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Présidentielle : jeune travailleur, un peu perdu, cherche à savoir pour qui voter

Une dizaine de jeunes ont participé au café philo organisé le 12 avril dans "la résidence du Mail", un foyer de jeunes travailleurs du Val d'Oise.
Une dizaine de jeunes ont participé au café philo organisé le 12 avril dans "la résidence du Mail", un foyer de jeunes travailleurs du Val d'Oise. Alcyone Wemaëre/France 24

À onze jours de la présidentielle, France 24 a assisté à un café philo sur le thème de la politique dans un foyer de jeunes travailleurs du Val d’Oise. Rencontre avec des jeunes, entre méfiance, naïveté et soif d’explications.

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À 50 mètres de la gare RER Neuville-Université, dans le Val d’Oise, devant un bâtiment récent, une jeune femme profite du soleil en passant un coup de fil. C’est une résidente "du Mail", un foyer de jeunes travailleurs géré par l’association pour l'habitat des jeunes en Île-de-France (ALJT). Deux cents jeunes, entre 18 et 25 ans pour la plupart, vivent ici dans ces logements réservés à des jeunes en début de parcours professionnel ou professionnalisant.

Stage, apprentissage, alternance, intérim… Tous ont un pied dans le monde du travail mais rarement un niveau de rémunération leur permettant de prétendre à un logement classique : en 2016, près de six résidents sur dix gagnaient le SMIC ou moins. Ici, ils payent 409 euros de loyer pour une studette de 16 m2 qui leur donne droit aux aides personnalisées au logement (APL). "Ce sont des jeunes extrêmement courageux, certains travaillent de nuit, d’autres cumulent plusieurs emplois", explique Pascale Desnoyers, responsable de la résidence, en fumant une cigarette dans la cour.

Quelques minutes plus tard, dans son bureau, une jeune femme frappe timidement à la porte. Elle a ouvert par erreur un courrier des impôts adressé à un ancien résident. La directrice en profite pour battre le rappel : "Il y a un super atelier organisé ce soir autour de la politique, vous viendrez ?". La jeune femme botte en touche : "Je n’ai jamais voté de ma vie". Des ateliers autour du vivre-ensemble et de la citoyenneté, comme celui programmé ce soir, sont régulièrement organisés pour les résidents. "On n’a pas qu’une fonction d’hébergement, il faut aider ces jeunes à ne pas être indifférents à ce qui se passe en France", insiste Pascale Desnoyers, qui se souvient qu’après Charlie Hebdo et les attentats du 13 novembre, les résidents avaient spontanément demandé à parler.

"Entre la citoyenneté et le foot, y a pas photo !"

En ce 12 avril, à onze jours du premier tour de la présidentielle, le thème du café-philo est tout trouvé : la politique. Dans la salle commune, pas de café mais du Coca, des chips et cacahuètes. "On a une vision trop austère de la philo dans le scolaire, la pensée doit être une fête, un banquet !", s’exclame Bruno Magret, l’intervenant qui enseigne la philosophie, pratique populaire dans le cadre de la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire (MLDS).

Il est 20 h et les jeunes se font attendre. Il faut dire qu’organiser un café-philo le soir d’un match de Ligue des champions (Bayern-Real Madrid) est une gageure. Bruno Magret préfère en rire : "Entre la citoyenneté et le foot, y a pas photo !". Alexandra, 23 ans, arrive la première. En stage "dans le coin", elle est une nouvelle venue dans le foyer. "Je ne veux pas voter sans être au courant", explique-t-elle en arrivant. Sa copine Marion la rejoint bientôt. À 22 ans, c’est la première fois qu’elle vit une présidentielle en ayant la possibilité de voter et elle se sent "perdue" : "Je ne sais pas qui fait quoi et qui veut quoi. Je veux comprendre les différences". Arrive ensuite Florient, apprenti en informatique, qui partage son temps entre son centre de formation à Cergy et son entreprise à Saint-Cloud. Lui non plus ne sait pas pour qui voter. Dixita, Ingrid, Diallo, Dohane et Yanis s’asseyent bientôt, à leur tour, autour de la table. L’atelier peut commencer. "La philosophie, c’est universel. L’idée, c’est que les gens pensent par eux-mêmes", lance Bruno Magret en préambule. Il pose aussi un cadre au débat : "Celui qui parle n’est jamais coupé. Si quelqu’un pense le contraire de vous, c’est extraordinaire".

