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ÉTATS-UNIS

L’administration Trump hausse le ton sur l’Iran mais sa stratégie reste floue

Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson.
Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson. Mandel Ngan, AFP
Texte par : Julia DUMONT
6 mn

Plusieurs responsables du gouvernement américain sont montés au créneau cette semaine contre l’Iran, bien que la Maison blanche ait reconnu que Téhéran remplissait sa part de l’accord sur le nucléaire signé en 2015.

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L'Iran n'est pas à la hauteur de l'esprit de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet 2015 entre Téhéran et les pays du "P 5+1" (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Ainsi le président américain Donald Trump s’en est-il pris jeudi 20 avril à la fiabilité de l’ancien "ennemi" iranien avec lequel l’administration Obama avait engagé un début de réconciliation.

Le même jour, Nikki Haley, ambassadrice américaine à l'ONU, exhortait le Conseil de sécurité à donner la priorité aux activités "incroyablement destructrices" de l'Iran au Moyen-Orient et à accorder moins d'attention au conflit israélo-palestinien. La veille, à Riyad, le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis martelait, quant à lui, sa volonté de contrer les efforts de l'Iran pour "déstabiliser" la région.

Cette série d’invectives a fait suite aux déclarations de Rex Tillerson à l’encontre de Téhéran. Pour le secrétaire d’État américain, l’accord de 2015 n'a été qu'une façon "d'acheter" le régime iranien et n’a fait que retarder le développement de son programme nucléaire.

Des propos en contradiction avec ce qu’il a néanmoins certifié dans une lettre adressée mardi à Paul Ryan, président de la Chambre des représentants. À savoir que l'Iran respectait bien ses engagements définis par le texte, mais restait un État "sponsor du terrorisme par le biais de nombreuses plateformes et méthodes".

>> À lire : États-Unis : pour le chef du Pentagone, l'Iran est "le plus grand État soutenant le terrorisme"

Promesse de campagne

La Maison Blanche est tenue par une obligation légale d’informer le Congrès à intervalles réguliers du respect ou non de Téhéran de sa part du marché. "L’administration Trump est opposée à cet accord, elle ne pouvait donc pas juste donner cette information. Il fallait qu’ils montrent une position plus dure vis-à-vis de l’Iran", explique Lélia Rousselet, chercheuse au German Marshall Fund of United states, un think-tank spécialisé dans les questions internationales, et auteure de "Négocier l’atome" (sortie prévue en mai 2017 chez l’Harmattan).

Durant sa campagne, Donald Trump répétait qu'une fois élu, il "déchirerait" l’accord sur le nucléaire iranien. Se montrer offensif vis-à-vis de Téhéran serait donc une "façon de continuer à dire aux gens qui l’ont élu : 'Vous voyez, je tiens mes promesses !'", analyse Alexandre Andorra, collaborateur du site diploweb.com, spécialiste des États-Unis et co-auteur de "Géopolitique des États-Unis" (PUF).

Pour Lélia Rousselet, ce n’est pas l’accord en lui-même qui pose problème au président américain mais que le fait celui-ci soit considéré comme l’héritage de Barack Obama.

Une politique indéfinie

Quelle est donc la feuille de route américaine vis-à-vis de l’Iran ? Pour Alexandre Andorra, "il n’y a pas, pour l’instant, de politique iranienne clairement définie". Selon lui, il est possible de conclure de ce silence qu’elle restera la même que celle établie par la précédente administration.

"La nouvelle administration américaine veut montrer qu’elle souhaite renforcer sa politique vis-à-vis de l’Iran mais, faute de preuve [d’un manquement de Téhéran à ses engagements], elle ne peut pas renforcer les sanctions sur le nucléaire et cherche d’autres pistes", explique, quant à elle, Lélia Rousselet.

"Les États-Unis ont imposé deux types de sanctions à l’Iran, les premières car Washington considère qu’il s’agit d’un pays qui soutient le terrorisme et ne respecte pas les droits de l’Homme, les secondes pour l’empêcher de développer son programme nucléaire", ajoute-t-elle.

Si l’accord de juillet 2015 a permis une levée conditionnée des sanctions liées au nucléaire, il n’a jamais été question de renoncer à celles sur le terrorisme, même sous la présidence de Barack Obama.

Élections iraniennes

Techniquement, Donald Trump a la possibilité de sortir de cet accord. Mais à quel prix ? L'élection présidentielle iranienne se tiendra en mai prochain. Le président Hassan Rohani, favorable à l’accord, est candidat à sa propre succession, mais il a déjà été très affaibli en raison de la signature du texte, jugé trop sévère à l’encontre de Téhéran par le camp conservateur. "Une des seules choses qui font qu’il peut tenir, c’est la levée des sanctions économiques promise en échange de l’accord", souligne Alexandre Andorra.

"Si Washington mettait l’accord à la poubelle, cela reviendrait à faire un cadeau aux conservateurs iraniens. Pour eux, cela serait une excuse de rêve pour reprendre la recherche sur l’arme nucléaire", ajoute-t-il.

Malgré le discours vindicatif de Donald Trump sur l’Iran, cette hypothèse a peu de chances de se confirmer. "Donald Trump a beaucoup critiqué l’accord mais, une fois élu, à la fin du mois de janvier, il a dit qu’il souhaitait une application rigoureuse du texte. C’est que celui-ci n’est pas si mauvais", rappelle Lélia Rousselet.

Le prochain test de l’administration Trump sur l’Iran aura lieu le 19 mai. Les États-Unis doivent décider avant cette date s’ils maintiennent la suspension des sanctions économiques sur l’Iran, s’ils les lèvent définitivement ou s’ils les restaurent. Le même jour, les Iraniens choisiront leur prochain président.
 

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