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"Poutine pense que Le Pen jouera un rôle politique majeur en France dans les prochaines années"

Marine Le Pen et Vladimir Poutine se sont entretenus pendant 1 h 30, vendredi 24 mars au Kremlin.
Marine Le Pen et Vladimir Poutine se sont entretenus pendant 1 h 30, vendredi 24 mars au Kremlin. Mikhail Klimentyev, Sputnik, AFP

Marine Le Pen a été reçue vendredi au Kremlin par Vladimir Poutine. En consentant cette entrevue, le président russe permet à la candidate du Front national de se doter d'une stature internationale.

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Pour Marine Le Pen, c'est une consécration. Après plusieurs années à rencontrer divers hauts responsables russes, Vladimir Poutine l'a reçue officiellement, vendredi 24 mars. L'entretien aura duré une heure et demie dans une petite salle du premier étage du palais du Kremlin, souvent utilisée pour ce type de rencontres.

Il est exceptionnel que le président de la Russie reçoive un candidat présidentiel à une date aussi rapprochée d'une élection. La coutume et le protocole l'amènent à rencontrer des chefs d'État de son rang ou éventuellement des chefs de gouvernement de pays ayant un régime parlementaire. Mais pour la candidate du Front national à la présidentielle, Vladimir Poutine a fait une exception. "Chacun trouve son compte dans cette rencontre", analyse Tatiana Kastouéva-Jean, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (Ifri), pour France 24.

La stature internationale de Marine Le Pen

Pour Marine Le Pen, il s'agissait de se doter d'une stature de présidentiable sur la scène mondiale. "Être reçue par le leader politique qui a désormais la réputation d’être le plus influent au monde, est la preuve de sa stature présidentielle à l’international", explique la chercheuse. "C’est aussi un message pour son électorat, un jalon qu’elle pose pour montrer que si elle est élue, sa politique étrangère correspondra à ses engagements préélectoraux."

>> À lire : Marine Le Pen reçue par Vladimir Poutine au Kremlin

Interrogé par France 24, Jean-Yves Camus, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe, abonde dans le même sens : "C'est l'aboutissement de sa stratégie pour acquérir la stature d'un présidentiable initiée par sa rencontre du président libanais Michel Aoun et celui du Tchad, Idriss Déby", explique le dirigeant de l'observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, un think tank proche du Parti socialiste. "C'est aussi la confirmation de ses liens forts avec la Russie. Par le passé, Marine Le Pen avait déjà rencontré des hauts responsables de l'appareil d'État russe mais jamais le président, du moins pas officiellement. Cette rencontre publique est une consécration."

"Vladimir Poutine ne gaspille pas son temps"

"Si Marine Le Pen a été reçue, c'est le signe que les analystes du ministère des Affaires étrangères russe pensent qu'elle peut l'emporter", explique Jean-Yves Camus. "Le président russe n'est pas quelqu'un qui gaspille son temps. À mon avis, Vladimir Poutine estime que Marine Le Pen jouera un rôle politique majeur en France dans les prochaines années."

Pour le président russe, l'élection de la candidate frontiste est une option confortable. "Elle serait gage d’une nouvelle relation avec la France qui aura des conséquences bien au-delà du bilatéral. Ces conséquences comprennent l’avenir de l’Union européenne et de l’OTAN", affirme Tatiana Kastouéva-Jean. "En outre, c’est un moyen de montrer à l’opinion publique russe qu’il y a des forces politiques dans les grands pays d’Europe qui soutiennent sa politique et que les scenarii de l’avenir peuvent être différents de la confrontation au détriment de la Russie."

"La Russie a toujours eu des liens forts avec la droite française"

Dans la course à la présidentielle, les candidats à la mandature suprême sont régulièrement interrogés sur leur posture diplomatique envers la Russie en cas de succès. Si Marine Le Pen est la seule à reconnaître l'annexion de la Crimée par la Russie, le candidat des Républicains François Fillon et celui de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon sont aussi régulièrement accusés de complaisance envers Vladimir Poutine, notamment sur le dossier syrien.

