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Vote électronique annulé : les députés des Français de l'étranger s'insurgent

En 2012, les 1,7 million de Français de l'étranger avaient pu voter sur Internet.
En 2012, les 1,7 million de Français de l'étranger avaient pu voter sur Internet. Kate Dwek, AFP

Depuis l'annonce, lundi, du ministère des Affaires étrangères de suspendre le vote électronique des Français de l'étranger lors des législatives par crainte de cyberattaques, certains députés ne décolèrent pas.

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En plein feuilleton pour la course à la présidentielle française, une nouvelle déclaration provoque des remous à l’Assemblée. Face à la menace grandissante des hackeurs et autre pirates en ligne, le ministère des Affaires étrangères a annoncé, lundi 6 mars, qu’il retirait la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, de voter en ligne aux législatives de juin 2017. En cause, le "niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques qui pourrait affecter le déroulement du vote électronique".

"Deux tests grandeur nature qui ont eu lieu en novembre et en février ont révélé de manière concrète la réalité et l'intensité des menaces et, face à elles, la fragilité de tout système électronique, y compris le meilleur actuellement disponible", justifie Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé des Français de l’étranger, dans une interview au Huffington Post.

"C’est de l’amateurisme"

En pleine campagne présidentielle, et à trois mois des élections législatives, la décision n’a pas manqué de faire réagir de nombreux élus, parmi lesquels plusieurs députés des 11 circonscriptions des Français de l’étranger.

Frédéric Lefebvre, député (LR) des Français d'Amérique du Nord, a même lancé une pétition en ligne pour que le vote numérique soit maintenu. Il revendique 4 000 signatures, provenant en partie des 250 000 votants de sa circonscription. "C’est au minimum de l’amateurisme. On a fait des tests et on s’est apercu il y a six mois qu’il y avait des défaillances. Et comme par hasard on est mis devant le fait accompli à trois mois de l’élection, quand le Parlement ne siège plus en raison de la présidentielle [depuis la mi-février]", lance le député à France 24, suivi par plusieurs autres élus. Claudine Schmid, député (LR) des Français de Suisse et du Liechtenstein, dénonce ainsi sur Twitter une "intervention" du gouvernement dans les législatives, quand Olivier Cadic, sénateur (UDI) des Français établis hors de France, fait part de son "immense déception".

>> À lire : Quels risques de piratage pèsent sur la présidentielle française ?

À gauche, même son de cloche. Axelle Lemaire, ex-secrétaire d'État chargée du Numérique et candidate à sa réélection comme députée des Français du Royaume-Uni et d’Europe du Nord, déclare que "la cyber-menace a bon dos : cela fait plusieurs mois que le sujet est sur la table. Il était tout à fait possible de prendre cette décision quand il en était encore temps. Mais modifier les conditions d’un scrutin à trois mois de la tenue du vote, c’est digne des régimes dictatoriaux", s’emporte-t-elle dans Le Monde.

"Une mesure d'ordre technique"

Mais pour Didier Le Bret, l’ancien coordonnateur national du renseignement à l'Élysée et candidat (PS) pour la 9e circonscription des Français de l’étranger, "c’est une mesure d’ordre technique. Il ne faut pas chercher à y voir autre chose que l’impossibilité de garantir qu’il n’y aura pas d’interférence sur le scrutin, dans le contexte de menace de cyberattaque".

Pour lui, la mesure pénalise tous les partis, car la participation sera sans doute plus faible du fait de la difficulté pour certains votants de se rendre aux bureaux de votes à l’étranger. "Ça fragilise le socle électoral des candidats, mais dans les mêmes circonstances pour tous. Ça n’empêche pas les gens de voter." Les expatriés devront recourir à la bonne vieille méthode du bulletin en papier, à insérer dans les urnes des ambassades ou représentations consulaires. Avec possibilité, bien sûr, de voter par correspondance ou procuration, ce que le Quai d’Orsay promet de "faciliter" et "encourager".

Forte menace

Les experts de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques (Anssi), dont le Quai d’Orsay suit les recommandations, tirent eux aussi la sonnette d’alarme face au risque de piratage. "On craignait qu’il puisse y avoir des attaques de type déni de service. Si [les pirates] envoient des requêtes en grand nombre, le site Internet peut tomber. Il y a également des risques d’intrusion, soit à des fins d’exfiltration [vol de données], soit de destruction de la plateforme de vote. Avec par exemple à la clé, une impossibilité de voter. La menace est telle qu’on ne peut pas prendre un tel risque", déclare l’Anssi à France 24.

>> À lire : Sputnik, Russia Today : l’ombre de Moscou plane sur la présidentielle française

Les quelque 1,7 million de Français installés à l’étranger avaient pu choisir leurs candidats sur Internet en 2012, pour la première fois. Malgré des problèmes de compatibilité de logiciels, le scrutin n’avait pas été entaché de soupçons de piratage. Tout comme pour les récentes primaires de la gauche et de la droite, où les enjeux étaient certes moindres. Mais pour les législatives, le risque est trop important pour l’Anssi.

Pas une première en Europe

Reconnaissant les préconisations de l’Agence, Frédéric Lefebvre pointe des solutions que, selon lui, le ministère des Affaires étrangères n’a pas envisagées. "Il y a des solutions techniques qui existent pour que le vote [en ligne] ait lieu. Des mesures comme la blockchain, qui permet à une chaîne d’individus de s’assurer de la sécurité du vote. Des dispositifs de sécurité très fiables existent pour l’organiser, et on peut les mobiliser aujourd’hui en urgence et dans les temps."

>> À lire : Hollande met en garde contre l'ingérence russe dans les affaires européennes

La décision du Quai d’Orsay n’est pourtant pas une première en Europe. En février, après une série d’attaques sur plusieurs sites du gouvernement, les Pays-Bas ont renoncé au vote électronique pour les législatives de la mi-mars, pourtant en vigueur depuis 2007. La Russie, mais aussi la Chine et l’Iran sont dans le collimateur des autorités comme pays d’origine de ces attaques. Didier Le Bret insiste sur la difficulté de retracer les opérations. "Elles sont à la fois simples et complexes, mais compliquées à tracer, car on peut avoir des relais improbables. Ça crée une espèce de malaise, car on n’a pas de signature." Mais pour lui, il ne fait aucune doute qu’il s’agit d’une stratégie "pensée, élaborée, et financée avec des moyens conséquents, par la Russie".

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