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Comment les revenus du groupe État islamique ont fondu de moitié

Deux soldats qui combattent l'État islamique, le 10 janvier 2017, à Mossoul.
Deux soldats qui combattent l'État islamique, le 10 janvier 2017, à Mossoul. Dimitar Dilkoff, AFP

Les revenus de l'organisation terroriste État islamique ont baissé de 50 % en deux ans, selon un nouveau rapport universitaire sur l’état des finances du groupe extrémiste. Un déclin en lien direct avec les difficultés militaires de l'EI.

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L’organisation terroriste État islamique (EI) a souvent eu la réputation de rouler sur l’or. Une époque apparemment révolue. Selon un rapport du Centre international d’études sur la radicalisation et la violence politique (ICSR) du King’s college de Londres, présenté lors de la conférence sur la sécurité de Munich (Allemagne), samedi 18 février, les sources de revenus de l'EI ont diminué de moitié en deux ans.

Les gains annuels du groupe jihadiste, évalués entre 970 millions et 1,8 milliard de dollars en 2014, seraient passés à une fourchette de 520 millions à 870 millions de dollars en 2016, soutiennent les auteurs de cette étude intitulée “Le califat en déclin : une estimation de l’état financier de l’État islamique”. Les fourchettes de valeur sont volontairement accentuées, car “le chiffrage varie énormément et il est impossible de dire exactement de quelles sommes l’organisation terroriste dispose”, soulignent les auteurs du rapport.

Impôts, pétrole et pillage

“S’il est difficile d’être précis dans l’estimation de l’état des finances du mouvement, nous sommes en tout cas certains de la trajectoire générale : la baisse des recettes est importante”, précise John Holland-McCowan, coauteur du rapport, contacté par France 24. “Le déclin des revenus de l’EI est réel et se manifeste sur le terrain par la réduction des avantages accordés aux combattants, comme l’accès à l’électricité ou le droit d’utiliser des véhicules”, confirme Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des réseaux terroristes et chercheur associé au Centre pluridisciplinaire d’Herzliya (en Israël) et au Forum américain du Moyen-Orient. Les revenus du groupe sont constitués principalement de l’impôt, des pillages, du pétrole et dans une moindre mesure : les rançons en échange d’otages.

L’hémorragie concerne tout particulièrement les revenus tirés des “pillages, amendes et confiscations”. D’après les données collectées par les chercheurs de l’ICSR, ces exactions avaient rapporté entre 500 millions de dollars et un milliard de dollars en 2014, contre seulement 200 millions de dollars au maximum en 2016. Cette diminution démontre à quel point le modèle économique de l’organisation terroriste est fondé non pas seulement sur le contrôle, mais aussi sur la conquête territoriale puisque les appropriations et spoliations se font généralement lorsque les militants de l’EI gagnent du terrain.

Ces nouvelles informations financières apportent une preuve supplémentaire des difficultés militaires du mouvement face à l’effort de la coalition internationale. Le spécialiste des réseaux terroristes Aymenn Jawad al-Tamini note qu’il “ne fait pas de doute que le déclin des finances est en grande partie lié aux pertes de territoires et aux frappes aériennes [qui ont endommagées les infrastructures pétrolières sous contrôle de l’EI]”.

Cette preuve était attendue. En mai 2016, le Centre d’analyse du terrorisme (CAT) publiait son propre rapport, établissant que si les revers militaires de l’EI fragilisaient son modèle économique, la coalition internationale n’avait pas encore réussi à vider un tant soit peu les caisses de l’organisation. “En fait les revenus de l’EI ont augmenté en 2015 malgré le recul territorial, ce qui s’explique par une forte hausse des recettes fiscales due à l’installation d’une administration plus organisée dans les centres urbains”, explique John Holland-McCowan. Mais même les percepteurs les plus efficaces ne peuvent pas grand-chose face à deux ans de revers militaires en Syrie et en Irak.

La situation financière pourrait encore se dégrader si l’EI perdait Mossoul. La bataille pour le contrôle de la ville du nord de l’Irak, débutée en octobre 2016, est jugée économiquement cruciale par les experts de l’ICSR. “La perte de Mossoul serait un revers financier massif pour l’organisation terroriste car la ville est un centre commercial important et abrite encore aujourd’hui plus d’un million d’habitants”, affirme John Holland-McCowan.

Pas d’impact direct sur la menace terroriste

Face à l'effondrement de ses revenus, le mouvement jihadiste semble avoir du mal à trouver des alternatives. L’organisation a certes augmenté la pression fiscale dans les territoires sous son contrôle, mais rien n’indique que l’EI a réussi à diversifier ses sources de revenus, assurent les experts contactés par France 24. Contrairement à d’autres mouvements terroristes “l’EI refuse de faire appel à des dons extérieurs, restant ainsi fidèle aux préceptes d’Al-Qaïda en Irak, qui soutenait qu’il fallait être financièrement auto-suffisant”, ajoute le spécialiste de l’ICSR.

Autant d’éléments qui permettent aux auteurs du rapport de conclure que le modèle économique du mouvement a fait faillite. Mais la détérioration des finances de l’EI ne mettra pas fin aux attentats à l’étranger. C’est le principal problème du volet économique de la guerre contre ces jihadistes : “Les responsables politiques qui assurent qu’en affaiblissant l’EI financièrement, on réduit directement le risque d’attentat se trompent”, reconnaît John Holland-McCowan. “Les attaques terroristes perpétrées en Occident ne coûtent pas très chères et sont généralement autofinancées”, atteste-t-il.

En appauvrissant l’EI, la grande coalition limite surtout “la capacité du mouvement à agir en Syrie et en Irak, et à déstabiliser davantage la région, ce qui est déjà une réussite en soi”, souligne cet expert. Selon lui, les États doivent autant agir contre le message que contre le portefeuille des terroristes s’ils veulent limiter le risque d’attaques sur leur sol.

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