Pour justifier la rencontre avec Marine Le Pen, Dimitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a déclaré : "La Russie est prête à maintenir des contacts avec les représentants de toutes les forces politiques, que ce soit avec des chefs d'État en poste ou avec des représentants de l'opposition". Il ajoute qu'il est "très important [pour la Russie] de discuter avec les forces (politiques) prônant la nécessité de maintenir un dialogue bilatéral".

De là à imaginer François Fillon et Jean-Luc Mélenchon au Kremlin d'ici le 22 avril, date du premier tour de la présidentielle ? Peu probable pour Tatiana Kastouéva-Jean. "Le dirigeant de La France Insoumise ne suscite aucune ferveur à Moscou", explique la spécialiste de la Russie.

>> À lire : Face aux diplomates étrangers, Marine Le Pen souligne sa proximité avec Donald Trump

Le cas de François Fillon est plus complexe : "François Fillon est le vrai perdant de la rencontre Marine Le Pen-Poutine", estime Jean-Yves Camus. "Il y a toujours eu des liens forts avec la droite française. Le fait que ce soit Marine Le Pen et non pas le candidat des Républicains est une marque de défiance du président russe."

Une opinion que ne partage pas Tatiana Kastouéva-Jean qui souligne la proximité du candidat Les Républicains avec l'homme fort du Kremlin : "Vladimir Poutine connaît très bien François Fillon et il semblerait qu’ils soient même très proches. Néanmoins, ce dernier a moins besoin que Marine Le Pen de faire preuve de son envergure internationale. Mais, si il le souhaitait, je pense qu’il pourrait tout à fait être reçu au Kremlin", explique Tatiana Kastouéva-Jean.

L'ombre russe sur la campagne

Une interrogation subsistait sur la visite russe de Marine Le Pen. Était-elle en Russie pour trouver les 6 millions d'euros qui lui manquent actuellement pour financer sa campagne ? En 2014, une banque à capitaux majoritairement russes avait accordé un prêt de 9 millions au parti frontiste. Toutefois, Dimitri Peskov a affirmé qu'il n'avait pas été question d'argent lors de la rencontre.

Pour Jean-Yves Camus, ce n'est pas étonnant : "Peut-être que la visite de Marine Le Pen avait ce but non avoué, mais ce n'est pas le genre de bas sujets qui se discute avec Vladimir Poutine alors que l'on a l'honneur d'une rencontre officielle au Kremlin."

Ces dernières semaines, Emmanuel Macron et son mouvement En Marche ! se sont plaints de subir des cyberattaques imputées à la Russie. Le candidat centriste craint qu'une campagne d'influence soit à l'œuvre pour aider un candidat pro-russe à remporter l'élection.

>> À lire aussi : "Sputnik, Russia Today : l'ombre de Moscou plane sur la présidentielle française"

"On ne peut l’exclure, il faut y être prêt et prendre toutes les mesures", assure Tatiana Kastouéva-Jean. "Néanmoins, il ne faut pas attribuer à la Russie les 'pouvoirs magiques' de façonner les opinions publiques occidentales – ce n’est pas la Russie qui est à l’origine de la montée des populismes, de l’euroscepticisme et de la méfiance vis-à-vis des élites dans les pays occidentaux", nuance-t-elle.

En Russie, certains médias en sont sûrs : Vladimir Poutine va donner un coup de pouce à la campagne de Marine Le Pen. Le site LifeNews, connu pour sa proximité avec le Kremlin, titrait même l'analyse d’un de ses politologues, Dmitry Rodionov, "Moscou va aider Marine Le Pen". Après l’avoir postée sur les réseaux sociaux, la publication opte pour le plus neutre "Le Pen n'a peur de personne".

"Moscou va aider Marine Le Pen à gagner"

"Marine Le Pen n'a peur de personne"

Au sortir de sa rencontre avec Marine Le Pen, Vladimir Poutine s'est voulu rassurant sur ce sujet : "Nous ne voulons en aucun cas avoir de l'influence sur les évènements à venir", a-t-il déclaré. Il n’en reste pas moins qu'aujourd'hui les deux médias RT (auparavant Russia Today) et Sputnik semblent favoriser dans leur couverture le FN.

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