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Economie

Julie de Pimodan : l'entrepreneuse qui veut remettre le citoyen au cœur de la politique

© Fluicity | Julie de Pimodan, fondatrice de Fluicity

Texte par Sinatou SAKA

Dernière modification : 24/02/2017

Julie de Pimodan,31 ans, est la fondatrice de Fluicity, une entreprise qui entend mettre l’innovation au service de la participation citoyenne.

La voix est forte, le ton direct. Et les mots claquent. "Depuis mon enfance, j’ai toujours eu un rapport particulier au pouvoir", confie Julie de Pimodan, qui a grandi dans une famille de 4 filles où il fallait faire sans cesse ses preuves. Aujourd’hui, elle est à la tête de Fluicity, "une appli qui permet de dialoguer avec les élus locaux", qui entend remettre le citoyen au cœur de la politique.

Fluicity, c’est 40 000 euros de chiffres d’affaire en 2016, huit villes impliquées dans le processus et 900 000 euros levés il y a quelques semaines. En créant cette entreprise en juillet 2015, Julie de Pimodan entendait proposer "un outil numérique qui s’adresse à tout le monde. Aujourd’hui, tout ce qui existe s’adresse soit aux citoyens, c’est le cas des pétitions, soit aux gouvernements, c’est le cas des systèmes de 'gouvernement ouvert' pour améliorer la participation des citoyens et faciliter les échanges avec les collectivités locales."

Renouveler les habitudes démocratiques

Le modèle économique de Fluicity est simple : chaque ville paye entre 1 000 et 3000 euros par mois pour disposer des résultats des sondages thématiques adressés aux citoyens, de la boite à idées, du tableau de bord intelligent et des autres outils de l'appli. Aujourd’hui, au moins huit villes ou communes, dont le neuvième arrondissement de Paris et une commune de Bruxelles, utilisent déjà l’outil. Le service est gratuit pour les utilisateurs. Quid des données récoltées ? "La confidentialité des données est l’une des conditions les plus importantes pour nous", précise l'entrepreneure.

Alors que 40 % des citoyens se détournent des urnes aux élections municipales, Fluicity espère renouveler les habitudes démocratiques d’ici les cinq prochaines années. "Il y aura toujours des moments où tout le monde ira voter, mais au lieu d’une fois tous les cinq ans, ce sera tous les jours" ajoute Julie de Pimodan, qui applique aussi le modèle collaboratif en tant que chef d’entreprise.

Dans un open space où sévissent plusieurs entrepreneurs, elle partage avec ses collaborateurs une grande table au sein du Living Lab, un de ces lieux d’innovation de "la Silicon Sentier" de la capitale. Elle parle vite et a de l’énergie à revendre. "Je pense que la vie d’entrepreneure correspond totalement à ma personnalité", reconnaît-elle.

Journaliste et commerciale chez Google

Avant d’entrer dans le petit cercle des acteurs du digital en France et des oratreurs des conférences TedX à Paris, elle étudie le journalisme à l’Université libre de Bruxelles. Elle s’envole ensuite au Yémen, où elle écrit notamment pour la BBC et Al-Jazeera, après avoir lancé avec des amis, à seulement 23 ans, des magazines sur les femmes au Moyen-Orient. "En Turquie, la ville était figée par des manifestations politiques et toute l’industrie du web était HS". Ces diverses expériences achèvent de convaincre Julie de Pimodan de l’importance des nouvelles technologies dans le processus démocratique.

En 2010, elle rejoint Google, où elle est en charge du développement des ventes de solutions de gestion de campagnes en ligne en Turquie. C’est l’occasion de mieux comprendre le numérique et ses enjeux. La jeune trentenaire réalise à ce moment-là à quel point l’entrepreneuriat est un vecteur d’émancipation. "Je voyais des gens qui arrivaient à répondre à des problèmes de société grâce à l’entrepreneuriat et ça, je ne m’en rendais pas compte avant. J’ai donc décidé de lancer Fluicity parce que j’ai compris l’importance du 'big data' chez Google et je voulais donner plus de places aux citoyens".

Son credo, entreprendre

Elle lance donc son entreprise avec deux associés et un "business angel" - un investisseur dont elle ne souhaite pas révéler l’identité. Pour satisfaire le marché français, Julie de Pimodan ne compte plus ses heures de travail. "Je suis passionnée par ce que je fais. Je ne me pose jamais la question du sens.", ajoute cette femme au grand sourire, qui se dit entièrement libre grâce à sa vie d’entrepreneure.

Si cette entreprise échouait, dit-elle, l’aventure ne s’arrêterait pas : "Je pense que j’ouvrirais un restaurant où tout le monde pourrait acheter des salades trop bonnes ! Ou me lancer dans mes passions comme le yoga", blague Julie de Pimodan.

Heureusement, car de nombreux défis restent à relever : s’adapter au temps très long des collectivités locales, accroître le nombre de citoyens qui utilisent la technologie, prouver que l’application a de l’impact et lever des fonds pour développer l’activité.
 

Première publication : 23/02/2017

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