissements immobiliers expliquent en partie le taux de croissance chinois en 2016. Nicolas Asfouri, AFP

La Chine a enregistré une croissance de 6,7 % en 2016, son plus bas niveau en 26 ans. Un chiffre qualifié à la fois de rassurant et d'inquiétant. Explication de ce paradoxe.

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La croissance chinoise inquiète au plus haut point les uns et rassurent, au contraire, les autres. Les mêmes chiffres, publiés vendredi 20 janvier par Pékin, ont été interprétés de manière diamétralement opposée. Les 6,7 % d’augmentation du PIB enregistrée par la Chine en 2016 représentent “la croissance la plus faible depuis 26 ans”, selon le quotidien britannique The Guardian, tandis que la chaîne américaine ABC a qualifié ces résultats “d’étonnement bons”.

“Il est vrai que les chiffres n’avaient pas été aussi mauvais depuis 1990, soit juste après la répression de Tienanmen, mais dans le contexte international actuel et par rapport aux autres pays, cela reste plutôt bon”, résume Jean-François Dufour, responsable du China Control Panel du cabinet de conseil Montsalvy consulting, contacté par France 24.

La dette à la rescousse

La situation aurait pu en effet être bien pire pour Pékin. En 2016, les exportations chinoises, moteur traditionnel de l’économie chinoise, se sont effondrées (- 7 %), du fait du ralentissement de l'économie de ses principaux partenaires commerciaux. Malgré ça, le pays a pu tenir son objectif d’une croissance comprise entre 6,5 % et 7 % fixé début 2016. “La Chine a pu compter sur le moteur intérieur pour prendre en partie le relais”, souligne Jean-François Dufour.

La consommation intérieure a progressé de plus de 10 %. Les investissements industriels et dans les infrastructures sont en hausse de 7 %, tandis que le secteur immobilier a connu une très bonne année (+ 6%). Mais la bonne performance du marché intérieur a un coût : la dette. “Les entreprises et les collectivités locales ont accumulé énormément de dettes pour investir”, note l’économiste. Pékin n’est pas étranger à cet appétit pour l’emprunt : les autorités ont tout fait pour faciliter l’accès au crédit, afin de stimuler l’activité.

Ce n’est, en fait, pas tant le taux de croissance qui inquiète que la nature de la croissance. “Cette situation est intenable à plus ou moins long terme dans une économie de marché normale”, reconnaît Jean-François Dufour. La crise financière de 2008 est, en partie, due à des crédits accordés trop facilement aux États-Unis et la stagnation économique japonaise des années 1990 provient aussi d’un endettement trop élevé.

“Pékin enfermé dans son modèle économique”

Le choix de Pékin d’alimenter le marché du crédit, afin de tenir ses objectifs de croissance malgré le ralentissement des exportations pourrait donc mal finir. Sauf que l’économie chinoise ne fonctionne pas sur le même modèle que ses homologues occidentaux. “La Chine a une économie de marché encadrée qui permet à l’État d’intervenir activement”, rappelle Jean-François Dufour. Pékin a, ainsi, déjà mis en place des garde-fous, qui seraient difficilement imaginables dans des économies de marché à l’occidentale : un programme prévoit ainsi que les banques puissent convertir des créances douteuses en participation dans les entreprises qui doivent les rembourser. Si l’entreprise ne paie pas, la banque devient actionnaire.

Ce système fonctionne uniquement si l’État continue à intervenir activement pour éviter l’explosion en plein vol. “Derrière les chiffres de la croissance, il y a clairement une situation économiquement tendue en Chine”, estime Jean-François Dufour.

Surtout, l’obligation d’afficher, année après année, des taux de croissance avantageux empêche la Chine de libéraliser davantage son économie. “Pékin est enfermé dans son modèle économique avec une très faible marge de manœuvre pour les réformes”, confirme l’économiste français. Les autres pays ont besoin de la croissance chinoise qui est, avec celle des États-Unis, l’un des principaux indicateurs de la santé économique mondiale. C'est toute l'ironie de l'histoire : ceux qui, au nom des grands principes économiques, critiquent la Chine pour son trop grand interventionnisme dans l’économie et appellent à davantage de libéralisation de l’économie jouent, d’après Jean-François Dufour, avec le feu.

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