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Ce "renouvellement générationnel" qui a débouté Fillon (et promu Mélenchon, Le Pen et Macron)

Un jeune homme passe devant les affiches officielles de campagne des 11 candidats à la présidentielle, le 10 avril à Strasbourg.
Un jeune homme passe devant les affiches officielles de campagne des 11 candidats à la présidentielle, le 10 avril à Strasbourg. Frederick Florin, AFP

Avec le renouvellement générationnel en France, la verticalité dans la culture politique est en train de disparaître au profit d’une horizontalité chère aux jeunes. En témoignent les scores de François Fillon et Jean-Luc Mélenchon dans cet électorat.

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Dis-moi quel est ton âge, je te dirai pour qui tu (n’) as (pas) voté au premier tour de l’élection présidentielle. Selon une étude Ipsos réalisée du 19 au 22 avril, Jean-Luc Mélenchon a été plébiscité par 30 % des 18-24 ans devant Marine Le Pen (21 %) et Emmanuel Macron (18 %). Selon cette même étude, Emmanuel Macron a séduit 28 % des 25-34 ans devant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui font jeu égal à 24 %. Parmi les cinq candidats arrivés en tête du premier tour, François Fillon est celui qui perce le moins chez les jeunes (9 % des 18-24 ans et 8 % des 25-34 ans) et le plus chez les plus de 70 ans (45 %).

Deux finalistes (Macron et Le Pen) plébiscités par les jeunes tandis que le candidat qui a le moins reçu leurs suffrages (Fillon) est éliminé : faut-il voir dans le résultat du second tour l’empreinte de la jeunesse ? "Ce n’est pas nécessairement une histoire de jeunesse, plutôt de génération", analyse Vincent Tiberj, professeur à Sciences Po et expert des comportements électoraux. "En 2012, 52 % des électeurs français qui ont voté n’étaient pas en âge de le faire quand François Mitterrand est arrivé au pouvoir en 1981. Cette fois, ils étaient 59 %. Les post baby-boomers représentent donc désormais la majorité de l’électorat, ce sont eux qui dictent", estime le sociologue.

François Fillon, "une culture politique en train de disparaître"

Pour Vincent Tiberj, l’élimination de François Fillon résulte de l’émergence de cohortes récentes conjuguée à la disparition de cohortes de baby-boomers : "En 2007, Nicolas Sarkozy avait été élu avec le vote gris, celui des retraités, tandis que Ségolène Royal était la candidate des moins de 40 ans. En 2017, François Fillon était de nouveau le candidat préféré des pré-baby-boomers mais cela n’a pas suffi." Pour le sociologue, l’élimination de François Fillon est le signe qu’une certaine culture politique est en train de disparaître car "avec une posture se voulant gaullienne, centrale et verticale, le candidat Les Républicains était le plus en adéquation avec le système de la Vème République".

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Tout le contraire, selon lui, des cohortes post baby-boom qui promeuvent une autre culture politique : "Les cohortes les plus récentes ont un rapport critique et distant à l’égard de la politique et de l’institutionnel. Elles se méfient du responsable politique, ne se laissent pas faire, décident de participer quand elles en ont envie et ne sont pas stables : elles peuvent rapidement changer de fusil d’épaule." 

"Jean-Luc Mélenchon a senti qu’une culture différente émergeait"

Ce serait l’une des clefs de la percée de Jean-Luc Mélenchon chez les primo-votants et les jeunes en général : "Même si Benoit Hamon — avec son conseil de citoyens tirés au sort pour élaborer de nouvelles propositions notamment — était le candidat qui avait le plus intégré l’horizontalité, Jean-Luc Mélenchon a senti qu’une culture différente, plus participative, émergeait." Une horizontalité pourtant inachevée : "Le candidat de la France insoumise reste un homme de son temps incarnant le philosophe, le sachant, mais avec un programme proposé en bloc qui est resté figé tout au long de la campagne", estime le sociologue.

Le score de Jean-Luc Mélenchon (et la contreperformance de François Fillon) chez les jeunes illustre un autre phénomène, selon Vincent Tiberj : "Plus une cohorte est récente, plus elle vote à gauche… mais avec une partie qui vote FN." De ce point de vue, le vote pour Emmanuel Macron s’apparenterait plutôt à un vote de gauche. Pour le sociologue, le leader d’En Marche !, sous ses dehors d’horizontalité, serait pourtant plus ambigu qu’il n’y paraît : "Il n’a pas de parti mais il est entouré d’experts, d’une certaine élite." Un fonctionnement qui parlerait surtout à la jeunesse diplômée et bien insérée dans le monde du travail.

Cette relation au marché de l’emploi a aussi influencé les jeunes électeurs de Marine Le Pen : "La candidate frontiste perce dans une partie de la jeunesse, mais pas toute : les jeunes de la France périphérique qui n’ont pas fait les bonnes études, qui ont des petits boulots, les perdants de la mondialisation." Quant à l’horizontalité, elle ne correspond pas vraiment à Marine Le Pen : "Elle est dans une logique du personnage politique seul face au peuple, ce qui risque de poser problème à l’avenir. C’est surtout son côté antisystème qui a marché."

Pour Vincent Tiberj, le fait que la jeunesse se répartisse entre trois candidats très différents — Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron — est révélateur : "Cela dit beaucoup de l’état de fracture chez les moins de 40 ans aujourd’hui."

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