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Maduro bousculé à Caracas et de plus en plus isolé en Amérique latine

De gauche à droite : le président du Nicaragua Daniel Ortega, le président de Cuba Raul Castro, le président du Venezuela Nicolas Maduro et le président de Bolivie Evo Morales. Ils sont réunis le 5 mars 2017 à Caracas à l’occasion d’un sommet de l’Alba.
De gauche à droite : le président du Nicaragua Daniel Ortega, le président de Cuba Raul Castro, le président du Venezuela Nicolas Maduro et le président de Bolivie Evo Morales. Ils sont réunis le 5 mars 2017 à Caracas à l’occasion d’un sommet de l’Alba. AFP

Le président vénézuélien Nicolas Maduro est face à un double problème : toujours plus contesté dans son pays, où les manifestations dégénèrent régulièrement, il perd également peu à peu le soutien de ses derniers alliés en Amérique latine.

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Combien de temps Maduro peut-il tenir ? Au Venezuela, chaque semaine apporte son lot de manifestations meurtrières qui paralysent un peu plus un pays déjà empêtré dans une grave crise économique et sociale.

La position jusqu'au-boutiste du président vénézuélien, qui refuse d’organiser de nouvelles élections et accuse l’opposition de vouloir mener un coup d’État, est aussi de plus en plus critiquée à l’international.

Les Nations unies, mais aussi l’Espagne et le Pérou, demandent régulièrement au président vénézuélien de respecter le droit de manifester et s’émeuvent des vagues d’arrestations massives des dernières semaines.

Habituellement, Maduro pouvait se tourner vers ses alliés sud-américains pour chercher du soutien. Mais le successeur de Chavez compte de moins en moins d'amis dans la région...

Brasilia et Buenos Aires ne répondent plus

"Le basculement à droite de certains pays, notamment le Brésil et l’Argentine, réduisent considérablement sa marge de manœuvre diplomatique", explique à France 24 Franck Gaudichaud, maître de conférences en études latino-américaines à l'Université de Grenoble.

Deux grandes alliées de Maduro, la Brésilienne Dilma Rousseff et l’Argentine Cristina Fernandez-Kirchner, ont été chassées du pouvoir ces deux dernières années. Elles ont été remplacées à la présidence par des conservateurs très hostiles à Maduro et à son parti bolivarien.

Reste les traditionnels amis bolivien et équatorien, mais leur influence est bien moindre. Et même chez ces alliés, on semble moins disposé à accorder un soutien indéfectible à Caracas.

La Paz et Quito toujours plus prudents

Le président bolivien Evo Morales a bien soutenu son homologue vénézuélien en indiquant que les manifestations dans le pays étaient le fait d’"impérialistes américains" qui cherchent à "déstabiliser” le pays". Il n’en a pas moins appelé récemment à une "résolution pacifique" du conflit, une position bien éloignée de la ligne dure tenue par Maduro.

"Le simple fait qu’il appelle à la tenue de négociations est un signe en soi", analyse Franck Gaudichaud, qui rappelle que les précédents communiqués de la présidence bolivienne étaient bien plus fermes.

Quant à l’Équateur, son actuel président Rafael Correa se garde de faire la moindre déclaration sur le problème vénézuélien. Même silence de la part de Lenin Moreno, fraîchement élu et qui doit être intronisé président le 24 mai.

Perte d'influence dans les organisations sud-américaines

Un autre signe de l’isolement grandissant de Nicolas Maduro peut être décelé dans sa perte d’influence dans les organisations intergouvernementales chargées de promouvoir la "révolution bolivarienne". L’Unasur (l’Union des nations sud-américaines), le Mercosur et l’Alba (l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) ont longtemps permis d'asseoir les réformes économiques de Chavez puis de Maduro. Mais cela semble être désormais moins le cas.

L’Unasur, un organisme mis en place sur le modèle de l’Union européenne et dont le siège est à Quito, en Equateur, rechigne à intervenir dans la crise vénézuélienne. Le Mercosur, un marché commun qui regroupe le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela depuis 2012, a formellement suspendu Caracas en décembre 2016. Quant à l’Alba, il n’en reste qu’une "coquille vide", selon Franck Gaudichaud.

Washington observe

Parallèlement, la perte d’influence de l’Unasur et de l’Alba a permis le renforcement de l’OEA, l’Organisation des États américains, qui regroupe tous les gouvernements des États d'Amérique et au sein de laquelle l’influence de Washington est bien plus prégnante.

Son chef, l'Uruguayen Luis Almagro, mène le camp de ceux qui pressent Maduro d’organiser des élections. Il a même menacé d'expulser le Venezuela si son président continue de réprimer aussi durement les manifestations. Suite à cette prise de position qualifiée d'"ingérence" par le gouvernement du président Nicolas Maduro, Caracas a annoncé, mercredi 26 avril, son retrait de l'organisation.

Selon Franck Gaudichaud, Nicolas Maduro a raison de se méfier de l’OEA et donc de Washington, car historiquement, ils ont tendance à vouloir s’immiscer dans les affaires intérieures des pays d’Amérique latine. Mais il estime que le Venezuela devrait toutefois inviter ses voisins à participer au règlement d’une crise dont il ne voit pas le bout.

"Dans les années 1980, les pays d’Amérique centrale ont sollicité l’aide de leurs voisins pour venir à bout de conflits bien plus sanglants et violents que celui en cours au Venezuela", rappelle-t-il.

L'exemple colombien

Plus récemment, l’accord de paix conclu en Colombie entre le pouvoir central et la guérilla des Farc peut également servir d’exemple. Basées à Cuba, les négociations ont été longues mais couronnées de succès. Y ont pris part, le Venezuela, le Chili et même les États-Unis.

Ainsi, même si l’Amérique latine est en pleine mutation et que les vieilles alliances sont remises en question, les négociations à plusieurs semblent être l’unique moyen de parvenir enfin à un règlement du conflit vénézuélien.

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