"Je sens que la politique sert à quelque chose mais je ne comprends pas à quoi"

"Alors, qu’est-ce que vous inspire la politique ?", lance Bruno Magret à la volée. "Je trouve ça loin, je ne me sens pas visé. J’ai l’impression que ça ne sert à rien", lâche Yanis. Dohane affiche, elle, une certaine méfiance : "Il y a tellement de choses qui se passent qu’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux, par rapport aux médias surtout". Marion a l’impression d’être sur la touche : "Je sens que la politique sert à quelque chose mais je n’ai pas encore compris à quoi. J’ai l’impression que tout le monde comprend sauf moi, je me sens à part".

"Pour moi, la politique, c’est des cases : de droite, de gauche, de machin, de bidule. Je vois mes grands-parents, ils sont dans une case, ils ne se posent pas de questions. Alors que moi j’aime bien ci, j’aime bien ça, c’est difficile de choisir", enchaîne Alexandra. Yanis embraye : "C’est vraiment générationnel. Par exemple, Macron, dans ma famille, ils ne savent pas s’il est de droite ou de gauche, mais on s’en fout ! Peut-être qu’il prend le meilleur des deux…. ou le pire !". Tout le monde éclate de rire.

Bruno Magret reprend la parole pour résumer les interventions de chacun et proposer une définition : "Nous sommes des animaux sociaux et la politique, c’est ce qui organise la société car vivre ensemble demande des règles. Vous vous sentez concernés par les règles dictées ?". Acquiescement général.

Le travail comme valeur numéro un

On passe aux candidats à la présidentielle : "Vous les connaissez tous les onze ?". Un mélange indistinct de "oui" et de "non" fuse. Les noms des cinq principaux sortent rapidement, pour les six autres, le petit groupe peut compter sur Ingrid, pas peu fière de son petit effet. "Et quelle est votre sensibilité ? Qu’est-ce qui est important pour vous ?", interroge Bruno Magret. "Le travail", répond Ingrid. Pour cette jeune femme en alternance, "c’est ce qui est central dans la vie en société, c’est ce qui rend heureux".

Pour ces jeunes à l’aube de leur vie professionnelle, rien ne semble plus important que la valeur travail. Toute la soirée, le débat ne tournera d’ailleurs qu’autour du chômage, de la formation, de l’emploi, de l’organisation du travail et des entreprises. "Le code du travail n’est pas assez souple", "il y a trop de paperasse autour des embauches", "l’État doit donner plus d’argent aux entreprises"… Beaucoup se révèlent très sensibles aux difficultés des entreprises. Quitte à sembler reléguer les leurs au second plan : "Toute seule, avec mon salaire, c’est difficile mais c’est parce que je vis en région parisienne. Si je vivais ailleurs, j’arriverais mieux à m’en sortir", estime Ingrid, qui confiera plus tard avoir un frère au chômage depuis deux ans.

"Et pour vous, à quoi est dû le chômage ?", demande Bruno Magret. "C’est la crise ! C’est ce qu’on nous dit depuis vingt-trois ans !", ironise Alexandra. "C’est clair !", approuve Yanis. "Moi, je pense qu’il faudrait réduire l’immigration", lance l'un des participants.

"Les gens ont créé leur propre société"

Bruno Magret prend un moment pour expliquer les deux grands courants politiques : le libéralisme et le socialisme. S’ensuit une discussion sur "l’État providence". Pour Alexandra, il faudrait mieux un "État parent" : "On t’aide, mais si tu ne te bouges pas, on ne t’aide plus". Le revenu universel proposé par Benoît Hamon ? "En 2017, j’y crois pas", balaye Dixita.

Il est déjà 21 h. Florient s’est éclipsé. Mais deux nouveaux jeunes se sont joints au groupe, fin du match Dortmund-Monaco oblige. La discussion s’enflamme autour de la robotisation. "Mon copain travaille sur un site de production avec des hectares de machines et ils sont seulement trois pour s‘en occuper", raconte Alexandra qui veut croire que si la robotisation supprime des emplois, elle en crée d’autres également. Dixita ne partage pas son optimisme : "Tout est en train d’être robotisé, le pire est à venir". "Dans l’entreprise de logistique et de transport où je travaille, ils veulent faire les inventaires par drone", témoigne Yanis. "Un robot, c’est pas cher, ça ne se plaint pas, ça n’est jamais en arrêt maladie… Les gens ont créé leur propre société", devise-t-il sans avoir l’air de prendre parti.

Il est 22 h et le café philo touche à sa fin. Lors d’un dernier tour de table, chacun confirme être certain d’aller voter le 23 avril…. même si personne – à part Yanis – n’a encore fait son choix. Bruno Magret renvoie chacun à ses responsabilités avec bienveillance : "Maintenant, c’est à vous d’aller chercher l’information".

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