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Quand les élus FN préfèrent saborder l’UE plutôt que défendre les travailleurs

La candidate du Front national à la présidentielle, Marine Le Pen, est élue au Parlement européen depuis 2004.
La candidate du Front national à la présidentielle, Marine Le Pen, est élue au Parlement européen depuis 2004. Frédérick Florin, AFP (Archive)

L’activité des élus frontistes au Parlement européen n’est pas toujours en accord avec leurs déclarations sur la protection des travailleurs et des classes les plus défavorisées, soulignent plusieurs observateurs de la scène bruxelloise.

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S’adressant aux téléspectateurs français sur TF1, Marine le Pen s’est présentée une nouvelle fois, mardi 25 avril, comme la "candidate du peuple". "Le choix que je porte est le choix de la nation, le choix de la patrie, de la protection des Français, le choix de la régulation des excès, des dérives du marché", a-t-elle plaidé. Pourtant, l’historique du vote des eurodéputés FN au Parlement européen révèle des choix contraires aux discours frontistes.

À Strasbourg, les 23 élus de l’extrême droite française (dont deux ex-FN) choisissent quasi-systématiquement de voter contre les mesures européennes qui s’apparentent à des progrès sociaux. La lutte contre la désindustrialisation, une directive visant à réduire l’évasion fiscale, un rapport luttant contre le dumping social, mais aussi une directive renforçant le contrôle du travail non déclaré... Tous ces textes ont été rejetés en bloc par les eurodéputés FN. La réindustrialisation est pourtant un thème défendu par le Front national dans cette campagne présidentielle, en témoigne ce tweet du député européen frontiste Bernard Monot.

"Ce qui me frappe le plus, c’est qu’ils sont au Parlement européen le contraire de ce qu’ils disent en France", affirme Élisabeth Morin-Chartier, député européenne LR et membre de la commission Emploi et Affaires sociales. "Parce que le FN rejette la légitimité des institutions européennes, ils votent contre tout ce qui donne le pouvoir à ces institutions d’investir au niveau local, même si leur intervention est positive pour les droits sociaux", commente Doru Frantescu, le directeur du think tank Votewatch, une ONG qui surveille le vote des parlementaires européens.

Thiébaut Weber, secrétaire confédéral à la Confédération européenne des syndicats (CES), qui regroupe la quasi-totalité des syndicats français, va dans le même sens. "Les questions sociales et de défense des travailleurs au niveau européen et le FN sont deux choses différentes. Sur ces questions, ils sont totalement absents", affirme-t-il, expliquant ne pas compter sur les élus de ce parti pour défendre les intérêts des travailleurs européens.

"La régression sociale, c’est l’Union européenne qui l’a faite"

Mieux vaut pas de solution qu’un début de solution européenne ? Accusé de refuser de toute avancée sociale dès lors qu’elle se situe au niveau européen, Bernard Monot, député européen du parti d’extrême droite, se défend : "La régression sociale, c’est l’Union européenne qui l’a faite", estime-t-il. "Nous voulons la progression sociale, mais avec nos outils à nous. Nous ne voulons pas de la politique de l’Union européenne, car elle ne marche pas, c’est une usine à gaz qui ne fonctionne pas. Nous voulons notre politique patriotique et nationale", indique-t-il à France 24.

"Nous n’avons jamais rien vu du FN, pas de travail effectif, pas d’initiative, que des discours. Leur position est de ne pas s’engager", déplore Thiébaut Weber. L’exemple le plus criant selon lui est le vote frontiste sur la directive des travailleurs détachés venus temporairement d'autres pays de l'UE. Cette mesure vise à leur assurer des salaires de même niveau que les travailleurs des pays d’accueil. En avril 2014, Marine le Pen siégeait alors pour le FN dans la commission Emploi et Affaires sociales chargée d’examiner ladite directive. "On ne l’a jamais vue de la mandature, sauf le jour de l’inauguration. Et en séance plénière, elle s’est abstenue", indique Élisabeth Morin-Chartier.

Aujourd’hui, alors que la suppression de la directive fait partie des mesures mises en avant dans le programme présidentiel du FN, les élus frontistes continuent de déserter les rangs du Parlement européen au moment même où il est question d’en débattre de nouveau. Rapporteur de la directive en cours de révision actuellement, Élisabeth Morin-Chartier constate que Dominique Martin, l’eurodéputé FN qui représente l’extrême droite au sein de sa commission, n’a pas participé aux premières réunions.

Contre l’harmonisation de la lutte contre l’évasion fiscale

"Qu’ils ne viennent pas dire qu’ils défendent les travailleurs les plus précaires !", s’indigne l’eurodéputée, qui ne manque pas d’exemples. Élisabeth Morin-Chartier rappelle que les élus FN ont voté en septembre 2016 contre l’instauration de salaires minimums nationaux à au moins 60 % du salaire moyen national dans le cadre d’un rapport anti-dumping social. Lors du même vote, ils se sont abstenus sur l’élaboration d’une liste noire européenne d’entreprises responsables de graves violations de la législation sociale.

Le think thank Votewatch relève de son côté d’autres incohérences, comme le refus de voter pour une résolution sur la lutte contre l’évasion fiscale en décembre 2015. Une mesure qui permet à la Commission européenne d’avoir accès aux données des États membres afin de coordonner le travail de lutte contre l’évasion fiscale. Pour rappel, la lutte "efficace" contre l’évasion fiscale est la 78e proposition revendiquée par Marine Le Pen dans son programme.

La raison avancée par Bernard Monot au moment de se prononcer contre ce vote ? Ne pas encourager l’"union fiscale européenne". "Le Front national s'est associé à tous les textes en faveur de la transparence fiscale mais refuse catégoriquement d'aller vers une union fiscale", s’était justifié l’eurodéputé lors de la séance plénière.

Rejet de toute solution européenne

"Quel intérêt ont-ils à ce qu’on résolve les problèmes européens ?", s’interroge Thiébaut Weber. "Le FN n’a aucun intérêt à soutenir des politiques européennes dont on a besoin, car taper sur l’Europe est leur fonds de commerce. Il utilise le Parlement européen comme une tribune médiatique au moment des plénières, mais là où se décident les textes, dans les commissions, ses élus sont absents la plupart du temps", déplore le représentant de la Confédération européenne des syndicats. D'autant qu'en France, ils ne disposent que d'un député et de deux sénateurs, donc le Parlement européen reste leur seule caisse de résonance.

De leur côté, les élus FN se plaignent de ne pas être écoutés. "Nos contre-propositions, nos amendements sont rejetés dans tous les domaines, preuve que tout ça c’est bien du cinéma", s’indigne Bernard Monot. Pour ne rien arranger à la crédibilité du FN à Bruxelles, ce dernier est au cœur d’un scandale de détournement de fonds européens, soupçonné d’avoir entretenu un système d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen au profit du parti.

>> À lire : "Le Parlement européen lance la procédure de levée de l'immunité de Marine Le Pen"

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