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Brexit : les robots à la rescousse de l’agriculture britannique

Capture d'écran - YouTube

Après le Brexit, le monde rural britannique craint la pénurie de saisonniers venus de l'Union européenne. Les robots pourraient leur permettre de faire face.

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Quel est le point commun entre le Brexit et les robots ? L’agriculture. Si la City risque gros avec la sortie de l'Union européenne (UE), le secteur agricole britannique craint, lui aussi, un avenir coupé du Vieux continent… et surtout de sa main-d’œuvre. Heureusement pour eux, le robot Thorvald est (presque) dans les champs.

Il pourrait prendre la place des travailleurs saisonniers, qui viennent essentiellement d’Europe de l’Est et sont vitaux pour les exploitations agricoles britanniques. Plus de 22 000 ressortissants de l’UE s’activaient dans les fermes britanniques jusqu’au référendum de juin 2016, rappelle le Financial Times. Mais ils préfèrent de plus en plus travailler en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas, perçus comme moins anti-Européens, note le National Farming Union (NFU - principal syndicat agricole), qui a constaté une baisse de 30 % du nombre de saisonniers depuis le vote en faveur du Brexit.

Le travail de cinq personnes

Thorvald sera-t-il le messie du secteur agricole, qui pèse 8,5 milliards de livres sterling (10 milliards d’euros) ? À l’origine, la mission de ce robot agricole était seulement de traquer et éradiquer les moisissures dans les exploitations fruitières. Mais l’un des plus importants producteurs agricoles britanniques a décidé de miser sur cet engin pour faire, à terme, le travail des saisonniers roumains ou bulgares, rapporte le Financial Times qui ne cite pas le nom du financier mystère. “Nous travaillons depuis des années sur les robots agricoles, mais le Brexit nous a vraiment donné un coup d’accélérateur”, confirme Pal Johan From, créateur de Thorvald et chercheur en robotique à la Norvegian University of Life Sciences (NMBU), contacté par France 24. D’autres entreprises, comme Garford Farm Machinery, travaillent aussi à créer le robot sauveur.

Présentation du robot agricole Thorvald

Pour l’instant, Thorvald n’est pas encore prêt à remplacer les saisonniers qui manquent à l’appel. “Nous sommes entre le prototype et le produit prêt à être commercialisé”, explique son géniteur. Sa création est en phase de test et prouve, au Royaume-Uni et en Norvège, ce qu’elle est déjà capable de faire : transporter, de manière autonome, des fruits depuis les champs jusqu’aux entrepôts. Thorvald est capable de porter 200 kg de fruits en un seul voyage “ce qui correspond à peu près au travail de cinq personnes”, assure Pal Johan From. Pour le chercheur norvégien, c’est une prouesse en soi : “Les cueilleurs passent entre 20 et 40 % de leur temps à faire ces trajets qui n’apportent rien en soi”.

Mais l’industrie agricole britannique attend davantage de Thorvald. Le robot doit encore pouvoir apprendre à récolter les fruits délicats, comme les framboises. En attendant, les travailleurs saisonniers sont toujours nécessaires pour récolter les fruits que Thorvald se bornera à transporter. Sans compter que le manque de bras de l’UE ne se fait pas ressentir uniquement pour les fruits. Le secteur le plus exposé est l’horticulture britannique, qui dépend à 98 % de cette main-d’œuvre. Pal Johan From en est conscient et s’est déjà retroussé les manches pour aller plus loin : “D’ici quatre à cinq ans, le robot devrait être capable d’effectuer le même travail qu’un ouvrier agricole humain”. Presque à temps : les négociations entre Londres et Bruxelles sur les accords commerciaux pour remplacer le cadre de l’UE ne devraient pas être bouclées avant 2020 au moins.

Brexit, Trump, même combat pour Thorvald ?

L’enjeu est d’autant plus grand que l’exemple du Brexit n’est pas isolé. Les États-Unis ont succombé à la tentation protectionniste avec l’élection de Donald Trump à la présidence. Sa volonté d’ériger un mur à la frontière mexicaine et, de manière générale, à limiter l’immigration “va avoir un effet sur l'arrivée de travailleurs saisonniers mexicains dont l’agriculture américaine a besoin”, juge Pal Johan From. Il n’est pas le seul à anticiper la demande : la société américaine de robotique Blue River Technologie a levé des fonds auprès de Monsanto à cette même fin.

Le Norvégien lorgne aussi sur l’Asie et des pays comme le Japon, où le vieillissement de la population menace l’agriculture. Thorvald, qui ne souffre jamais d’un lumbago ou d’une hernie, peut contribuer à éviter ce déclin agricole.

Pour l’instant, le robot est destiné exclusivement à intervenir lorsqu’il y a pénurie de main-d’œuvre. Mais Pal Johan From reconnaît qu’il n’y a pas de raison qu’à terme, “ces robots soient utilisés pour remplacer purement et simplement les ouvriers agricoles”. Des travailleurs qui n’ont pas besoin de dormir, n’ont pas besoin d’être payés : le rêve de n’importe quel Monsanto ou Bayer du monde. Thorvald pourrait donc sauver l’agriculture britannique post-Brexit, pour mieux détruire les agriculteurs par la suite. Pour le chercheur norvégien, il n’y a pas de fatalité : les tests réalisés actuellement en Norvège le sont avec les agriculteurs locaux pour voir, justement, “comment faire évoluer leur travail pour qu’au lieu d’être redondant, il soit complémentaire”. Une tâche encore plus délicate qu’apprendre à Thorvald à couper des framboises sans en mettre partout ?

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