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Exposition : quand la Comédie française montait au front durant la Grande Guerre

Une représentation du théâtre aux armées, le 15 juillet 1916.
Une représentation du théâtre aux armées, le 15 juillet 1916. Collection Comédie-Française

Pendant la Grande Guerre, l'administrateur de la Comédie-Française eut l'idée de créer un Théâtre aux armées pour divertir les soldats. Une exposition raconte cette entreprise théâtrale originale à laquelle participèrent les vedettes de l'époque.

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"J’aurais voulu mourir là, au milieu d’eux, si fraternels, si héroïques, si gais, si joyeusement, si simplement Français ! Non, il n’y a pas de théâtre somptueux, de publics de rois, de milliardaires, d’altesses et de grandes dames, qui vaillent ce public de soldats de France". En octobre 1916, interrogée par la revue Je sais tout, Sarah Bernhardt n’a pas de mots assez forts pour exprimer sa joie de se rendre sur le front auprès des poilus. Depuis plusieurs mois, la célèbre comédienne, pourtant âgée de plus de 70 ans et amputée d’une jambe, participe à des représentations pour divertir les soldats au sein du "Théâtre aux armées".

Un siècle après cette aventure qui a tant enthousiasmé "la divine" Sarah Bernhardt, la Comédie Française lui consacre une exposition. C’est en effet l’un des administrateurs de cette institution culturelle, Emile Fabre, qui eut l’idée en 1916 de créer la troupe itinérante."Cet homme connaissait très bien l’histoire du théâtre. Il savait qu’au 18e siècle, le Maréchal de Saxe avait mis en place une troupe pour occuper les soldats quand il n’y avait pas de bataille", explique Jacqueline Razgonnikoff, la commissaire de cette exposition et ancienne responsable des archives de la Comédie Française. "Depuis le début de la guerre, il y avait eu des représentations amateurs faites par des soldats eux-mêmes, mais elles n’étaient pas toujours du meilleur goût. Emile Fabre a alors pensé qu’il fallait leur donner des spectacles de qualité".

La comédienne Sarah Bernhardt devant sa loge du théâtre aux armées, en compagnie de Béatrix Dussane, le 10 mai 1916 à Boucq, en Meurthe-et-Moselle.
La comédienne Sarah Bernhardt devant sa loge du théâtre aux armées, en compagnie de Béatrix Dussane, le 10 mai 1916 à Boucq, en Meurthe-et-Moselle. Collections BDIC

Des comédiens volontaires

Même si son projet est des plus louables, l'administrateur ne trouve au départ pas beaucoup d’appui auprès des généraux de l’armée de l’époque. L’argent manque pour financer une telle entreprise. Pour trouver des fonds, Emile Fabre décide d’organiser une soirée de gala à Paris. Le succès est au rendez-vous. Il collecte près de 200 000 francs, une somme suffisante pour tenir jusqu'à la fin de la guerre. La première représentation du Théâtre aux armées a lieu le 9 février 1916 dans le petit village de Le Crocq au nord de Beauvais et est "offerte aux troupes coloniales". Des vedettes de l’époque sont à l’affiche dont Julia Bartet, Marie-Thérèse Kolb ou encore Béatrix Dussane. "Ces comédiens n’étaient pas rétribués. Tout était basé sur le volontariat", raconte Jacqueline Razgonnikoff, qui a passé trois ans à étudier les archives de la Comédie Française sur cette période, des documents jusque-là très peu exploité.

Au programme de ce premier spectacle : des airs d’Offenbach, des poèmes, des scènes comiques, de vieilles chansons et bien sûr la Marseillaise, en guise de final. "C’était vraiment éclectique !", souligne cette spécialiste de l’histoire du théâtre. Mais quelle est la réception, par ce public assez inhabituel ? Beaucoup de poilus n’ont jamais assisté à un seul spectacle de leur vie. "Certains journalistes ont fait la fine bouche à l’époque, en écrivant que les représentations n’étaient pas terribles, mais quand on lit les souvenirs des comédiens, on se rend compte que cela était en réalité un vrai plaisir pour les soldats et un véritable moment de détente", estime Jacqueline Razgonnikoff.

Dans les archives, cette dernière a ainsi retrouvé de nombreux témoignages de sympathies de la part des poilus à l’égard des artistes. "À madame Dussane qui apportait du soleil dans les brumes" ou encore "À une exquise comédienne, à une exquise chanteuse, à Dussane qui est aussi une très bonne camarade", peut-on ainsi lire sur l’un des programmes conservés par la sociétaire de la Comédie Française. Connue alors pour ses rôles de soubrette, Dussane obtient même en guise de remerciement un diplôme d’aviatrice signée par toute une escadrille de combats.

L'exposition "La Comédie-Française au Théâtre aux Armées"
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"Ce n’était pas de la rigolade"

Il faut dire que les risques encourus par les artistes sont bien réels .Ils se rendent seulement à quelques kilomètres de la ligne de front. "Ce n’était pas de la rigolade. Au moment de la bataille de Verdun, ils ont été obligés de signer un papier stipulant qu’ils se rendaient sur le front à leurs risques et périls", souligne Jacqueline Razgonnikoff.

Cette participation artistique à l’effort de guerre marque profondément les comédiens. Dans ses mémoires, Dussane se souvient du choc qu’elle ressent lors d’une visite à Nieuport en Belgique : "La seule manifestation de vie qui viole le silence, c’est le coup de fusil et le claquement des mitrailleuses – ces bruits de morts. Et toujours les fusées reviennent contempler ces ruines comme un avare recompte son bien. Chaque fois, les témoins, fidèles, sortent de l’ombre, avec leurs blessures, avec le visage même de la mort".

"Ils ont été contents"

Au-delà du danger, les artistes, habitués aux lustres de la Comédie Française, apprennent également à faire avec les moyens du bord. Sur le front, les décors sont réduits au minimum. "Au milieu d’un petit bois, dans un espace formant clairière, des chaises et des bancs sur lesquels ont pris place les officiers supérieurs et quelques blessés de l’ambulance. Derrière et de chaque côté, la foule des soldats, debout, joyeux, enthousiastes, quelques-uns même sont grimpés sur les arbres de côté pour mieux voir", décrit Élizabeth Nizan, l’une des jeunes vedettes de la troupe.

Malgré ces conditions sommaires, plus de 300 artistes participent au total à plus de 1 200 représentations. "C’était juste des moments de légèreté, mais en même temps cela montre l’engagement de tous ces artistes qui ne pouvaient pas forcément rejoindre les rangs de l’armée", insiste Jacqueline Razgonnikoff. Après l’armistice, aucun des artistes n’en retire cependant une quelconque gloire. Leurs motivations sont ailleurs. Dans un petit guide destiné aux autres membres de la troupe, Dussane résume cet état d’esprit : "Quand vous rentrerez dans le Paris de toutes les curiosités, ne vous redressez pas en proclamant : 'Nous avons eu un succès fou'. Il vous sera plus glorieux de dire simplement : 'Ils ont été contents'".

Exposition La Comédie-Française au théâtre aux armées, souvenirs du front (1916-1919), jusqu'au 26 mars dans la Salle Richelieu. Entrée libre accessible aux personnes assistant aux représentations.

Représentation : Il était une fois la Comédie-Française au Théâtre aux armées, au Théâtre du Vieux-Colombier, le samedi 4 mars à 15h.

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