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Economie

Festival SXSW : Comment reprendre le Web à l'EI et aux néo-nazis

© Studio Graphique France Media Monde

Texte par Sébastian SEIBT , envoyé spécial à Austin (Texas)

Dernière modification : 14/03/2017

Les discours haineux pullulent sur Internet, malgré les diverses tentatives pour les endiguer. Mais certains estiment que tout n'a pas été correctement mis à l'épreuve et que la guerre en ligne contre les extrêmes n'est pas encore perdue.

La phrase a été répétée trop souvent ces dernières années : "Les terroristes islamistes ont gagné la bataille des réseaux sociaux". Depuis la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, c’est un autre extrémisme qui crie victoire : celui incarné par l'"alt-right", cette extrême droite américaine très à l’aise sur Internet et qui a fait du nouveau président des États-Unis son champion.

Dans le camp d’en face, celui des démocrates, c’est le silence gêné. Les opposants aux discours de haine en ligne semblent ne plus savoir par quel bout prendre le problème après avoir vu leurs efforts faire jusqu’à présent long feu.

Une question d'audience

Au SXSW, un festival dédié aux innovations et à la créativité qui se déroule à Austin (Texas) du 10 au 18 mars, le sujet a été remis plusieurs fois sur la table. Pas question de déserter le terrain.

>> À lire : "'Raciste', 'misogyne', le 'super-vilain d'Internet' banni de Twitter"

Encore convient-il d’identifier les causes des échecs passés. "Ceux qui propagent la propagande islamiste radicale connaissent très bien leur audience, alors que ceux qui tentent de combattre ce discours partent avec un sérieux handicap car ils sont beaucoup moins informés sur leur cible", explique H.A. Hellyer, un spécialiste du monde musulman qui a notamment aidé le gouvernement britannique à lutter contre le fanatisme islamiste après les attentats de 2005 à Londres.

La prise au sérieux du danger que représentent les discours haineux en ligne et de la maîtrise des codes du web de ceux qui la diffusent, notamment sur les réseaux sociaux, a en outre été tardive. C’est ce qui s’est passé en Allemagne où la parole néo-nazie n’a, pendant longtemps, pas eu de sérieuse contestation. "Les opposants à cette propagande ne voulaient, tout d’abord, pas répondre à tous les messages haineux et hostiles aux réfugiés, car ils estimaient, à tort, que cela ne ferait que nourrir la bête et lui donner de l’importance", raconte Simone Rafael, membre du réseau "Netz gegen Nazis" ("Le Net contre les nazis", en allemand).

>> À lire : "Allemagne : un réfugié syrien perd son procès contre Facebook"

La résistance à cette vague radicale en ligne a longtemps été menée directement par des gouvernements qui considèrent que cette propagande menace l’ordre public. Là encore, c’était une erreur, juge H.A. Hellyer. "Les gouvernements sont plus lents à agir car ils ont toute une procédure à suivre, et surtout, la parole de cette autorité n’est pas prise au sérieux par la population ciblée, qui la voit comme l’ennemi", note cet expert d’origine égyptienne.

D’où une tendance qui consiste à chercher les personnes capables de porter le plus efficacement la contestation. "Le principal rôle des États devrait être d’encourager des voix indépendantes qui apporteraient la contradiction aux extrémistes en ligne", note H.A. Hellyer.

Des "voix locales"

Aux États-Unis, un cabinet de conseil, EdVenture Partners, est parti à la recherche de "voix" au niveau le plus local possible, qui pourraient se faire entendre par des internautes influençables et tentés par la radicalisation. Cette société a mené de un depuis 2015 un vaste programme, baptisé P2P, qui a consisté à "laisser des étudiants, localement, définir quel extrémisme il faut combattre dans leur communauté et ensuite développer la campagne la mieux adaptée à ce contexte local", explique Sean Ferrel, vice-président d’EdVenture.

Ce programme, qui a débuté dans les universités américaines, s’est élargi au monde entier, grâce au soutien de Facebook qui en a accompagné le développement à l’international. "Près de 10 000 étudiants dans 65 pays ont soumis plus de 500 programmes de lutte contre les discours haineux", souligne Sean Ferrel.

Certains étudiants ont mis en place une plateforme pour transmettre des faits vérifiables et opposables à la propagande, d’autres ont mis au point des campagnes pour discréditer les discours haineux en utilisant des caricatures et des mèmes. Ces initiatives s’attaquent à tous les extrémismes, qu’ils soient religieux ou qu’il s’agisse de xénophobie. Toutes les campagnes ont en commun d’offrir un contre-discours pour tenter de prévenir la radicalisation de ceux qui, dans leur communauté, seraient tentés de basculer.

Le contre-discours sur Internet est une méthode pour combattre la propagande "utilisée depuis une dizaine d’années, mais jusqu’à présent surtout dans le cadre de programme gouvernementaux", rappelle H.A. Hellyer. C’est aussi une technique qui intéresse au plus haut point Facebook. "Nous faisons certes très attention à supprimer les contenus violents et haineux qui n’ont pas leur place sur Facebook dès que nous en avons connaissance, mais nous savons aussi que ce n’est pas la meilleure manière de changer l’opinion. Ce que nous devons faire, c’est faciliter le dialogue et aider les gens à interagir de manière positive", explique Monika Bickert, directrice de la politique des contenus chez Facebook.

>> À lire : "Contenus haineux : poussés par Bruxelles, les géants du Net s'engagent"

Reprendre le territoire conquis

Le problème est de savoir quoi faire de toutes ces campagnes finalisées. Elle risque d'être laissé à l'abandon alors que la propagande en ligne, elle, ne s’arrête pas. "Des universités ont repris des campagnes à leur compte, et certains étudiants ont décidé de s’occuper des leurs de manière professionnelle", assure Sean Ferrel.

Difficile aussi de dire si ces contre-discours ont eu un effet. "Il est toujours plus difficile de juger de la réussite d'une initiative pour prévenir que quelqu’un se radicalise, plutôt que de constater si la propagande a fonctionné", reconnaît Monika Bickert.

H.A. Hellyer est plus pessimiste. "Le seul contre-discours que j’ai vu fonctionner, c’est celui mené face à face en prison", note-t-il. Cet expert ne pense pas pour autant que c’est inutile, mais cela reste simplement insuffisant. "La clef du succès des discours haineux en ligne est que leur promoteur peut se prévaloir de réussites sur le terrain, ce qui le valorise aux yeux des autres", explique-t-il.

L’organisation terroriste État islamique (EI) peut donc se vanter de détenir un territoire afin d’asseoir la crédibilité de son discours, et l'"alt-right" américaine s’est appropriée la victoire de Donald Trump. "Leur reprendre les territoires conquis ôterait beaucoup de crédibilité et rendrait leur propagande en ligne moins audible", soutient H.A. Hellyer.

Ainsi, les victoires militaires des opposants à l’EI en Syrie ou Irak sont autant de brèches dans le discours haineux qui peuvent permettre aux contre-discours de mieux atteindre leur cible.

Première publication : 13/03/2017

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