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Valls VS Hamon, "passions tristes" contre "passions joyeuses"

© Montage Mashable FR

Texte par Aude LORRIAUX

Dernière modification : 23/01/2017

Ton, style, message et contenu et thèmes abordés : les discours des deux vainqueurs de la primaire de gauche étaient très différents. Autoritaire et jouant sur la peur pour l’un. Humble et mettant l’accent sur l’espoir pour l’autre.

Les discours qui suivent le premier tour d’une élection sont toujours très attendus. Ils donnent le ton de la campagne d’entre-deux tours et une idée de la stratégie qui va suivre. Pris parfois par l’émotion, à un moment crucial, les candidats se révèlent et se dévoilent encore plus.

VOIR AUSSI : Motion de censure à gauche

Les mots prononcés dimanche 22 janvier au soir par les deux vainqueurs de la primaire de la Belle alliance populaire, Manuel Valls et Benoît Hamon, sont à ce titre particulièrement intéressants. Ils montrent des styles et des orientations très différents. Autoritaire, vertical, jouant sur la peur et les "passions tristes", pour l’un. Humble, horizontal, et mettant l’accent sur l’espoir et les "passions joyeuses", pour l’autre.

Style autoritaire contre style humble

La différence de ton saute aux oreilles. Benoît Hamon se présente face à ses soutiens avec une voix presque faible, dans une pièce il est vrai assez bruyante. "Je voudrais remercier les électeurs qui m’ont fait confiance ce soir", dit-il... sans grande confiance semble-t-il. Il lui faudra une ou deux minutes avant de parler de manière plus assurée, alors même qu’il est le grand gagnant de cette soirée.

Très vite, il envoie une brassée de merci et d’amitiés aux participants de la primaire, égrenant leurs prénoms, comme s’il évoquait de bons camarades. Il n’oublie pas Manuel Valls, à qui il envoie un message positif : "Je voudrais dire à Manuel Valls que je suis heureux de poursuivre le débat avec lui."

Face à lui, Manuel Valls emploie un ton ferme et fort, et un vocabulaire martial ("Moi, je suis un combattant", dit-il en conclusion). Son visage est fermé et comme le remarque le journaliste Jean Baptiste Daoulas, il a presque l’air "excédé par l'enthousiasme bruyant de ses propres militants". S’il se dit "heureux de se retrouver face à Benoît Hamon", il l’attaque sans pitié, après à peine deux minutes de discours, réactivant l’opposition déjà vue pendant la campagne entre son "réalisme” supposé, et l’utopie" du camp adverse:

"Un choix très clair se présente désormais à vous et à nous : le choix entre la défaite assurée et la victoire possible, le choix entre des promesses irréalisables et une gauche crédible, qui assume les responsabilités du pays. Gouverner c’est difficile."

La différence de styles est patente, béante, comme l’ont remarqué d’autres journalistes sur Twitter. "Le discours tout calme de Benoît Hamon face aux scuds de Manuel Valls, le contraste est impressionnant", commente Olivier Clairouin. "Il s'annonce moche le second tour, tant Valls tape dur, très dur, sur Hamon", abonde Lénaïg Bredoux.

Passions tristes contre passions joyeuses

Par delà le ton des voix ou l’expression des visages, c’est aussi la différence de message qui frappe. On pourrait résumer cela avec un concept emprunté à la philosophie, celui des "passions tristes" et des "passions joyeuses" du penseur néerlandais du XVIIè siècle, Baruch Spinoza.

Le message de Benoît Hamon est tout entier tourné vers ces passions joyeuses : il parle "d’espoir et de renouveau" et emploie un vocabulaire positif. Il insiste par exemple sur le besoin de "faire respirer la démocratie". Il veut réconcilier les contraires et apaiser les tensions, évoquant la nécessité de "faire de la question sociale et écologique les deux termes d’un nouveau projet qui se tourne vers le futur, pas l’un ou l’autre mais l’un avec l’autre". Et envisage volontiers l’avenir, voulant "reconstruire davantage que la gauche". 

Benoît Hamon parle "d’espoir et de renouveau" quand Manuel Valls commence par mentionner le passé

Manuel Valls, par contraste, commence par mentionner le passé et les "forces qui voulaient l’échec de cette primaire", soulevant, comme l’a très justement relevé le journaliste Samuel Laurent, l’idée d’une possible conspiration contre la primaire de gauche, alors qu’il y a pourtant lui-même été très longtemps opposé. Il parle de Français "abandonnés" à leur sort, et insiste pendant près de six minutes sur les menaces qui guettent selon lui le pays : "L'extrême droite qui détruirait notre pays, ou la droite, celle de Fillon, dure, libérale comme jamais", la "mondialisation qui ne fait aucun cadeau à nos salariés", les "fractures", le "communautarisme", ceux qui "excluent" selon lui les femmes de l’espace public.

Le ressort affectif principal de son discours est majoritairement celui de la peur, la peur que ressentent les Français face à toutes ces menaces, mais aussi la peur qu’il tente visiblement de susciter face aux mesures de son concurrent, mentionnant par exemple le "coût exorbitant" du revenu universel, qui impliquerait selon lui "d’augmenter massivement les impôts et nos déficits", ou le risque qu’avec l’élection de Benoît Hamon, la gauche ne disparaisse du paysage politique français : "Vous avez le choix, accepter ou refuser la défaite annoncée, accepter une gauche qui s’efface pour longtemps, comme cela est le cas dans un certain nombre de pays alentour, accepter une gauche spectatrice, ou le refuser."

Vertical et horizontal

Le ton et le style, le message, et aussi... le contenu et les thèmes abordés : tout oppose les deux candidats dans ces deux discours. Alors que Manuel Valls met l’accent sur une version verticale, descendante, du pouvoir ("top - down" disent les Anglais, de l’Etat vers les citoyens), son concurrent prône une version horizontale, ou ascendante ("bottom-up"). C’est le régalien contre le citoyen : "Valls parle ce soir politique étrangère quand Hamon parle écologie et social", fait justement remarquer le journaliste Renaud Pila.

Benoît Hamon veut par exemple "placer la conversion écologique de notre économies en tête des priorités politiques de notre pays" et évoque la sortie du diesel, la réduction du nucléaire, l’interdiction des perturbateurs endocriniens, toutes choses qui font partie du quotidien des électeurs. Manuel Valls mentionne quant à lui "l’Amérique de Trump, la Russie de Poutine" au rang des menaces, certes, présentes dans la tête de nombre de citoyens, mais éloignées de leur vie quotidienne et sur lesquelles seuls les dirigeants et une poignée d'acteurs peuvent agir.

Ces discours sont très différents, mais il faut pour finir apporter une nuance: les paroles des vainqueurs sont souvent les plus modestes - souvenons-nous du discours de François Fillon après sa victoire, similaire en de nombreux points à celui de Benoît Hamon - et ceux des challengers plus offensifs. Les personnalités respectives de Manuel Valls et de Benoît Hamon n’ont fait que renforcer ce schéma...

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 23/01/2017