Accéder au contenu principal

UE, Russie, Trump, Syrie : Macron et Le Pen, deux politiques étrangères que tout oppose

Marine Le Pen et Emmanuel Macron ne partagent pas la même vision du rôle que doit jouer la diplomatie française.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron ne partagent pas la même vision du rôle que doit jouer la diplomatie française. AFP (archives)

Dans un contexte international tendu, l’Européen convaincu Emmanuel Macron et l’eurosceptique Marine Le Pen, qui s’affrontent au 2e tour de la présidentielle le 7 mai, proposent deux politiques étrangères aux antipodes l'une de l'autre.

Publicité

Quelle politique étrangère pour la France, cinquième puissance mondiale et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, après la présidentielle ? Sans surprise, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les deux candidats du deuxième tour, ne partagent pas la même vision du rôle que doit jouer la diplomatie française sur l’échiquier international.

Dans un contexte particulièrement tendu, marqué par une instabilité géopolitique chronique (Afghanistan, Corée du Nord, Irak, Libye, Sahel, Syrie, Turquie...) et par la mondialisation de la menace terroriste, leurs positions sur certaines questions sensibles sont même aux antipodes l'une de l'autre.

Le candidat d’En Marche !, qui affirme s’inscrire dans une tradition "gaulliste et mitterrandienne" en matière de diplomatie, énonce trois orientations "complémentaires et indissociables" pour sa politique étrangère, à savoir "l’indépendance, l’humanisme et l’Europe".

De son côté, la présidente du Front national (FN) entend fonder sa diplomatie "sur le principe de réalisme" afin que la France puisse tenir un "rôle de puissance, de stabilité et d’équilibre" dans un monde "multipolaire".

Pour voir plus clair dans leurs programmes, et le cas échéant dans leurs discours respectifs, France 24 s’est concentré sur quelques dossiers incontournables de l’agenda diplomatique français.

  •  L’Union européenne et le couple franco-allemand

Le thème de l’Europe illustre le gouffre qui sépare les positions des deux prétendants à l'Élysée, au point que le scrutin du 7 mai sonne aussi comme un référendum sur l'adhésion de la France à l'Union européenne (UE).

Eurosceptique résolue, Marine Le Pen, et c’est un point essentiel de son programme, entend remettre en cause cette adhésion, qualifiant l’UE de "prison" et de "construction artificielle". Elle veut dans un premier temps négocier à Bruxelles une refondation de l'UE afin de permettre à la France de "récupérer sa souveraineté", de sortir de la zone euro et de l'espace Schengen. À l'issue de ces négociations, la candidate du FN promet d’organiser un Frexit, un référendum sur une sortie de l’UE.

Européen convaincu mais critique, Emmanuel Macron plaide pour plus d’Europe, même s’il juge que la France "a perdu du terrain à Bruxelles, au sein des institutions européennes". Il souhaite démocratiser et refonder les bases de l’UE, "qui ne fonctionne pas bien aujourd’hui", à l’issue d’une large consultation citoyenne. Il souhaite également, à moyen terme, la création d'un gouvernement économique, d’un Parlement et d'un budget de la zone euro afin de renouer avec la croissance. Promoteur d’une "Europe de la défense", il propose également de créer un Fonds européen de défense qui financera notamment des équipements militaires communs, alors que sa rivale souhaite elle restaurer et renforcer l’autonomie de la défense française.

Tout au long de la campagne, Emmanuel Macron s'est revendiqué comme le plus européen des candidats à la présidentielle et comme "fortement attaché" au couple franco-allemand, moteur de l’UE. Il a promis de réserver sa première visite, s’il est élu, à la chancelière Angela Merkel, qui avait reçu le candidat d’En Marche ! mi-mars.

De son côté, Marine Le Pen a répété à maintes reprises qu’elle refusait d'être la "vice-chancelière de madame Merkel", reprochant aux dirigeants français de "passer leur vie à aller la voir pour obtenir l'onction". La candidate frontiste accuse la responsable allemande de "chercher à imposer une immigration clandestine à toute l'Europe".

 

  •  L’Otan

Marine Le Pen a inscrit dans son programme, et il s’agit du premier point du chapitre qui concerne sa diplomatie, sa volonté de quitter le commandement militaire intégré de l’Otan. Et ce, afin que "la France ne soit pas entraînée dans des guerres qui ne sont pas les siennes".

A contrario, Emmanuel Macron ne veut pas remettre en cause l’alliance transatlantique. Il indique cependant qu’il "veillera à limiter les interventions de l’Otan en dehors de sa zone géographique aux seuls cas où les intérêts de la France sont directement concernés".

