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PAYS-BAS

Législatives aux Pays-Bas : Geert Wilders, la coqueluche des populistes européens, perd son pari

Le député eurosceptique espérait réaliser un score cataclysmique.
Le député eurosceptique espérait réaliser un score cataclysmique. Robin van Lonkhuijsen, AFP
5 mn

Longtemps donné favori des législatives néerlandaises du 15 mars, scrutées à la loupe en Europe, le populiste Geert Wilders a perdu son pari. À défaut de pouvoir gouverner, il espérait devenir la première force politique du pays.

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Son résultat était très attendu, et pas seulement aux Pays-Bas. Selon les premières estimations, Geert Wilders et son parti europhobe PVV (Partij voor de Vrijheid, Parti pour la liberté), n'est pas parvenu à remporter les élections législatives, mardi 15 mars. D’après les premiers décomptes, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, droite) du Premier ministre Mark Rutte a obtenu 32 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du Parlement. Geert Wilders, lui, arrive en deuxième place avec 19 sièges.

Un camouflet pour le député populiste, et, par ricochet, pour ses alliés européens qui misaient tant sur celui qui a longtemps été le favori des sondages, avant de rétrograder en deuxième position à quelques semaines du scrutin.

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Conscient, avant même de connaître le résultat des législatives, et même en cas de victoire, qu’il n'avait pratiquement aucune chance de devenir Premier ministre (les principaux partis ont annoncé leur refus de gouverner avec lui pendant la campagne), l’enjeu de ce rendez-vous électoral était ailleurs pour Geert Wilders. La coqueluche peroxydée des eurosceptiques européens espérait réaliser un score à même de créer une onde de choc sur le continent.

Islamophobe, xénophobe et europhobe

Car, oscillant entre nationalisme et populisme, en arguant défendre des idées libérales et le mode de vie néerlandais, Geert Wilders cherchait surtout à propager ses idées. Des idées qui clivent la société multiculturelle néerlandaise et qui découlent de ses nombreuses phobies : islamophobie, xénophobie et europhobie.

S’il est connu pour militer en faveur d’un Nexit, une sortie néerlandaise de l’UE sur le mode britannique, le député de 53 ans a surtout bâti sa notoriété, qui dépasse largement les frontières de son pays, sur ses prises de positions anti-islam. Obnubilé par cette religion qu’il qualifie d’idéologie, le chef du PVV avait notamment promis dans son programme électoral d’ordonner l'interdiction de la vente des corans, de fermer des mosquées, et de bloquer les migrants en provenance de pays à majorité musulmane. Cherchant à stopper "l’islamisation" de son pays, Geert Wilders estime qu’islam et appartenance à la nation néerlandaise sont incompatibles.

Ses sorties virulentes, revendiquées au titre de "la liberté d’expression", lui ont valu d’être régulièrement traîné devant les tribunaux pour incitation à la haine raciale. Il a notamment été condamné pour discrimination, en décembre 2016, pour avoir promis "moins de Marocains" aux Pays-Bas. Une condamnation qui ne l’a pas empêché de s’en prendre, lors du lancement officiel de sa campagne, toujours aux Marocains, sa cible favorite, en qualifiant certains de "racailles".

En 2008, celui qui se décrit comme un patriote et qui se défend d’être raciste diffuse sur Internet un film décrié, "Fitna", qui provoque de vives réactions dans le monde musulman. D’une durée de quinze minutes, la vidéo mêle des versets du Coran à des images d'archives des attentats du 11-Septembre, de Madrid et de Londres.

Un reclus "têtu et isolé"

Depuis, menacé plusieurs fois de mort, le député natif de Venlo (Sud-Est) vit reclus et limite ses déplacements, toujours effectués sous haute protection. Pour compenser cette absence physique, il a musclé sa présence sur les réseaux sociaux, et fait de Twitter, sur lequel il compte 807 000 abonnés, son canal de communication favori.

Invitée mardi de l’émission "Mardi Politique", sur France 24, Marine Le Pen a pris la défense de son allié au sein du Parlement européen. "À chaque fois que, dans un pays, un homme s'oppose à l'immigration massive, il est traité de populiste, de raciste, de xénophobe, etc. (…). Est-ce qu'on a le droit d'être opposé à l'immigration sans se faire insulter ?", s’est interrogée la candidate frontiste à la présidentielle française.

S’il est proche de plusieurs mouvements extrémistes européens, Geert Wilders n’est pas issu des rangs de l’extrême droite traditionnelle. Défendant la lutte contre l’homophobie et la défense du droit à l’avortement, le leader populiste offre un visage plus lisse sur les questions de société que ses acolytes européens. Il n’hésite pas à marcher sur les plates-bandes de la gauche, en promettant une baisse drastique des impôts et le recul à 65 ans de l'âge du départ à la retraite.

Et c’est ainsi qu’il peut compter, en plus des électeurs qui partagent ses idées et de ceux qui le soutiennent par défiance à l’égard des partis traditionnels, sur une frange de la population, fâchée avec les élites, qui est séduite par son programme économique.

Le député eurosceptique, décrit par ses anciens collaborateurs comme un homme "têtu et isolé", est devenu au fil des ans un pion incontournable sur l’échiquier politique du pays. C’est en 2006, après avoir claqué la porte du VVD, le parti libéral dirigé par l’actuel Premier ministre libéral Mark Rutte, dont il était l’un des députés, mais qu’il juge ne pas être assez ferme sur l’immigration, que Geert Wilders lance son parti, le PVV. Un parti dont il est le seul à détenir une carte de membre, selon la presse néerlandaise.

Le PVV, boussole de la politique néerlandaise

Ce qui n’empêche pas le PVV de s’imposer comme la boussole de la scène politique des Pays-Bas, en forçant la droite néerlandaise à se droitiser. La formation populiste provoque un séisme dans le pays lors des législatives de 2010, en passant de 9 à 24 sièges de députés sur 150. En 2012, Geert Wilders parvient à faire chuter le gouvernement néerlandais en lui retirant son soutien au Parlement, mais perd plusieurs de ses élus lors des législatives de la même année.

Avec ce nouvel échec en 2015, qu'il a tout de même qualifié de "succès", nul doute qu’il vient de connaître une vraie désillusion, alors qu’il espérait devenir le chef du premier parti du pays. Il a toutefois assuré à Mark Rutte, vainqueur des législatives, qu’il n’était "pas encore débarrassé" de lui.

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