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Frappes en Syrie : le Congrès applaudit, les partisans de Trump beaucoup moins

Le président américain Donald Trump, lors de son briefing à propos de la frappe militaire en Syrie, le 7 avril 2017.
Le président américain Donald Trump, lors de son briefing à propos de la frappe militaire en Syrie, le 7 avril 2017. Maison Blanche, AFP

La décision de Donald Trump de frapper une base militaire du régime de Bachar al-Assad, en Syrie, a reçu le soutien des parlementaires qui ont majoritairement approuvé, alors que l'électorat du milliardaire est plus divisé.

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En décidant unilatéralement d’exercer des représailles contre l’usage d’armes chimiques, attribué au régime syrien, qui a fait au moins 87 morts et plus de 500 blessés dans le village de Khan Cheikhoun, Donald Trump a adopté une position qui tranche nettement avec celle qu’il avait défendue pendant les années Obama, puis pendant sa campagne électorale.

Sa décision de lancer 59 missiles contre la base militaire syrienne d'Al-Chaayrate a néanmoins reçu l’approbation de la plupart des parlementaires américains. Selon un décompte du site de data-journalisme Five Thirty Eight, pas moins de 79 sénateurs sur 100 lui ont apporté leur soutien, dont – c’est à noter – 30 sénateurs démocrates sur 48, avec des réserves. Parmi ces 4/5e des occupants du Sénat fédéral, se trouvent notamment les républicains John McCain et Lindsey Graham, parmi les plus critiques à l’égard de Trump. Ceux-ci avaient appelé la Maison Blanche à réagir après l’usage d’armes chimiques et ont donc salué la décision de l’administration Trump dans un communiqué commun : "Contrairement à l’administration précédente, le président Trump a agi lorsqu’il s’est trouvé face à un moment charnière en Syrie. En cela, il mérite le soutien du peuple américain."

En revanche, à la chambre des représentants, la cheffe du camp démocrate, minoritaire, Nancy Pelosi, s’est contentée de qualifier la frappe militaire de "réponse proportionnée à l’usage par le régime d’armes chimiques".

De nombreux parlementaires appellent désormais Donald Trump à avoir recours au Congrès s’il souhaite conduire d’autres interventions contre le régime syrien. Une éventualité que n’a pas écartée l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, qui a indiqué, vendredi 8 avril, que les États-Unis étaient "prêts à en faire plus". Le Congrès doit théoriquement être consulté en cas de déclaration de guerre. En pratique, depuis l’adoption du War Powers Resolution en 1973, le président américain dispose de 48 heures après avoir engagé les hostilités pour avertir le Congrès et solliciter son approbation. Trump ne l’a pas fait mais pourrait, comme Obama, s’appuyer sur des jurisprudences passées pour justifier son action, comme le rappelle Politifact.

Hors des chambres du Congrès, l’opinion publique pourrait ne pas être aussi favorable. En 2013, un sondage commandé par le Washington Post et ABC montrait que 61 % des Américains étaient opposés à une telle frappe au cas où le régime syrien se serait rendu coupable d’un usage d’armes chimiques. Mais le Washington Post souligne que l’ "histoire montre que le soutien d’une action militaire peut changer radicalement si l’action a vraiment lieu".

Pour l’heure, en attendant d’éventuels sondages corroborant ou non l’analyse du Washington Post, des pacifistes manifestent contre la frappe américaine en Syrie. Et chez les électeurs de Donald Trump, notamment ceux pour qui le retour à l’isolationnisme prôné par celui-ci était un facteur décisif au moment de voter, la déception domine. Ils en font part sur les réseaux sociaux, en utilisant le hashtag #NoMoreWar (plus aucune guerre).

Richard Spencer, le fondateur du mouvement suprémaciste blanc Alt-Right, pro-Trump, s’est par exemple dit dans une vidéo "prêt à condamner Donald Trump" avant de tweeter : "Je condamne absolument l’attaque militaire de Washington en Syrie #NoMoreWars".

Mike Cernovitch, un des membres les plus actifs d’Alt-Right, déclare aussi dans une vidéo que "tous ceux qui affirmaient que Trump serait aveuglément loyal (à ses électeurs ont) reçu un avertissement aujourd’hui". "Nous savons tous qu’Assad n’empoisonnerait pas son propre peuple. Nous savons que le 'deep state' [sorte d’administration parallèle tentant d’exercer une influence anti-démocratique sur la conduite des affaires à la Maison Blanche, NDLR] veut la guerre avec la russie et utilise l’attaque au gaz en Syrie, qui est un hoax, pour provoquer une Troisième Guerre mondiale avec la Russie", poursuit-il. De nombreux partisans d’Alt-Right, à l’image de Cernovitch, nient que Bachar al-Assad soit responsable de l’attaque voire nient carrément qu’elle ait eu lieu. Tous réclament que Trump se recentre sur les États-Unis et leurs besoins.

Le site très conservateur Breitbart, dont l’un des fondateurs, Steve Bannon, désormais stratège en chef, mais évincé du Conseil national de sécurité, a activement soutenu Trump pendant la campagne en relayant parfois de fausses informations. Pourtant, le site semble hésiter sur la ligne éditoriale à adopter après la frappe en Syrie. Au cours des deux jours ayant suivi l’attaque, Breitbart a ainsi publié des articles aux angles diamétralement opposés tels que "'Aucune chance" qu’Assad soit derrière l’attaque à l’arme chimique ou "La frappe en Syrie montre qu’ 'il y a un shérif dans la ville'".

L’attaque est d’autant plus surprenante, du point de vue des partisans de Trump, que le milliardaire a longtemps – et jusqu’à récemment –, pris position contre une quelconque intervention en Syrie. En 2013, il s’était fendu de quelques tweets furieux, pour dissuader Barack Obama de passer à l’attaque lorsque la ligne rouge que le 44e président américain avait tracée à l’utilisation d’armes chimiques avait été franchie par Bachar al-Assad.

Il avait même qualifié la définition de cette ligne rouge de "stupide". Un discours anti-interventionniste qui tranche aujourd’hui avec les déclarations les plus récentes de l’actuel président. Peu avant d’ordonner la frappe, Donald Trump déclarait ainsi, selon un communiqué, que "ces odieuses actions du régime de Bachar el-Assad [étaient] une conséquence de la faiblesse et de l'indécision du gouvernement précédent".

Autre source d’étonnement des électeurs de Donald Trump : c’est son adversaire Hillary Clinton, et non lui, qui avait traîné pendant toute la campagne une solide réputation de va-t-en-guerre. En France, le député Les Républicain pro-russe Thierry Mariani ne s’y est pas trompé. Il a déclaré, sur la version française du site russe d’information RT : "C’est plutôt une politique qu’on attendait d’Hillary Clinton et pas de Donald Trump."

D’ailleurs, Clinton déclarait, seulement quelques jours plus tôt, que les États-Unis "auraient dû et devraient encore détruire les bases aériennes (de Bachar al-Assad) et l’empêcher de bombarder des gens innocents et de lâcher du gaz sarin sur eux".

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