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Non, le Parti socialiste n’est pas mort

Patrick Kovarik, AFP

Depuis les résultats du premier tour de la primaire de la gauche, la presse semble unanime pour enterrer le Parti socialiste. Mais pour l’historien Christian Delporte, cette condamnation est largement "prématurée".

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À en croire les quotidiens français publiés depuis le début de la semaine, les lecteurs ont eu la triste surprise de découvrir l’acte de décès du Parti socialiste. Le parti de "Mitterrand, celui d'Épinay, capable de rassembler autour d'un programme commun, est mort dimanche après une longue agonie", a écrit Jean-Marie Montali dans Le Parisien, en faisant référence au résultat du premier tour de la primaire de la gauche qui verra s'opposer, pour le second tour, les deux franges du parti, avec le social-écologiste Benoît Hamon d’un côté et le social-libéral assumé Manuel Valls de l’autre.

Pour invoquer cette mort lente, d’autres journaux ont pointé du doigt la faible participation à la primaire de la gauche, qui a réuni 1,6 million d’électeurs, ou deux millions selon l'heure de publication... "Les risibles finasseries sur la participation à la primaire de gauche accentuent le sentiment que le Parti socialiste arrive au terme de son film", a tranché Didier Rose dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, en précisant que "les fins d'époque se mesurent aussi à ça".

Plusieurs faisceaux d’indices viennent également confirmer cette inéluctable disparition : quand Manuel Valls ne préfère pas se prononcer sur son éventuel soutien à Benoît Hamon en cas de défaite au second tour de la primaire, quand François Hollande s’est programmé un déplacement au Chili, dans le désert d'Atacama, pendant le premier tour de la primaire, quand Ségolène Royal affiche en coulisses son soutien à Emmanuel Macron, ou encore quand Gérard Collomb, maire PS de Lyon et premier soutien d'Emmanuel Macron, appelle d’ores et déjà le vainqueur de la primaire à se retirer au profit du leader d’En Marche !...

Marginalisé comme Pasok

Pourtant, il semble "prématuré de prédire la fin du PS. Ce n’est pas à coup de déclarations qu’un parti se meurt", estime le spécialiste d’histoire politique Christian Delporte. Il est préférable, selon le politologue, d’attendre les résultats de la présidentielle et même des législatives, en juin prochain, avant de dresser un tel constat.

Sauf que les sondages de l’élection présidentielle s’accordent à dire que le candidat socialiste ne dépassera pas les 10 % lors du premier tour. "Le PS pourrait alors se retrouver dans la même configuration que le parti social-démocrate grec Pasok, qui n’a pas dépassé les 4 % lors des législatives de 2015, commente Christian Delporte. Bien que marginalisé, le mouvement socialiste grec n’a pas disparu pour autant."

"Les crises font partie des cycles dans l’histoire du parti", note l’historien. En plus de 100 années d’existence, le Parti socialiste français a traversé de nombreuses crises : la défaite de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002, le clivage autour du référendum sur le traité européen en 2005, où le "non" l'a emporté. Mais le souvenir le plus douloureux reste incontestablement la débâcle aux législatives de 1993. À cette époque, seulement 52 députés socialistes siégeaient à l’Assemblée nationale. "À la suite de cette Bérézina, on parlait déjà de la fin du parti", se souvient l’historien. Henri Emmanuelli envisageait même de vendre le siège du parti, rue de Solférino. "Nous n’en sommes pas encore là", ajoute-t-il.

Se renouveler

Aujourd’hui, la fracture irréconciliable entre Benoît Hamon et Manuel Valls marque la fin de la gauche de synthèse comme du temps de Léon Blum, de François Mitterrand, de Lionel Jospin et de François Hollande. Pour autant, "il y a aura toujours un Parti socialiste, mais pas comme on le connaît aujourd’hui", nuance Christian Delporte.

"Le plus important, c’est de savoir se renouveler", poursuit le politologue. En 1997, soit quatre ans après la défaite aux législatives, le parti s’était par la suite relevé en remportant 255 sièges à l’Assemblée nationale.

La question est de savoir comment le parti peut aujourd’hui se recomposer : "Il est trop tôt pour le savoir, soit il s’appuiera sur une dynamique sociale-démocrate portée par Manuel Valls, soit sur une dynamique plus gauchisante avec Benoît Hamon", précise Christian Delporte. Pour connaître le nouveau visage du parti, il faudra attendre les résultats de dimanche.

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