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Attentat des Champs-Élysées : les zones d’ombre

De nombreuses personnes viennent se recueillir sur les Champs-Élysées, où le policier a été abattu jeudi 20 avril.
De nombreuses personnes viennent se recueillir sur les Champs-Élysées, où le policier a été abattu jeudi 20 avril. Philippe Lopez, AFP

Quarante-huit heures après l’attentat des Champs-Élysées, à Paris, qui a coûté la vie à un policier le 20 avril au soir, plusieurs éléments de l’enquête posent question.

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  • Confusion sur la revendication de l’organisation État islamique

Presque aussitôt l'attentat des Champs-Élysées perpétré jeudi 20 avril, l'organisation État islamique (EI) a revendiqué l'attaque. Le communiqué diffusé le jour-même par l’organe de propagande Amaq précise que l'auteur est "Abu Yussef le Belge", "un des combattants de l'État islamique".

Cette revendication suscite la confusion car, de son côté, la police française certifie que l'assaillant abattu est un Français de 39 ans, Karim Cheurfi, qui résidait en banlieue parisienne et était connu de la police et de la justice pour des faits de violence.

Existait-il deux assaillants ? l'un d'entre eux était-il toujours en fuite ? quel lien existe-t-il entre les deux hommes ? s'interrogent les enquêteurs de la section anti-terrotirste de Paris, jusqu'à ce que "Abu Yussef le Belge", activement recherché pour des projets terroristes, se rende spontanément dans un commissariat d’Anvers le vendredi matin. "Abu Yussef le Belge" était en fait en Belgique dans la soirée du 20 avril et le parquet fédéral belge a "exclu" tout lien entre lui et l'attentat sur les Champs-Élysées.

Le porte-parole du parquet fédéral belge avance alors deux hypothèses : soit "il existe bien quelque part un Abu Yussef al-Belgiki (le Belge) – et nous cherchons à l'identifier – ou bien l'EI a profité du fait que l'Anversois était dans les médias, surtout français, jeudi soir pour revendiquer l'attentat en citant son nom", a-t-il indiqué, sans trancher.

S’agit-il d’une erreur de la part de l’EI ? Les enquêteurs devront le déterminer. Reste que l’organisation terroriste n’a pas pour habitude de donner les noms des auteurs des attaques et se contente de parler de "soldats de l’EI". Autre fait inhabituel : la rapidité avec laquelle l’EI a réagi pour revendiquer l’attaque. Elle attend généralement au moins 24 heures pour clamer sa responsabilité. Elle avait ainsi attendu quinze jours pour revendiquer le meurtre d'un adolescent à Hambourg (nord de l'Allemagne) en octobre 2016 et deux jours pour s'attribuer la paternité de l'attentat de Nice (sud de la France) le 14 juillet de la même année.

  • Le profil non radicalisé de Karim Cheurfi mais...

Originaire de Seine-Saint-Denis et résidant à Chelles (en Seine-et-Marne), Karim Cheurfi est bien connu de la police et de la justice. Il a passé 14 ans en prison, période durant laquelle il n'avait "pas présenté de signes de radicalisation ou de signes de prosélytisme", a relevé François Molins lors d'une conférence de presse.

Toutefois, contrairement à ce que certains médias avaient annoncé dès jeudi soir, "l'homme n'était pas fiché "S" (sûreté de l'État)", précise le procureur de la République avant de poursuivre : "Il semble avoir agi seul mais les investigations sont en cours pour établir comment il s'est procuré des armes et ses éventuelles complicités".

Ses voisins, qui décrivent un homme nourrissant une "haine" contre la police et "psychologiquement atteint", confirment qu'il n'y avait pas de signe de radicalisation.

Dès la fin 2016, la lutte antiterroriste est informée que Karim Cheurfi, sorti de prison le 14 octobre 2015, cherche à se procurer des armes pour tuer des policiers et venger la mort d'enfants syriens. Il est aussi repéré pour vouloir entrer en contact avec un individu qui serait un combattant de l'EI dans la zone irako-syrienne. 

En janvier 2017, il est entendu par des magistrats qui ne sont pas en mesure de confirmer les soupçons. Toutefois, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) décide d'intégrer Karim Cheurfi dans le fichier des radicalisés, comprenant plus de 15 000 noms. Cette base créée en mars 2015, peu après l’attaque de Charlie Hebdo, permer de recenser les individus radicalisés susceptibles de basculer vers le terrorisme.

Karim Cheurfi n'est pas fiché S pour autant. Interpellé le 23 février, Karim Cheurfi sort libre, sa garde à vue et la perquisition de son domicile ne donnant rien. Aucune trace de documentation ou de consultation de sites "à caractère apologétique" n'est retrouvée, indique François Molins. 

En mars, quand Karim Cheurfi renouvelle sa tentative d’entrer en contact avec un combattant dans la zone irako-syrienne, l'enquête s'accélère et est transmise à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Le 7 avril, le juge d'application des peines convoque Karim Cheurfi, toujours en sursis avec mise à l'épreuve, pour un voyage effectué en Algérie entre le 15 janvier et 14 février, "pour se marier" selon ses dires. Il en sortira juste avec un rappel à l'ordre, moins de 14 jours avant l'attaque. 

Trois proches de Karim Cheurfi, en garde à vue depuis vendredi soir, pourraient éclairer les enquêteurs sur son intérêt soudain pour l'EI. L'un d'entre eux, rencontré en prison, présente un casier judiciaire très chargé.

  • Le lien avec l'EI

Existe-t-il donc réellement un lien entre l’auteur et l'EI ? Un mot manuscrit évoquant "sa volonté de mourir en martyr au nom d'Allah", selon une source policière citée par Le Parisien, est tombée de la poche de Karim Cheurfi. Son lien exact avec l'organisation terroriste reste à établir.

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