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FRANCE

Primaire de la gauche : la fin du concept de "candidat de la synthèse"

© AFP | Benoît Hamon et Manuel Valls sont arrivés en tête, dimanche 22 janvier 2017, du premier tour de la primaire de la gauche.

Texte par Romain BRUNET

Dernière modification : 23/01/2017

Les électeurs à la primaire de la gauche ont placé au second tour, dimanche, deux candidats ayant des projets radicalement différents, notamment en ce qui concerne la vision du travail dans le monde de demain.

L’heure du choix est enfin arrivée pour la gauche. En propulsant Benoît Hamon (36,3 %) et Manuel Valls (31,1 %) au second tour de la primaire de la gauche, les 1,33 million d'électeurs qui se sont déplacés, dimanche 22 janvier, ont mis leur famille politique en position de trancher pour de bon l’orientation à donner au Parti socialiste pour les années à venir.

"Un choix très clair se présente à nous", a souligné Manuel Valls dans son discours, dimanche soir. D’un côté les électeurs pourront opter pour un candidat situé à la gauche du Parti socialiste, symbolisant les frondeurs opposés à la Loi El Khomry, qui a acté, pour l’avenir, la raréfaction du travail et qui propose en contrepartie un revenu universel. De l’autre, ils auront l’option de la continuité du quinquennat Hollande, un ancien social-démocrate qui se dit "réformiste" et qui affirme être le candidat de "la valeur travail" et d’une gauche responsable.

>> À voir : Retrouvez les vidéos des discours de Hamon, Valls, Montebourg et Peillon

Si l’on s’en tient à l’arithmétique pure qui consiste à additionner les reports de voix potentiels, Benoît Hamon, qui a reçu le soutien d’Arnaud Montebourg, arrivé troisième avec 17,52 % des voix, est en position de force. Mais rien ne dit que les électeurs du chantre du "Made in France" se rallieront tous à l’éphémère ministre de l’Éducation nationale. Arnaud Montebourg a vigoureusement attaqué l’idée du revenu universel durant la campagne, affirmant à maintes reprises qu’elle n’était pas réaliste et qu’une telle proposition entraînerait automatiquement une hausse des impôts. Il n’est donc pas à exclure que les électeurs ayant voté pour lui car ils adhéraient à sa volonté d’aller chercher des points de croissance grâce à un plan de relance ambitieux ou grâce à la réindustrialisation de la France aient quelques hésitations au moment d’accorder leur suffrage à un candidat si différent sur le plan idéologique.

Et cela, Manuel Valls le sait bien. Sa seule chance de l’emporter, dimanche 29 janvier, sera de parvenir à convaincre ces électeurs. Son message s’adressait notamment à eux, dimanche soir, lorsqu’il a déclaré qu’ils étaient face à un choix clair, celui "des promesses irréalisables et infinançables" ou celui d’une "gauche crédible qui assume les responsabilités du pays".

"Vous avez le choix désormais : accepter ou refuser la défaite annoncée"

"Je ne crois pas à une fin du travail qu’il faudrait compenser par une nouvelle allocation, a-t-il ajouté. Je ne crois pas au revenu universel au coût exorbitant, impliquant d’augmenter massivement – car il faut dire la vérité aux Français – les impôts et nos déficits."

Sa deuxième carte sera celle de l’expérience et de la stature du présidentiable. L’ancien Premier ministre va vouloir faire passer l’idée qu’il serait le seul, à gauche, à avoir une chance d’accéder en mai au deuxième tour de la présidentielle. "Vous avez le choix désormais : accepter ou refuser la défaite annoncée, a-t-il lancé aux Français. […] Accepter une gauche qui s’efface dans l’opposition, une gauche spectatrice, ou bien le refuser. Ce n’est pas seulement l’avenir du Parti socialiste qui est en jeu – la formation de François Mitterrand, de Michel Rocard ou de Lionel Jospin. C’est celui de la gauche qui est fière de gouverner, d’assumer les responsabilités quand c’est difficile, de réformer, et pas de proclamer dans le confort de l’opposition."

>> À lire : Les socialistes renversent le gouvernement

Benoît Hamon, de son côté, pense avoir trouvé la parade. Il répond que les Français en ont assez des "vieilles recettes", de la "vieille politique" et des "solutions qui ne marchent plus" et assure que son projet, qui allie "la question sociale et la question écologique", est le seul "qui se tourne vers le futur".

Ce n’est donc pas un hasard si l’environnement fut le premier thème abordé lors de son discours, dimanche soir. Benoît Hamon a bien conscience que cette question, qui n’a pas été beaucoup abordée jusqu’ici dans la campagne et qui, pourtant, au même titre que les transformations liées au numérique, est au cœur des mutations de notre société, est une des forces de son programme.

Faire "de la transition écologique une priorité politique absolue"

"Qui ne voit pas qu’il faut aujourd’hui impérativement changer de modèle de développement, placer la conversion écologique de notre économie en tête des priorités politiques, sauf à accepter, sauf à tolérer de laisser à nos enfants un monde qui va devenir de plus en plus invivables ?", a-t-il demandé, promettant qu’il ferait "de la transition écologique une priorité politique absolue".

Quant aux critiques sur le revenu universel, dont il sait qu’elles vont s’intensifier dans l’entre-deux-tours, Benoît Hamon répond désormais que celui-ci est destiné à changer le rapport de force entre employeurs et employés.

>> À lire : Plus qu'un candidat, l'avenir du PS en jeu

"Aujourd’hui, vouloir la société du travail, c’est d’abord donner les moyens à ceux qui ont un travail pénible de pouvoir négocier avec leur employeur, être en capacité de changer le rapport de force, de réduire leur temps de travail. C’est le sens du revenu universel d’existence que je défends", a-t-il soutenu dimanche soir.

En citant l’exemple du travailleur plutôt que de l’étudiant, Benoît Hamon se replace ainsi en opposition frontale avec la philosophie de la Loi travail, imposée par Manuel Valls au printemps 2016. C’est sur cette question, croit-il, que se détermineront les électeurs dimanche prochain. Faut-il une gauche, peut-être utopique, mais fidèle, selon Benoît Hamon, au progrès social ? Ou bien une gauche qui, comme l’affirme Manuel Valls, n’oppose pas "le cœur et la raison", n’oppose pas "les valeurs et les responsabilités", quitte à donner la part belle aux entreprises face aux salariés ? En attendant le verdict des urnes, dimanche 29 janvier, une chose est sûre : après la victoire de François Hollande à la primaire de 2011, le concept de candidat de la synthèse cher au Parti socialiste a définitivement vécu.

Première publication : 23/01/2017

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