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Après 10 ans de présidence Correa, l'Équateur à l'heure du choix

Lenin Moreno, ancien président de l'Équateur, se présente comme le continuateur de Rafael Correa.
Lenin Moreno, ancien président de l'Équateur, se présente comme le continuateur de Rafael Correa. Juan Cevallois, AFP

Les Équatoriens élisent dimanche le successeur du président socialiste Rafael Correa, qui ne se représente pas. Avec une population partagée entre envie de continuité et rejet de la révolution citoyenne, l'issue du scrutin demeure incertaine.

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La fin du Kirchnerisme en Argentine, la destitution de Dilma Roussef au Brésil, les difficultés du chavisme et de Nicolas Maduro au Venezuela… En Amérique latine, la gauche progressiste a du plomb dans l'aile. Dimanche 19 février, ce sera au tour de "la révolution citoyenne" de Rafael Correa en Équateur de passer sur le grill électoral et de s'en remettre au jugement des urnes. En l'absence du leader charismatique, qui ne se représente pas après trois mandats et 10 ans à la tête du pays, le scrutin pourrait être le plus serré de l'histoire récente de la nation andine. Rafael Correa laisse un pays modernisé, mais en proie à une crise économique et à plusieurs scandales de corruption.

L'Équateur, pays producteur de pétrole, a vu son économie dollarisée être affectée par la chute du prix du brut et la hausse du cours du billet vert. Cette crise a généré un profond mécontentement au sein des classes moyennes, lasses aussi des confrontations du président sortant avec les milieux d'affaires, les populations indigènes, les défenseurs de l'environnement ou les médias.

L'issue du scrutin devrait se jouer entre le favori des sondages, l'ex-vice-président Lenin Moreno, candidat d'Alliance Pays (AP, au pouvoir), et l'ancien banquier Guillermo Lasso, principal leader de la droite, sous l'étiquette du mouvement Creador de oportunidades ("Créér des opportunités"), qui a pour sigle CREO ("je crois", en espagnol)

Les deux candidats ont conclu leur campagne jeudi 16 février en rassemblant des milliers de leurs partisans dans des quartiers différents de Guayaquil (sud-ouest), la capitale économique du pays sur la côte Pacifique.

Lenin Moreno, le candidat de la continuité

Le candidat de l'AP n'est pas un inconnu en matière de politique. "Lenin Moreno a été le vice-président de Correa de 2007 à 2013, c'est la figure sociale de la révolution citoyenne. Il compte poursuivre la politique de Correa", explique Marie-Esther Lacuisse, docteure en sciences politiques et membre de l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc), interrogée par France 24,

Diplômé en administration publique, ayant aussi étudié la médecine et la psychologie, il est le champion des causes sociales et a dirigé la première étude publique sur la situation des handicapés en Équateur. Lui-même paraplégique après une blessure par balle lors d'une agression en 1998, Lenin Moreno se déplace en fauteuil roulant.

Le candidat à la vice-présidence qu'il l'accompagne n'est pas un novice non plus : "Jorge Glas est l'actuel vice-président de l'Équateur. Si Lenin Moreno est la figure sociale de la révolution citoyenne, Jorge Blas en est la figure économique, proche des intêrets de la côte Pacifique [les régions les plus riches du pays, NDLR]. Il a été un acteur central de la politique énergetique du dernier mandat de Correa", détaille Marie-Esther Lacuisse.

"Aujourd'hui, il y a une véritable attente de la part de la population avec la candidature de Lenin Moreno d'un réengagement du gouvernement en faveur du dialogue et de consultation", estime la spécialiste de l'Équateur. "Ce manque de dialogue dans la politique de Rafael Correa était l'une des principales critiques. Ces décisions ont pris un tournant assez autoritaire dans son dernier mandat, entre 2013 et 2016."

Guillermo Lasso, le candidat du changement

De l'autre côté, "le mouvement Creo représente la tendance libérale en Équateur. Guillermo Lasso est une figure économique dans le pays, proche des milieux financiers", analyse Marie-Esther Lacuisse.

Focalisé sur les difficultés économiques actuelles de l'Équateur, Guillermo Lasso a estimé devant ses partisans à Guyaquil que les électeurs avaient le choix entre voter "pour ceux qui ont créé la crise (...) ou pour le changement, grâce auquel nous allons créer un million d'emplois".