  •  La Syrie

Concernant la question brûlante du conflit syrien, les deux candidats affichent une nouvelle fois des positions divergentes, même s’ils s’accordent pour affirmer que jusqu’ici, la diplomatie française a échoué en Syrie.

La position d’Emmanuel Macron a évolué après l’attaque chimique survenue le 4 avril dans le nord de la Syrie, et qui est imputée par Paris au régime syrien. Dans un premier temps, il s'était dit opposé à ce que le départ du président syrien soit un "préalable à tout", tout en rejetant l’idée de "pactiser" avec lui. Après l’attaque, il a déclaré que Bachar al-Assad devrait "répondre de ses crimes devant des tribunaux internationaux". Il a toutefois précisé que sa priorité en Syrie était double : "La première, c'est d'éradiquer Daech [l’organisation État islamique (EI), NDLR], tous les mouvements jihadistes et les terroristes islamistes qui se sont attaqués à notre pays." Et d’ajouter : "Ensuite, c'est de construire la feuille de route diplomatique et politique qui permettra une sortie de crise en Syrie."

De son côté, Marine Le Pen considère que Bachar al-Assad est la "seule solution viable" pour empêcher "les fondamentalistes islamistes" de prendre le pouvoir en Syrie. Selon elle, "le soutien aux ‘islamistes supposés’ modérés en Syrie a été et demeure une erreur". De même que la fermeture de l’ambassade de France à Damas "a été plus qu’une faute", alors que le régime syrien est, à l’instar de la Russie, un "allié objectif" contre les mouvements jihadistes. Elle estime qu’il faut continuer à parler au président syrien "tant qu'il n'y a personne d'autre de crédible".

  •  Les relations avec les États-Unis et la Russie

Le futur président de la République devra, une fois élu(e), s’accommoder de Vladimir Poutine, inflexible au Kremlin, et de Donald Trump, imprévisible à la Maison Blanche.

Marine Le Pen, qui fut la seule dirigeante d’un parti français de premier plan à se réjouir de l’élection du milliardaire américain, n’a eu de cesse de se comparer à ce dernier. "Je ne prends pas Trump en modèle, c’est lui qui met en application ce que je propose depuis des années", s’est-elle vantée récemment.

La candidate du FN s’est même rendue à New York, peu après la présidentielle américaine, pour tenter de le rencontrer à la Trump Tower. En vain. Mais dans une interview à l’agence AP au lendemain de l’attaque sur les Champs-Élysées, Donald Trump l’avait qualifiée de candidate "la plus ferme sur les frontières et la plus ferme sur les récents événements en France". Quelques semaines auparavant, Marine Le Pen avait critiqué les récentes frappes américaines en Syrie décidées par le président en personne.

Le regard de la députée européenne est plus tourné vers l'Est. Elle a en effet plaidé, à maintes reprises, en faveur d’un rapprochement "stratégique" avec la Russie, notamment dans le cadre de la lutte contre le fondamentalisme islamiste. Elle juge que l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 n’est pas illégale, et souhaite par conséquent lever les sanctions qui ont été décidées par l’UE et les États-Unis contre la Russie. Point d’orgue de sa campagne électorale, elle a été reçue officiellement par Vladimir Poutine le mois dernier, alors qu’elle était en quête d'une stature de présidentiable sur la scène mondiale.

>> À lire : Aux États-Unis, les amis américains de Marine Le Pen préparent le terrain

De son côté, Emmanuel Macron affirme dans son programme que l’Europe a vocation à s’entendre avec la Russie. Même s’il se dit favorable à une normalisation des relations avec le Kremlin, il est pour le maintien des sanctions contre Moscou tant que les accords de Minsk sur la crise ukrainienne ne sont pas respectés. Il se montre également critique à l’encontre de Vladimir Poutine "qui mène une politique étrangère dangereuse qui n’hésite pas à s’affranchir du droit international". Il affirme que le dialogue sera constant mais exigeant avec les Russes, "en tenant compte des droits de l’Homme et des libertés fondamentales".

Concernant l’allié américain, l’ancien conseiller de François Hollande se montre à la fois ouvert et critique. Selon lui, "la présidence de Donald Trump inquiète les Français et bouleverse les équilibres mondiaux, au profit de la Chine". Emmanuel Macron, qui a qualifié la diplomatie du président américain "d’isolationiste" et ouvrant "une période d’incertitude", a toutefois rappelé plusieurs fois que la France avait besoin de "l’amitié transatlantique et d’une bonne collaboration avec Washington".
 

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.