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Un 1er-Mai sur fond de désunion syndicale

Défilés des adhérents de la CGT lors du traditionnel défilé, le 1er mai 2016.
Défilés des adhérents de la CGT lors du traditionnel défilé, le 1er mai 2016. Georges Gobet, AFP (archives)

Présidentielle oblige, les défilés du 1er-Mai revêtent plus que d'habitude un goût politique. Les appels à voter Macron pour faire barrage au FN divisent les syndicalistes. Malaise au sein des centrales. Explications.

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Au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, qui oppose Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac, il faut moins de 24 heures aux syndicats pour organiser un front commun. Les leaders de la CGT (Bernard Thibault), CFDT (Nicole Notat), FSU (Gérard Aschieri) et Unsa (Alain Olive) s’entendent pour manifester ensemble au défilé du 1er-Mai, avec un seul mot d’ordre : "Faire barrage par le vote à Jean-Marie Le Pen". En 2017, le Front national est à nouveau au second tour de la présidentielle, mais point de front commun à l’horizon.

Tous d'accord sur le désaccord

La CGT et la CFDT s’étaient pourtant mises d'accord avant le 23 avril pour une mobilisation commune en cas de qualification de Marine Le Pen au second tour. Depuis, ils sont d’accord sur un point, la désunion. "On ne va pas avec eux, ça, c'est clair", a assené Véronique Descacq, numéro deux de la CFDT, à propos de la CGT. Force ouvrière (FO) "ne sera pas avec la CFDT, c'est clair", a fait savoir de son côté son secrétaire général, Jean-Claude Mailly, précisant : "On a une conception du rôle du syndicat différente de la CFDT".

Les divergences portent principalement sur le mot d'ordre de la mobilisation : la CFDT, qui n'a pas défilé un 1er mai avec la CGT depuis 2012, entre les deux tours de la présidentielle opposant Nicolas Sarkozy à François Hollande, réclame un appel clair à "faire barrage au Front national", selon Véronique Descacq. La CGT, ainsi que FO et Solidaires, veulent un mot d'ordre plus large, portant sur des revendications inhérentes au pouvoir d'achat ou les salaires. D’ailleurs, "l'arrivée de Marine Le Pen au second tour est aussi liée aux politiques d'austérité mises en place les cinq dernières années", estime Catherine Perret, membre de la direction de la CGT.

"Il va falloir réinventer le rôle des syndicats"'

Malaise

Outre les désaccords autour du 1er-Mai, les organisations sont également parties en ordre dispersé sur les consignes de vote. Seule la CFDT et l’Unsa ont ouvertement appelé à voter pour Emmanuel Macron afin de "battre la candidate du Front national". La CGT, la CFTC, Solidaires et la FSU se sont contentées d'appels à "faire barrage" au FN, sans pour autant inviter leurs adhérents respectifs à voter pour le candidat d'En marche. FO et la CFE-CGC n'ont, pour leur part, pas donné de consigne de vote, proclamant leur indépendance vis-à-vis de tout parti politique.

Il faut dire qu’il y a un véritable malaise des syndicats à soutenir un candidat, ex-ministre sous le quinquennat Hollande, qui a été l’artisan de lois sociales qu’ils ont tant réprouvées. Si la CFDT a validé la plupart des réformes du quinquennat (loi Macron, loi Travail), la CGT a été échaudée par son appel à "battre" Nicolas Sarkozy au second tour en 2012, interprété par ses adhérents comme un franc soutien à François Hollande, dont elle a par la suite, pendant tout le quinquennat, combattu la politique "d'austérité".

>> À lire sur France 24 : "Présidentielle française : les syndicats partent en campagne contre les idées du FN"

L'exercice est d’autant plus complexe pour les syndicats que le vote FN est bien présent au sein de leurs troupes. Selon un sondage Harris Interactive, lors du premier tour, Marine Le Pen a obtenu le plus fort score au sein des sympathisants de Force ouvrière (24 %). Elle a capté 15 % des voix chez les sympathisants CGT, 14 % à la CFTC et à l'Unsa, 13 % à la CFE-CGC et chez Solidaires, 9 % à la FSU et 7 % à la CFDT.

Négociation versus rupture

Reste que cette dispersion intersyndicale n’a rien exceptionnel. "La Fête du Travail est assez fédératrice en général, mais ce n'est pas toujours le cas, relativise Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail sur Franceinfo. À part une dizaine d'années où CGT et CFDT ont défilé de manière unitaire, en général les 1er-Mai se font plutôt en ordre dispersé."

En revanche, le directeur de l'Institut supérieur du travail reconnaît que ces désaccords signent un véritable clivage dans les organisations syndicales, "entre un syndicalisme de négociation et un syndicalisme de rupture et de contestation."

Une telle désunion pourrait bien profiter au FN, qui a l'intention de mobiliser massivement ses militants à l'occasion de son traditionnel rassemblement, lui aussi le 1er-Mai. C'est en tout cas ce qu'a promis Jean-Marie Le Pen, l’ex-patron du Front national, dimanche 23 avril sur BFMTV. "Je pense qu'après notre réunion du 1er-Mai, notre défilé et le discours que je prononcerai place des Pyramides, il aura peut-être quelques soucis à se faire pour maintenir son image de rassembleur", évoquant Emmanuel Macron.

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