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Attentat de Manchester : décrypter la revendication de l'EI

Un drapeau de l'organisation État Islamique à Raqqa, en Syrie.
Un drapeau de l'organisation État Islamique à Raqqa, en Syrie. Delil Souleiman / AFP

L'organisation État islamique a revendiqué l'attentat de Manchester. Pour Wassim Nasr, spécialiste des réseaux jihadistes à France 24, l'organisation terroriste a voulu frapper une cible "molle", "un lieu de débauche". Analyse.

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France 24 : Pourquoi la revendication de l’organisation État islamique (EI) ne glorifie-t-elle pas cette fois-ci comme "martyr" l'auteur de l’attentat-suicide de Manchester ?

Wassim Nasr : C’est en effet inhabituel. Les compagnons des kamikazes de l'EI leur souhaitent d'accéder aux "délices du paradis". Peut-être que dans ce cas, il s'agit de laisser planer le doute sur le fait que le terroriste soit mort lors de l’explosion. Ils veulent peut-être laisser penser que leur "soldat du califat" a pu poser une ou plusieurs bombes avant de s’enfuir. En l'absence d'éléments probants, il faudra attendre les premiers résultats de l’enquête pour en avoir le cœur net.

À moins qu’il n’ait eu des complices ?

Ce n’est pas mentionné dans le communiqué et en général ils glorifient le "martyr" en précisant le nombre d'asaillants, ce qui, encore une fois, n’est pas le cas ici. Mais peut-être que l'enquête démontrera, comme c'est souvent le cas, qu'il a effectivement eu des complices à un moment ou un autre des préparatifs de son projet terroriste. 

Peut-on penser que, à travers le choix de cette cible - le concert d'une artiste dont on sait que le public est très jeune - il y avait une volonté délibérée de tuer des enfants ?

Pour l'EI, les adolescents (à partir de 13, 14 ans) ne sont plus considérés comme des enfants. Par ailleurs, ils n’ont jamais explicitement appelé à frapper des enfants. Ni dans la propagande, ni dans la "littérature" de l’EI. Ce qui ne les a pas pour autant empêché de le faire.

Il y a donc une duplicité évidente ?

Lorsque Mohamed Merah tue de sang-froid les enfants de l’école juive de Toulouse, une partie du "public" jihadiste ne sent pas à l’aise et invente un supposé complot pour les discréditer. Ils affirment que ce n’est pas Merah qui a tué les enfants. Pourtant cette réalité ne fait aucun doute aujourd'hui. 

De même, après l'assassinat du couple de policiers à Magnanville en juin 2016, Larossi Abala s'était filmé en direct sur Facebook et avait fait part de son hésitation quant au sort à réserver à leur enfant, âgé de 3 ans. Il l'avait finalement épargné, mais dans sa vidéo de revendication, l'EI avait coupé ce passage, estimant sans doute que l'un des leurs ne devrait même pas envisager d'assassiner un enfant.

D’un autre côté, en 2014, lorsque les Taliban pakistanais (TTP) attaquent des enfants de militaires dans une école de Peshawar, faisant 141 morts dont 132 enfants, ils l’assument en justifiant leur acte par le fait que ce sont des enfants de soldats qui sont leurs ennemis. Dans ce cas, c’est œil pour œil, dent pour dent : "Vous tuez des enfants chez nous, nous faisons la même chose". Ce qui d'ailleurs revient à beaucoup d'égards dans la littérature ou la propagande jihadiste de différents groupes. 

On peut donc penser que la cible a été soigneusement choisie mais que l’EI ne va pas jusqu’à assumer ce choix ?

Pour eux l’opportunité est créée par le fait qu’une salle de concert est une cible "molle", sans défense et facile à frapper. Ils s’en prennent à ce qui est à leurs yeux un lieu de "débauche", de fête, plutôt qu’à l’âge du public.

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