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Des cannibales se sont réunis dans une grotte espagnole il y a 10 000 ans

Dans l'Espagne du Paléolithique, les actes de cannibalisme étaient pourtant rares.
Dans l'Espagne du Paléolithique, les actes de cannibalisme étaient pourtant rares. Cesare Abbate / EyeEm / Getty Images

Dans la grotte de Santa María, près de Valence en Espagne, on cuisait joyeusement des êtres humains morts avant de les déguster.

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Il y a près de dix mille ans, sur les terres de la péninsule ibérique, de petits groupes de chasseurs-cueilleurs vivent un changement de période culturelle et climatique. Les outils se modernisent rapidement et l'âge du Mésolithique, avec l'avènement de l’agriculture et de la sédentarisation, se rapproche. Le climat aussi se modifie : la grande ère glaciaire est passée mais les hivers sont rudes pour nos ancêtres de la préhistoire.

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Dans ce monde en pleine mutation, les pratiques cannibales n’étaient pas monnaie courante. Mais dans une grotte près de Valence, en Espagne, plusieurs anthropologues et archéologues ont trouvé quelques marques bizarres sur une trentaine d’os humains. Conclusion après analyse : les humains étaient cuits après leur mort puis servaient de dîner à leurs congénères.

L’anthropologiste Juan V. Morales-Pérez, de l’université de Valence, a publié début mars les conclusions de son travail et de celui de ses collègues dans le Journal of Anthropological Archaelogy, une publication universitaire internationale, notamment reprise par le site Ars Technica.

Désarticulés, décharnés et autres joyeusetés

Que trouve-t-on dans cette fameuse grotte, nommée Santa María ? Les archéologues ont découvert les restes de trois crânes humains – un adulte "robuste", un autre visiblement plus fin et enfin, un enfant. Quelques restes d’animaux ont également été retrouvés dans les cavités. Sur les os humains comme animaux, on peut observer des marques faites avec des pierres taillées – ce qui indique des actes de désarticulation et de décharnement des membres – ainsi que des traces de morsures, de chocs et de brûlures.

Pour les chercheurs, ces marques tendent à prouver un comportement anthropophagique de la part de nos ancêtres. Mais comment en être sûr ? Il existe une joyeuse liste de pré-requis pour vérifier l’existence d’un acte cannibale. La voici, au cas où vous seriez confronté à une telle situation :  

  • Preuve directe : La présence d’os humains dans les coprolithes (excréments fossilisés) ou l’identification de morsures humaines sur des os humains.
  • Preuve indirecte : Des marques de brûlures ou de polissage des os.
  • Premier critère secondaire : Des fractures physiques anthropogéniques.
  • Deuxième critère secondaire : Des marques de coupures sur les os.
  • Troisième critère secondaire : La position et la préservation des os.

Pour résumer, si vous découvrez des os fossilisés avec des traces de morsures ou des excréments fossilisés avec des bouts d’os dedans, ce fut probablement un corps dévoré par d’autres humains il y a dix mille ans. Et dans le cas de la grotte de Santa María, tous les critères sont réunis.

Mais pourquoi ?

Qu’est-ce qui poussait ces hommes à s’entre-dévorer ? Ces pratiques anthropophagiques pourraient être liées à des rituels, pensent les chercheurs. Selon le rapport, la période correspondant à des "profonds changements culturels" dans la région, lors du passage au Mésolithique.

Malgré la probabilité de cette thèse, les chercheurs considèrent qu’ils "ne peuvent pas totalement mettre de côté la possibilité que ces pratiques puissent être le résultat d’une période de pénurie alimentaire". Néanmoins, "la petite quantité d’os humains, la datation par radiocarbone ou les analyses taphonomiques [La discipline de l'archéothanatologie qui étudie la formation des gisements fossiles, ndlr] suggèrent que l’anthropophagie à Santa Maria était un fait exceptionnel", concluent-ils, sans donner de réponse à ce mystère préhistorique.

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