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À Washington, une Amérique divisée investit son nouveau président

Des manifestants anti-Trump brandissent des pancartes derrière un supporter du nouveau président américain, vendredi 20 janvier 2017 à Washington.
Des manifestants anti-Trump brandissent des pancartes derrière un supporter du nouveau président américain, vendredi 20 janvier 2017 à Washington. AFP

La capitale américaine, fief démocrate, a vu défiler des dizaines de milliers d'Américains vendredi pour l'investiture de Donald Trump. La plupart sont venus soutenir leur nouveau président. D'autres ont voulu exprimer leur colère.

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correspondante à Washington

Sur la ligne verte du métro de Washington, de jeunes supporters de Donald Trump portent fièrement leur casquette rouge "Make America Great Again". Sur leur route, un gobelet Starbucks à la main, une femme d’une trentaine d’année les observe depuis le quai avant de détourner le regard, blasée. Cet échange sans paroles pourrait assez bien résumer cette journée du vendredi 20 janvier. Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis, après avoir prêté serment dans la capitale américaine, ville profondément démocrate dont 93 % des voix sont allées à Hillary Clinton en novembre.

>> À lire aussi : Investi président des États-Unis, Donald Trump a pris ses fonctions à la Maison Blanche

Dès le petit matin, plusieurs rassemblements d’opposants ont été organisés près du Mall, la grande bande de pelouse qui relie le Congrès au Washington Monument et sur laquelle des dizaines de milliers de personnes (900 000 personnes étaient attendues, mais aucun comptage officiel n’a encore été dévoilé) ont assisté au discours du milliardaire.

"Trump ! Trump, baby, Trump !"

Un petit groupe hétérogène composé de militants pro-palestiniens, d’opposants à Guantanamo mais aussi de fondamentalistes chrétiens scandaient des slogans tout en fixant les militants pro-Trump en train se frayer un chemin vers les barrages filtrants du Mall.

"Libérez la Palestine ! ", crie un manifestant. Une pro-Trump d’une cinquantaine d’années lui rétorque "Merci mais nous, on aime Israël !" avant de se faufiler vers les sas dressés par le Secret Service. À côté d’elle, un jeune homme nerveux hurle en direction des porteurs de pancartes : "Trump ! Trump, baby, Trump !"

À quelques encablures de là, ce sont des militants Black Lives Matter qui écoutent une de leur porte-parole locale condamner les violences policières. "Est-ce que vous aller avoir peur d’un président qui ne sait pas épeler le mot ‘président’ ?", demande-t-elle à la trentaine de personnes qui l’observent. Et d’ajouter : "Vous devez être prêts à vous battre, pour vous et pour ceux qui sont plus faibles que vous."

Quelques incidents violents

Cet appel à la résistance a été relayé tout au long de la journée. Dans la soirée, la police locale annonçait avoir procédé à quelque 200 arrestations de protestataires anti-Trump. Des incidents, isolés mais parfois violents (vitrines brisées, véhicules brûlés), ont été rapportés. Quelque 28 000 membres des forces de l'ordre avaient été mobilisés ce vendredi.

Près du Navy Memorial, un rassemblement contre le racisme a été particulièrement suivi vendredi matin. Jeff, qui arbore fièrement une pancarte "See you at the impeachment!" (On se voit lors de la destitution !), est venu de Pennsylvanie pour "montrer à l’équipe Trump qu’elle ne fera pas ce qu’elle voudra sans résistance de notre part".

Ce socialiste qui a voté pour la candidate écologiste Jill Stein estime que c’est la faute des démocrates si l’homme d’affaires a été élu à la Maison Blanche : "Ils récoltent ce qu’ils ont semé : avoir soutenu les banques en 2008, avoir engraissé les assureurs avec Obamacare."

Non loin de là, Austin, un retraité venu du Maryland, se dit inquiet par la personnalité de Donald Trump. "Ce n’est pas comme si c’était juste une idéologie. J’accepterais sa victoire si c’était une personne normale. Mais il ressemble à un enfant de cinq ans qui maltraite ses camarades. Il ouvre la bouche avant même de penser." Austin voit déjà le nouveau président créer des tensions telles que son pays pourrait se retrouver en guerre avec la Chine.

Une foule homogène

Derrière les barrières de sécurité, c’est une autre ambiance. Parmi la foule, peu de membres des minorités noire et latina. Écharpes à la bannière bleue étoilée, casquettes rouges "USA" et t-shirts à l’effigie de Donald Trump se croisent en attendant la prestation de serment. Un attirail rapidement complété par des ponchos en plastique, puisque les gouttes éparses qui tombaient dans la matinée se sont tout à coup renforcées lors de la prise de parole de Donald Trump. Un moment qui aura à coup sûr ravi ses opposants.

Après le discours du nouveau chef de l’État, qui a insisté sur le fait de rendre le pouvoir au peuple, ses partisans, bien qu’un peu fatigués par l’attente dans un froid raisonnable, semblent satisfaits.

Dans la cohue, Joann et son mari James sont toutefois un peu gênés. S’ils ont bien voté pour Donald Trump, "le candidat du moindre mal", ils trouvent qu’il a "fait un peu trop de promesses" et se demandent s’il pourra les tenir. "Et puis je n’ai pas aimé la façon dont certains supporters extrémistes se sont comportés, par exemple en huant Hillary Clinton", admet Joann.

Son époux, lui, dit comprendre les manifestants anti-Trump : "C’est un pays libre. Moi aussi j’aurais manifesté si j’en avais ressenti le besoin." Le couple est toutefois soulagé d’en finir, espèrent-ils, avec l’establishment de Washington. "Les mensonges, les scandales, le gouvernement omniprésent, on n’en peut plus", lâchent-t-ils avant de se diriger vers la parade à l’issue de laquelle le nouveau président américain a franchi le seuil du Bureau ovale. Pour de bon.

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