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Moyen-Orient

Iran : "Le second mandat de Rohani doit être celui des retombées économiques"

© Behrouz Mehri, AFP | De nombreux Iraniens sont descendus dans la rue pour célébrer la réélection de Hassan Rohani le 20 mai 2017.

Texte par Julia DUMONT

Dernière modification : 22/05/2017

Hassan Rohani a été réélu samedi à une large majorité. Après un premier mandat marqué par la conclusion de l’accord sur le nucléaire, les Iraniens attendent de lui qu’il poursuive dans la voie de l’ouverture et permette enfin une reprise économique.

Les Iraniens ont plébiscité Hassan Rohani dès le premier tour de l’élection présidentielle, vendredi 19 mai. Le candidat modéré a été réélu avec plus de 57 % des voix face au conservateur Ebrahim Raissi, protégé de l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la Révolution.

Si les Iraniens attendent de Hassan Rohani qu’il poursuive sa politique d’ouverture du pays, ils réclament plus que jamais des mesures pour relancer l’économie et créer des emplois. Le chômage atteint les 12,5 % et touche 27 % des jeunes. De tels chiffres devraient forcer Hassan Rohani à considérer la création d’emplois comme l’une des priorités de son mandat mais l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et son discours hostile à Téhéran devant les leaders musulmans ne devraient pas lui simplifier la tâche. Amélie Myriam Chelly, sociologue spécialiste de l’Iran au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (Cadis) de l’EHESS et auteure de "Iran, autopsie du chiisme politique" (Cerf), décrypte la situation pour France 24.

France 24 : Quels vont être les grands défis de Hassan Rohani pour ce nouveau mandat ?

Amélie Myriam Chelly : Ce que Rohani a expliqué pendant sa campagne, c’est que les quatre années de son premier mandat devaient servir à ouvrir le pays sur le monde de manière à le faire sortir d’une suffocation économique. L’objectif était, une fois que les conditions seraient propices à la signature d’un accord pour la levée de sanctions, de s’occuper des grandes infrastructures et de tout ce qui relève de la macroéconomie. Son deuxième mandat sera donc celui des retombées économiques. Pour y parvenir, il compte vraiment sur l’ouverture du pays. Dans cette optique, les Iraniens attendent que les États-Unis cessent de recourir à des mesures coercitives en matière d’accès au système bancaire international car elles empêchent Téhéran d’avoir ces retombées.

Le véritable enjeu pour Rohani va donc être de se placer dans la continuité [du régime] et en même temps d’entretenir les négociations avec les Occidentaux. C’est le plus grand changement : traditionnellement, la République islamique d’Iran optait pour un langage identitaire, théocratique. Désormais, Rohani doit abandonner cette rhétorique pour dire : "Nous sommes capables de parler le même langage que vous". Faire entendre ce message au reste du monde va être la plus grosse difficulté à laquelle Rohani va être confronté.

La réélection de Rohani et ce changement de discours n’entraînent-ils pas une perte de terrain du religieux face au politique en Iran ?

Si, mais cela n’est pas nouveau. On sait que, pour se maintenir, un gouvernement a besoin de pragmatisme. Le régime iranien est forcément rattrapé par la réalité de l’économie et de la politique internationale. Mais pour ne pas perdre la face et ne pas perdre en crédibilité en tant que théocratie, il doit conjuguer ce pragmatisme avec une rhétorique identitaire dans les discours.

Par exemple, lorsque les accords sur le nucléaire ont été signés, on s’est beaucoup demandé si cela irait de pair avec une ouverture des mœurs. Or, il fallait qu’en arrière-plan, il y ait des arrestations, de la répression. Mais c’est ponctuel, on n’est pas dans une systémisation de la répression comme on aurait pu l’observer entre 1979 et 1989, une période pendant laquelle il n’y avait pas de pragmatisme et il ne s’agissait que de l’imposition d’un absolu.

Cette stratégie n’empêche pas l’Iran d’engager des réformes dans des domaines, tel que celui des droits de l’Homme. Par exemple, on sait que plus de la moitié des condamnations à mort sont liées à des trafics de stupéfiants. Donc pour sortir du palmarès de la condamnation à mort dans le monde, Téhéran veut supprimer la peine de mort dans le cas de trafic de drogues.

Les Iraniens font-ils vraiment confiance à Rohani pour aller vers plus d’ouverture ?

Parmi la population iranienne, certains citoyens sont totalement contre la République islamique et refusent de voter pour ne pas faire le jeu électoral d’un système qu’ils rejettent. D’autres acceptent et se disent : "On est dans ce système alors autant faire en sorte d’avoir une révolution à la chinoise, c'est-à-dire qui prend sa source à l’intérieur du régime. On garde le nom, on garde les structures, on essaie de les assouplir et, éventuellement, on aura une sécularisation de la vie politique".

Les Iraniens de la classe moyenne confrontés aux difficultés de la vie quotidienne croient à cette solution. Ils se disent "ce régime est encore là, alors autant tout faire pour ni subir un retour en arrière avec les conservateurs ni perdre du temps avec une révolution". Ils décident alors de faire les bons choix, les seuls possibles qui coïncident avec la réalité du monde.
 

Première publication : 22/05/2017

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