Découvertes

Des milliers d'électeurs ont testé des modes de vote alternatifs au premier tour de la présidentielle

Marlene Awaad/Bloomberg via Getty Images

En France, on élit notre président au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Mais ne serait-il pas temps de changer notre façon de voter ? Des chercheurs en sont convaincus.

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Dimanche lors du premier tour de l’élection présidentielle, certains électeurs sont passés deux fois dans l’isoloir. Ne criez pas tout de suite au scandale ou au bourrage des urnes. Quelque 10 000 personnes à Strasbourg, Grenoble et dans d’autres communes de France ont participé à une expérience sur des modes de scrutin alternatifs, organisée par un groupe de chercheurs en sciences économiques et informatique, universitaires et CNRS, issus des Universités de Bilbao, Caen, Grenoble, Paris, Saint-Etienne et Strasbourg.

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À Strasbourg par exemple, les électeurs qui le souhaitaient ont pu essayer le vote par approbation où il s’agit de mettre une croix à côté du nom d’un candidat si on l’approuve, et le vote par note où l’on doit donner une note allant de 0 à 2 à chaque candidat. À Grenoble, d’autres ont pu expérimenter le vote par classement, comme l’avait aussi proposé le site La contre élection.

Le but ? Tester la réceptivité des électeurs à d’autres modes de scrutin et bien-sûr voir l’impact du mode de vote sur les résultats. Ceux-ci seront publiés le 19 juin, après le second tour des législatives.

"Notre mode de scrutin est nocif"

"La méthode de vote en France n’est pas une bonne méthode, elle a beaucoup d’inconvénients. Aujourd’hui, le mode de scrutin majoritaire à deux tours est nocif", explique à Mashable FR Jérôme Lang, chercheur au CNRS et au Lamsade de l’université de Paris Dauphine, qui participe à l’expérience. Pour ce groupe de chercheurs, le point noir de notre mode de scrutin serait sa vulnérabilité aux clones, c’est-à-dire des candidats plus ou moins similaires qui entraînent un partage des voix. Si les partis organisent des primaires pour tenter de contrer cet effet, changer le mode de scrutin résoudrait ce problème.

Mettre fin au "vote utile" frustrant

Lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017, prenons l’exemple de Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, des "presque clones" d’après Jérôme Lang – si on avait demandé aux électeurs de classer les candidats, ces deux-là auraient fini côte à côte. Alors certains électeurs ont choisi de voter Mélenchon plutôt qu’Hamon pour "voter utile" et tenter de donner un maximum de voix à leur famille politique. S’il est déjà insatisfaisant de ne choisir qu’un seul candidat sans exprimer de nuances, "ces histoires de 'vote utile' sont frustrantes" : "Avec nos trois nouvelles méthodes de scrutin, résistantes aux clones, on peut imaginer que le comportement stratégique soit moins fort. Et donc les électeurs seraient moins frustrés", analyse Jérôme Lang.

"Les modes de scrutin déterminent les résultats"

Si le but premier de ces expérimentations est scientifique, l’idée est bien-sûr aussi de déclencher un débat sur le mode de scrutin. Si la France reste attachée au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, la majorité des pays du monde a choisi des modèles de proportionnelle. Quand en Irlande du Nord, l’élection présidentielle se joue déjà au vote par classement. Mais attention, le changement de mode de scrutin n’est pas anodin. Au contraire. Les précédentes expérimentations menées en France montrent que "les modes de scrutin déterminent les résultats". En 2007 par exemple, le vainqueur de deux scrutins expérimentaux aurait été… François Bayrou.

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