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Fillon au Trocadéro : "Ce sont les rats qui quittent le navire pendant la tempête !"

Le rassemblement de soutien à François Fillon au Trocadéro, dimanche 5 mars 2017.
Le rassemblement de soutien à François Fillon au Trocadéro, dimanche 5 mars 2017. Geoffroy Van der Hasselt, AFP

Devant une foule de partisans venus de toute la France et remontés à bloc, François Fillon a joué son va-tout, dimanche, place du Trocadéro, à Paris. Reportage.

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"Répartissez-vous bien sur la place !" Ce dimanche 5 mars à un peu plus d’une heure du "grand rassemblement de soutien à François Fillon", des grappes de gens affluent calmement, sous leurs parapluies, vers la place du Trocadéro, à Paris. Vérification des sacs et distribution de drapeaux français, tout est parfaitement organisé.

Après le tollé suscité jusque dans le camp Les Républicains par ce qui a été pris pour un appel "à siffler la justice", selon l'expression de Xavier Bertrand, le tir a été rectifié par le camp Fillon et les consignes pour cette manifestation sont claires : il s’agit d’un rassemblement populaire de soutien à François Fillon, pas une manifestation contre les juges ou les journalistes. De fait, on ne verra aucune banderole, aucun slogan dans la foule. Les propos de certains supporters de François Fillon, en revanche, ne sont pas aussi consensuels.

Deux dames sexagénaires s'approchent des personnes chargées de la sécurité et lancent au passage : "Vous n’avez pas honte d’être journaliste ?"

"Si Fillon se retire, je voterai Le Pen pour la première fois de ma vie"

Une fois le ton redescendu, la dame explique qu’elle en marre de "l’acharnement médiatique" contre "son candidat", celui à qui elle a donné sa voix à la primaire de la droite et du centre en novembre dernier. D’ailleurs, c’est pour montrer "aux médias" qu’elle est là. La Justice non plus ne trouve pas grâce à ses yeux : "Ce qui me choque, c’est la concomitance entre cette affaire judicaire et la campagne électorale. Pourquoi maintenant, si ça fait dix ans que ça dure ?", fait valoir celle qui n’accepte de dire que la première lettre de son prénom, "C.". "Ce matin, il paraît qu’ils (les enquêteurs) ont été à son domicile à Sablé-sur-Sarthe, un dimanche matin !", s’indigne-t-elle encore. En fait, la perquisition menée dans le manoir de François et Penelope Fillon dans la Sarthe a eu lieu vendredi.

On l’interroge sur les quelque 300 élus qui ont lâché François Fillon depuis l’annonce de sa probable future mise en examen : "Ce sont les rats qui quittent le navire pendant la tempête !" Moins virulente, son amie M., Parisienne elle aussi, dit être venue "pour soutenir le programme de François Fillon" dont elle regrette qu’il soit "passé à l’as", "comme celui des autres d’ailleurs", à cause du "manque d’équilibre des médias". Et si François Fillon ne devait plus être candidat ? "Ce serait anti-démocratique. Si Fillon se retire, je voterai Le Pen pour la première fois de ma vie", dit fermement C.. M., elle, est moins catégorique : "Ça dépend qui le remplace !" Et la sexagénaire d'envisager plusieurs cas de figure : "Si c’est Juppé ou Baroin, je voterai pour eux. Par contre, si au second tour c’est Macron contre Le Pen, je voterai Le Pen".

"C'est une cabale"

Jacques, 67 ans, est venu de Nantes, "dans un car plein" pour soutenir François Fillon, "pas politiquement, mais moralement, en tant qu’homme", précise-t-il. "Je ne suis pas contre la justice mais la justice ne devrait pas être une arme", estime-t-il. Pour lui, "tout est monté en boniments". "J’ai étudié le travail des assistants parlementaires, je ne vois pas le problème. Et puis 'Madame' - Pénélope - a tout expliqué ce matin [dans le JDD]". "Avant, la justice n’était pas comme ça", avance-t-il entre deux bouchées de sandwich. Et les défections massives chez Les Républicains ? "Ils comprennent mal. C’est une cabale."

En attendant François Fillon à la tribune, ses partisans scandent tour à tour "Fillon, président !", "Le peuple avec Fillon !", "Pas de plan B, Fillon à l’Élysée !" et encore "Fillon tiens bon, Macron c’est du bidon !". Une voix lance aussi un "Penelope, on t’aime !". La femme du candidat à la présidentielle sera bien présente sur scène, à ses côtés. Devant le pool presse, pas de déclaration d’amour, mais un "journalistes pourris" fuse.

On se glisse dans la foule. "Dans ma famille, si c’est pas Fillon, ce sera Le Pen", raconte un homme, "enfin, du côté du Mans, ils sont à gauche, alors ce sera Macron". Une femme relève : "Mais il devait pas y avoir une contre-manif avec des casseroles ? On ne les entend pas beaucoup !". "C’est pas ici, c’est à République", lui répond son voisin. "Tu vas voir les médias vont dire qu’ils étaient plus nombreux que nous !"

Quelques casseroles de sortie aux balcons

Chauffée par Bruno Retailleau qui annonce "plus de 200 000 personnes", la foule accueille enfin son champion. "Ils pensent que je suis seul. Ils veulent que je sois seul. Est-ce que nous sommes seuls ?", attaque François Fillon. Il adressera ensuite une mise en garde sans équivoque à ceux qui, dans son camp, veulent l’écarter de la course à la présidentielle : "Laisserez-vous les passions du moment l’emporter sur les nécessités nationales ? (…) Je continuerai à dire à mes amis politiques que ce choix à la fois leur appartient et ne leur appartient pas. Parce que ce choix est le vôtre". La pluie tombe de plus belle mais tout le monde ou presque restera jusqu’à La Marseillaise.

Dans la foule qui commence à se disperser, Chantal, venue avec ses enfants et ses petits-enfants. "J’espérais un Fillon plus mordant contre ceux qui trahissent", dit-elle légèrement sur la défensive. "C’est le seul qui peut redresser la France", explique cette grand-mère qui vit en banlieue parisienne et qui a soutenu La Manif pour tous. Pour elle aussi, "tout est manigancé". "Mais je ne voterai pas Le Pen si vous voulez savoir", lance-t-elle avant de préciser : "Et je ne voterai pas Macron non plus".

Avenue d’Eyleau, face au Trocadéro, les manifestants qui rentrent, drapeaux français à la main, ont le droit à un concert surprise : de part et d’autre de la rue, sur deux balcons, des riverains tapent sur des casseroles avec des cuillères en bois. La plupart des manifestants s’en amusent en agitant leurs drapeaux de plus belle ou en criant "Fillon, président !". Un seul s’énerve en interrogeant du menton les gens au balcon : "Macron ? Pourri !".

Ligne 9, dans le métro du retour, un homme se lance dans une comptabilité à vue de nez : "On était trois, trois et demi au mètre carré. Donc 60 000, c’est pas impossible". La préfecture de police de Paris, de son côté, n'a communiqué aucune estimation de l'affluence.

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