DIPLOMATIE

L’UE n’aura pas de position commune sur les meetings pro-Erdogan en Europe

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est en crise ouverte avec plusieurs pays européens.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan est en crise ouverte avec plusieurs pays européens. Adem Altan, AFP (archives)
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Vidéo par : Antoine FENAUX
5 mn

Tout en appelant Ankara à éviter "toute déclaration excessive" dans le conflit qui l'oppose à plusieurs pays européens, l'UE, qui était appelée à donner une réponse collective, a renvoyé lundi la gestion de la crise à ses membres.

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L’Union européenne (UE), qui était appelée par plusieurs gouvernements européens à donner une réponse collective à la crise diplomatique qui oppose plusieurs pays du continent à la Turquie, a renvoyé, lundi 13 mars, la responsabilité de la gestion de la polémique aux États membres.

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La responsable de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire Johannes Hahn, chargé de la politique de voisinage de l'Union, ont en effet botté en touche sur la question des meetings pro-Erdogan en estimant dans un communiqué que "les décisions relatives à la tenue de réunions et de rassemblements dans les États membres relèvent de l'État membre concerné". Et ce, précisent-ils, "conformément aux dispositions applicables du droit international et du droit national".

Les deux responsables européens ont également appelé Ankara "à s'abstenir de toute déclaration excessive et d'actions qui risqueraient d'exacerber encore la situation". La crise est née du refus de plusieurs pays de l’UE d'autoriser des ministres turcs à participer à des meetings en faveur d'un referendum qui prévoit un renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.

Un ministre turc menace d'un "réexamen" du pacte sur les migrants

Les refus de l’Allemagne et des Pays-Bas d'autoriser des ministres turcs à participer à ces meetings (d'autres pays, à l'image de l’Autriche ou de la Suisse, ont également annulé des réunions politiques similaires) ont provoqué l’ire du chef de l'État turc, Recep Tayyip Erdogan, qui les a qualifiés de "pratiques nazies".

"Ankara exige des excuses officielles de la part des Pays-Bas"

Alors que le président turc a menacé de "faire payer le prix" aux autorités néerlandaises pour leur attitude, lundi, un de ses ministres a évoqué un "réexamen" du pacte sur la lutte contre l'immigration clandestine entre la Turquie et l'Europe. "La Turquie devrait réexaminer le volet des passages terrestres" figurant dans ce pacte conclu il y a un an, a déclaré le ministre des Affaires européennes Omer Celik, cité par l'agence progouvernementale Anadolu. Pilier de l'Otan, la Turquie est aussi un partenaire-clé de l'UE dans la crise des migrants.

C’est dans ce contexte extrêmement tendu que les Pays-Bas ont appelé lundi leurs ressortissants en Turquie à rester "vigilants" et à éviter "les rassemblements et les endroits très fréquentés", après un weekend-end marqué par des manifestations devant les représentations diplomatiques néerlandaises à Istanbul et Ankara. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte avait souhaité dimanche "une désescalade", mais Recep Tayyip Erdogan lui a opposé une fin de non-recevoir.

Paris juge les propos turcs sur le "nazisme" inacceptables

Côté français, la décision du gouvernement de Bernard Cazeneuve d’autoriser le chef de la diplomatie turque à participer dimanche à un meeting pro-Erdogan, organisé à Metz, a été largement critiquée par les principaux candidats à la présidentielle, à l’exception du socialiste Benoît Hamon.

Le Quai d'Orsay a justifié le maintien de la réunion au nom de "l'État de droit". Toutefois, le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a estimé, lundi, que les accusations turques qui ont visé plusieurs États membres de l'Union européenne étaient "inacceptables".

"C'est vrai que quand on emploie des mots comme nazisme, fascisme, ça ne peut qu'être ressenti douloureusement par les pays visés, donc ce n'est pas acceptable", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Stockholm aux côtés de son homologue suédoise. La Turquie est membre du Conseil de l'Europe et a signé la Convention européenne des droits de l'Homme et doit par conséquent en respecter les principes, a-t-il ajouté.

Avec AFP et Reuters

 

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