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La mairie de Paris pose des pierres sous un pont où s’abritaient les migrants

En attendant d'être reçus par le centre de la Chapelle, de nombreux migrants dorment dans la rue.
En attendant d'être reçus par le centre de la Chapelle, de nombreux migrants dorment dans la rue. Thomas Samson, AFP

Vendredi dernier, les riverains et les collectifs d’aide aux migrants ont eu la surprise de découvrir que des rochers avaient été installés à l’endroit où les migrants s’abritaient en attendant d’être reçus par le centre de la Chapelle.

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Depuis vendredi 10 février, de grosses pierres ont été installées sous un pont du boulevard Ney, dans le 18e arrondissement de Paris, à une dizaine de mètres du centre humanitaire de La Chapelle.

C’est à cet endroit que les migrants, dans l’attente d’être reçus par le centre qui compte 400 places d’hébergement et fonctionne à flux tendu depuis son ouverture en octobre 2016, passaient leur nuit pour se protéger de la pluie et du froid.

Les rochers acheminées par des engins municipaux occupent désormais quasiment toute la surface du lieu, empêchant les migrants de s’abriter. "Les pierres ont été installées de telle manière que plus personne ne puisse s’allonger. Résultat : quand je suis passée lundi, certains n’avaient pas dormi depuis vendredi ou se sont reposés à 20 mètres de là en plein vent et sans protection", explique à France 24 une riveraine, membre du Comité Solidarité migrants Wilson, qui distribue tous les jours depuis trois mois des petits déjeuners aux migrants présents dans le 18e.

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L’impression que les migrants "doivent être invisibles"

Un procédé qui choque les bénévoles œuvrant chaque jour aux côtés des migrants. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes qui se disent scandalisés par la pose de ces grosses pierres.

Les collectifs d’aide aux migrants dénoncent également la pression qu’ils subissent quotidiennement : des amendes de 135 euros pour stationnement gênant alors qu’ils déchargent leurs véhicules pour offrir des petits déjeuners ou encore des tirs de gaz lacrymogènes envoyés par la police pour les déloger.

"Nous avons l’impression que les migrants et les personnes qui leur viennent en aide doivent être invisibles", s’indigne cette bénévole du Comité Solidarité migrants Wilson qui raconte avoir été menacée dernièrement par la police alors qu’elle était avec sa fille. Pour preuve, lors de la distribution de nourriture lundi 13 février, la police a pour la première fois délogé les bénévoles et leur a demandé de se déplacer à 200 mètres, devant la déchetterie.

"Le symbole est quand même choquant", note la riveraine. Cette "citoyenne ordinaire", comme elle se décrit, constate que depuis quelque temps, la situation s’est tendue même "si la pression est bien là depuis le premier jour".

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La mairie de Paris regrette de son côté que le dispositif soit mal interprété et justifie l’installation de pierres par l’extension des travaux du tramway et de la petite ceinture qui auront lieu à ce niveau. De plus, le pont où s’abritaient les migrants doit être détruit par la SNCF pour en construire un plus solide.

"Ces rochers étaient installés sur un trottoir du boulevard Ney, en bordure du chantier de la prolongation du tramway. Nous les avons déplacés pour permettre l’extension prochaine du chantier. Les 143 personnes qui dormaient dans ce secteur ont été prises en charge par les services de l’État et les associations et ont été mises à l’abri", indique-t-on à la mairie.

Éviter la formation de nouveaux campements

La municipalité se défend ainsi de mener une politique anti-migrants, comme le dénonce les collectifs. "Quand on ouvre un centre de 400 places, il n’est pas possible de nous reprocher d’avoir une politique anti-migrants", soulignent les services d’Anne Hidalgo. "D’autant que depuis début décembre, nous avons étendu le nombre d’entretiens avec les migrants dans le centre de la Chapelle, passant de 50 à 80 par jour. Et nous avons aussi mis en place un système de rendez-vous sous 24, 48 ou 72 heures pour éviter les problèmes de files d’attente interminables à l’extérieur", assure-t-on à la mairie.

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La municipalité précise également que des gymnases ont été ouverts pour les migrants dont le rendez-vous avec le centre de la Chapelle n’a lieu que 72 heures plus tard. "Anne Hidalgo a assuré qu’elle ne délogerait pas ceux qui vivent dans la rue tant qu’on n’aura pas trouvé de solutions alternatives, mais il est vrai qu’on veut éviter qu’un campement de rue ne se reconstitue", déclare un membre de la mairie de Paris.

Pour les collectifs, cette politique de non-campement et de non-regroupement précarise les migrants et les isole un peu plus. Emmaüs Solidarité, qui gère le centre de la Chapelle, assure de pas avoir été mis au courant de la pose de ces pierres et se garde de faire tout commentaire.

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