L'ex-banquier s'est engagé à favoriser les investissements étrangers, réduire les impôts pour stimuler la consommation et la production. Il s'est dit certain d'aller au second tour le 2 avril et de l'emporter, en disant : "Dehors Correa, dehors !".

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Aux côtés de Guillermo Lasso, Andrés Paez se présente pour la vice-présidence. "Il est assez controversé en raison de ses positions conservatrices en matière de société", note Marie-Esther Lacuisse."En Équateur, il faut avoir à l'esprit que les intérêts sont très localisés : il y a d'un côté les intérêts de la côte, de l'autre, les intérêts de la région andine. Rafael Correa avec Alianza Pais a été le premier à donner une cohérence nationale à un mouvement social et politique. Guillermo Lasso adopte aujourd'hui une tactique similaire avec son mouvement Creo et son binôme, qui représente les provinces des Andes"

La corruption, thématique de campagne

Guillermo Lasso a appelé à "voter pour le changement afin de lutter contre la corruption", affirmant que le gouvernement "ne veut pas que nous sachions qui sont les bénéficiaires des pots-de-vin d'Odebrecht", un groupe de construction brésilien impliqué dans un scandale de corruption.

Dans le cadre de l'enquête sur ce scandale, la justice américaine a révélé que le groupe Oderbrecht avait payé environ 33,5 millions de dollars entre 2007 et 2016 à des fonctionnaires en Équateur. Personne n'est encore inculpé et le gouvernement a averti qu'il n'admettrait pas d'accusations "sans preuve", Rafael Correa estimant qu'elles ne sont que "les distorsions qui surgissent toujours en période électorale". Un ex-ministre, Carlos Pareja, est toutefois mis en cause pour une autre affaire impliquant l'entreprise pétrolière publique Petroecuador, où a été mentionné le nom du vice-président Jorge Glas, candidat à sa réélection.

"On touche là à un grand thème de la révolution citoyenne : la réforme de la justice pour lutter contre la corruption. Cependant, celle-ci n'a jamais abouti", explique Marie-Esther Lacuisse. "Les scandales de corruption vont avoir un impact sur le vote d'une élite urbaine mais pas forcement dans le reste de l'électorat car ce sont malheureusement des pratiques assez banalisées en Équateur. Il est peu probable que ce soit un élément déterminant du résultat des élections."

À défaut d'éloigner des électeurs en raison des accusations de corruption, "ces scandales peuvent cependant apporter une certaine méfiance envers la révolution citoyenne, qui n'aura jamais réussi à imposer un contrôle citoyen sur les institutions", nuance toutefois la chercheuse.

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Une élection à l'issue incertaine

Quelque 12,8 millions d'électeurs doivent désigner le chef de l'État parmi huit candidats, ainsi que le vice-président, 137 députés et cinq représentants au Parlement andin, en présence de 224 observateurs internationaux, notamment de l'Organisation des Éats américains (OEA).

Pour l'emporter au premier tour, le successeur de Rafael Correa devra recueillir au moins 40 % des voix, avec dix points d'avance sur le suivant. Lenin Moreno recueille actuellement 32,3 % des intentions de vote, selon l'institut Cedatos, suivi de Guillermo Lasso (21,5 %), de l'ex-députée de droite Cynthia Viteri (14 %) et de l'ancien maire de gauche de Quito, Paco Moncayo (7,7 %).

Mais le nombre d'indécis n'a jamais été aussi élevé, de 30 à 35 %. Un second tour pourrait donc avoir lieu le 2 avril, pour la première fois depuis 2009 et la deuxième des trois élections de Rafael Correa.

En cas de second tour de scrutin, impossible d'esquisser un scénario en imaginant additionner les reports de voix, explique Marie-Esther Lacuisse : "Les ralliements sont rares en Équateur. Le multipartisme et la fragmentation politique sont forts, parmi les plus forts d'Amérique latine."

Selon Rafael Correa, chantre d'un "socialisme du XXIe siècle", qui a utilisé la manne pétrolière pour redistribuer les richesses et moderniser les infrastructures, "ce qui est en jeu, ce sont deux visions de la société, deux visions du développement, deux visions de l'État".

L'économiste de 53 ans a déjà annoncé qu'il se retirerait de la vie politique pour s'installer en Belgique, pays de sa femme, et se consacrer à l'enseignement universitaire.

Avec AFP

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