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Calais interdit la distribution de repas aux migrants, un arrêté "inhumain" pour les associations

Des gendarmes contrôlent l'identité de migrants à Calais, le 14 février 2017.
Des gendarmes contrôlent l'identité de migrants à Calais, le 14 février 2017. Philippe Huguen, AFP

Natacha Bouchart, la maire de Calais, a interdit jeudi la distribution de nourriture aux migrants dans sa ville. L’édile craint un "appel d’air" et la reformation d'une nouvelle "jungle". Une mesure "inhumaine" selon les associations.

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Natacha Bouchart, la maire Les Républicains de Calais, ne veut pas revivre une jungle-bis sur sa commune. Jeudi 2 mars, l’édile a donc pris un arrêté municipal afin d'empêcher les bénévoles de se réunir dans la ville et ses alentours pour distribuer des repas aux migrants. Sur le papier, les termes sont plus nuancés : l’arrêté calaisien ne vise pas explicitement pas les "distributions de repas", mais évoque des "occupations abusives et répétées" de la zone industrielle des Dunes, à l’écart du centre-ville, qui "sont de nature à troubler la tranquillité, la salubrité, la sécurité publiques".

Bonnet blanc et blanc bonnet, répond l’association d’aide aux migrants Utopia 56 puisque c’est précisément sur ces "Dunes" que le collectif distribue chaque soir des repas chauds. "L’arrêté nous vise directement", déclare Gaël Manzi, coordinateur d’Utopia 56 à Calais, contacté par France 24. Cette décision municipale est "horrible, inhumaine". "Si [Natacha Bouchart] venait à la rencontre de ces jeunes migrants, dont certains n’ont même pas 14 ans, elle ne comprendrait pas elle-même son discours", explique-t-il.

Selon la mairie de Calais, les regroupements de migrants "sont de nature à engendrer des tensions permanentes entre les ethnies en présence, et ont par le passé dégénéré en rixes, mais également provoqué des incendies et des explosions". Un argument sécuritaire jugé "hypocrite" par Utopia 56 : "Évidemment qu’il y a des problèmes de sécurité, mais ce n’est pas en empêchant les migrants de manger qu’on va les régler", s’insurge le coordinateur.

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La ville de Calais craint surtout la reformation d’une nouvelle "jungle". "J'ai pris cette décision pour éviter qu'aucun lieu de fixation dans le périmètre de Calais ni squat ne se crée", a déclaré l’édile. "Je ne veux surtout pas qu’il y ait un appel d’air et que nous revivions ce que nous avons vécu : nous avons trop souffert", expliquait-elle à la Voix du Nord.

"On continuera parce que les gens ont besoin de manger"

Quoi qu’il en soit, Utopia 56, qui gère également les maraudes dans la ville de Calais, ne compte pas stopper son aide. "On continuera à distribuer des repas parce que les gens ont besoin de manger", continue Gaël Manzi d'Utopia 56. "Seulement, on ne s’installera plus sur la zone des Dunes, puisque c’est interdit. On ira se mettre un peu plus loin". L’association distribue jusqu’ à 200 repas certains soirs, et "80 % sont des personnes qui viennent [nouveaux arrivants ou "anciens" de la "jungle"] sont des jeunes", précise Gaël  Manzi.

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La municipalité de Vintimille, en Italie, avait déjà pris en août 2016, le même arrêté sur sa commune, sous un prétexte sanitaire. De nombreux migrants africains affluent à la frontière italo-française dans l’espoir de rejoindre le nord de la France et passer en Angleterre. L’association française "Roya citoyenne" brave quotidiennement cet interdit municipal. Ses membres font la route depuis la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, jusqu’à la ville frontalière, à 50 km de là, pour distribuer de la nourriture et des couvertures aux migrants.

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