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"Mondialiser le conflit syrien, ce n’est pas aider à son règlement"

Des manifestants contre les frappes aériennes américaines en Syrie et contre le locataire de la Maison Blanche près de la Trump Tower à New York, le 7 avril 2017.
Des manifestants contre les frappes aériennes américaines en Syrie et contre le locataire de la Maison Blanche près de la Trump Tower à New York, le 7 avril 2017. Jewel Samad, AFP

À la suite d'une intervention unilatérale contre une base militaire syrienne, l’administration Trump a indiqué, vendredi, être prête "à en faire plus". Une menace qui risque de donner une plus grande ampleur au conflit syrien.

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L’administration Trump persiste et signe : ses frappes aériennes sur la base d’Al-Chaayrate, dans la province de Homs, sont non seulement "justifiées", mais elle se déclare "prête à faire plus" que les 59 missiles Tomahawk qui ont été tirés, le 6 avril, depuis deux navires américains en méditerranée, sur la base militaire de l’armée syrienne. De là avaient décollé, deux jours plus tôt, les appareils syriens qui ont mené les raids aériens sur le quartier de Khan Cheikoun, dans le nord-ouest de la province d’Idleb, provoquant une attaque chimique et la mort de plus de 80 personnes.

Outre répondre à l’indignation qu'ont provoquée dans le monde les images de cette attaque chimique, l’intervention des États-Unis, décidée par son seul président Donald Trump, a-t-elle d’autres visées ? Bertrand Badie, professeur des Universités à Sciences Po, spécialiste des relations internationales, répond aux questions de France 24.

Les frappes américaines sur la base de Chaayrate vont-elles donner plus de marge de manœuvre aux États-Unis dans le dossier syrien ?

Il est très probable qu’un des objectifs recherchés par l’administration Trump soit d'entrer à nouveau dans le jeu syrien pour chercher à faire contrepoids au rôle tenu actuellement par la Russie. Ceci étant, la gestion d’un conflit armé aujourd’hui ne consiste plus à le placer sous la tutelle des grandes puissances. Dans un conflit conventionnel, s’affirmer sur le terrain est un moyen de s’imposer. Dans un conflit qui est d’extraction sociale comme celui en Syrie, des frappes de cette nature n’ont pas le même impact que dans une guerre classique.

À l’heure actuelle, il est très hasardeux de faire des pronostics sur ce que va faire la Maison Blanche. Surtout que nous ne savons pas si ces frappes sont un message de semonce ou le début d’un processus d’implication plus fort. Une chose est certaine, c’est que nous avons fait un pas vers l’internationalisation du conflit, ce qui est une source d’instabilité supplémentaire.

La Russie a réagi en dénonçant ces frappes américaines comme une violation du droit international et en coupant son canal de communication avec les États-Unis pour les échanges aériens au-dessus de la Syrie. Le Kremlin est-il convaincu d’avoir encore toutes les cartes en main ?

Nous n’en sommes qu’au début, les frappes ont à peine 48 heures et il est hasardeux de prévoir l’attitude de la Russie à moyen ou long terme. Il est évident que la Russie est embarrassée, doublement. On l’a vu à sa manière de réagir : elle n’est pas à la pointe de l’action menée par la Syrie sur son territoire. L’usage d’armes chimiques est pour elle plus embarrassant qu’autre chose. Moscou cherche à transformer son action militaire en succès diplomatique. De fait, ce genre d’épisode est contre indiqué pour cela.

On remarque toutefois un changement de ton substantiel. La position prise par la Russie dans le débat au Conseil de sécurité du 7 avril le montre bien. Vladimir Poutine doit réagir, mais vu l’importance de l’investissement russe dans la question syrienne, il ne peut pas tout perdre d’un seul coup. Contrairement à Barack Obama, qui jouait une tout autre partition, Trump joue la même partition que Poutine : le jeu classique du rapport de force. Et Poutine le comprend, Trump aussi. Toute la question est de savoir comment réagir pour confirmer un rapport de force plus favorable à la Russie sans compromettre l’évolution du procesus diplomatique.

Les frappes américaines ont été décidées par Donald Trump, sans consultation du Congrès, de ses partenaires ou des instances internationales. Faut-il s’inquiéter de cette action unilatérale ?

Oui, cela interroge d’autant plus qu’il s’agit de l’exact contraire de la méthode Obama. Cette riposte est conforme à ce qu’avait annoncé Trump dans sa campagne électorale, qui n’est pas un retour à l’isolationnisme, comme certains ont pu le dire. Sa véritable idée est de rendre "l’Amérique plus forte". Il veut afficher la puissance américaine. Ces frappes sont donc un acte stratégique voulu, pensé, conforme à ce qu’il recherche. Trump n’est pas adepte du multilatéralisme. Il considère que les États-Unis ont un droit d’action unilatéral. Cela risque d’ouvrir une nouvelle page des relations internationales plus brutales.

La réaction adoptée par Trump est tout à fait conforme à cette conception nouvelle du rôle des États-Unis et d’un nationalisme mettant la force en étendard. Pendant ses huit années au pouvoir, Obama a tenté de remettre la diplomatie en bonne place au Moyen-Orient, ce qui a culminé avec la signature de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. C’était une tentative de laisser les acteurs régionaux en première ligne, un "leadership from behind". Mais ceci est à présent terminé. C’est la force, plus que la diplomatie, qui est promue. Mais il est dangereux de mondialiser un conflit comme le conflit syrien. Ce n’est pas aider à son règlement et c’est prendre le rique de lui donner une telle dimension que plus personne ne pourra plus l'arrêter.

>> À lire : "La réaction de Washington est aussi surprenante qu’énergique"

 

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