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Le Sénat américain laisse les FAI collecter les données privées en toute tranquillité

Ajit Pai, le nouveau patron du gendarme des télécommunications aux États-Unis, est réputé plus proche des intérêts des grands groupes que son prédécesseur.
Ajit Pai, le nouveau patron du gendarme des télécommunications aux États-Unis, est réputé plus proche des intérêts des grands groupes que son prédécesseur. Nicholas Kamm, AFP

Des mesures de protection des données privées sur Internet, adoptées par Barack Obama, ont été abrogées par le Sénat américain. Les défenseurs de la vie privée en ligne espèrent que la Chambre de représentants ne confirmera pas ce vote.

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AT&T, Comcast ou encore Verizon peuvent mettre le champagne aux frais et remercier Donald Trump. Ces fournisseurs d’accès à Internet (FAI) américains ont reçu un beau cadeau des sénateurs américains, jeudi 23 mars. À une courte majorité de 50 voix pour, et 48 contre, les sénateurs ont approuvé le démantèlement des règles mis en place par l’ancien président Barack Obama pour protéger les internautes d’une exploitation commerciale effrénée des données personnelles - comme l’historique de navigation sur Internet - par les géants des télécoms.

La Chambre des représentants doit encore confirmer cette "mise à mort", mais avec une majorité républicaine qui y est encore plus prononcée, ce ne devrait être qu’une formalité, juge la chaîne britannique BBC.

"Accès incroyable à la vie en ligne"

Il sera alors temps de sabrer les bouteilles. Car les FAI pourront alors collecter les historiques de navigation sur Internet, les usages d’applications sur smartphone ou encore les informations de géolocalisation, pour les vendre aux publicitaires et agences de marketing. Ils n’auront même pas à en informer leurs utilisateurs.

Les FAI pourraient ainsi savoir si un internaute est susceptible d’être malade en répérant les sites qu’ils visitent. Ils connaîtraient aussi le temps moyen mis pour aller du domicile au travail, ou si quelqu’un adore jouer à des jeux vidéo sur son mobile. Autant d’informations qui sont une vraie mine d’or pour les annonceurs, toujours en quête de données personnelles permettant de personnaliser au maximum les publicités.

>> À lire sur France 24 : "Chine : des données personnelles vendues pour quelques yuans sur le marché noir"

Les géants des télécommunications ont "un accès incroyable à la vie en ligne des gens", rappelle l’Electronic Frontier Foundation (EFF), l’une des principales organisations de défense des droits des internautes. Toutes les données transitent par leurs tuyaux (câble, fibre optique), ce qui leur permet d’analyser chaque détail de ce gigantesque flux d’informations, s’ils le souhaitent.

Ce vaste accès à des données personnelles avait poussé l’administration Obama limiter la possibilité pour les FAI de les monétiser. Les règles adoptées par la Federal Communication Commission (FCC) - le gendarme américain des télécommunications - en octobre 2016 obligeaient Comcast et les autres à demander leur permission aux internautes pour collecter, puis pour revendre les données personnelles. En France, l'utilisation des données personnelles par des tiers ne peut se faire sans consentement des internautes. Les règles américaines, adoptées, devaient entrer en vigueur à la fin de l’année 2017.

Le début des dérégulations ?

Mais le président républicain Donald Trump a nommé un nouveau patron de la FCC, Ajit Pai qui a été conseiller juridique… pour le FAI Verizon. Il s’est prononcé pour une FCC plus effacée et se montre davantage à l’écoute des arguments des géants des télécommunications.

Ces derniers sont partis en croisade depuis fin 2016 contre ces mesures de l’administration Obama. Ils assurent que cette régulation les prive de ressources nécessaires pour innover. Ils rappellent également que les géants du Net, comme Google ou Facebook, ne sont pas soumis aux mêmes règles. Une comparaison qui ne tient pas debout, d’après les défenseurs de la protection de la vie privée en ligne. Ils soulignent qu’il y a moins de concurrence dans le monde des FAI que sur Internet, et qu’en cas d’abus, il est beaucoup plus facile de changer, par exemple, de moteur de recherche que de fournisseur d’accès à Internet.

Le Sénat républicain a trouvé les arguments du lobby des télécoms plus convaincants. La FCC, pour sa part, en a profité pour rappeler son nouveau credo : instaurer de nouvelles règles uniquement lorsqu’elle constate, preuve à l’appui, qu’une situation est clairement au désavantage des consommateurs. Pour le reste, Ajit Pai compte continuer à pousser à la dérégulation. Les FAI risquent d’avoir encore d’autres occasions de faire la fête.

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