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Femmes harcelées à La Chapelle : "Il faut mener une réflexion urbanistique"

Les vendeurs à la sauvette de la place de La Chapelle et du square Louise-de-Marillac, le 3 mars 2016
Les vendeurs à la sauvette de la place de La Chapelle et du square Louise-de-Marillac, le 3 mars 2016 AFP, Archive

Une manifestation est organisée par des habitants du quartier de La Chapelle, à Paris, jeudi, en réponse à une pétition dénonçant le harcèlement de rue subi par les femmes dans ce quartier. D'aucuns pointent notamment la stigmatisation des migrants.

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Des habitant(e)s du quartier parisien de La Chapelle-Pajol ont prévu de manifester, jeudi 25 mai, pour dénoncer l'article du Parisien. Il y est fait état d'un harcèlement de rue généré par des "groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs" dans ce quartier populaire du 18e arrondissement.

À l’origine de l’article du Parisien, une pétition mise en ligne par deux associations du quartier, "SOS La Chapelle" et "Demain La Chapelle", relayant la détresse de femmes, qui disent se faire "insulter dans toutes les langues". Ces habitantes dénoncent "les vols à la tire, les pickpockets, l’alcoolisme de rue, les crachats, les déchets partout, l’odeur entêtante d’urine", certaines se sentant agressées au point de se "terrer chez elle".

Le quartier de La Chapelle-Pajol, situé dans le nord de Paris, connaît historiquement des problèmes de trafic de drogues. Situé à proximité d’un centre humanitaire de pré-accueil "saturé", il est aussi devenu, par défaut, un point de chute parisien pour les migrants, qui y installent régulièrement des campements, que la police démantèle depuis 2015.

Certains dénoncent la stigmatisation des migrants dans cette pétition médiatisée par le Parisien. "Nous voulons faire entendre notre voix et montrer que les femmes n'ont pas déserté La Chapelle et ne le souhaitent pas, que les migrants ne sont pas des agresseurs sexuels en puissance, que le quartier n'est pas un coupe-gorge" expliquent les organisateurs du rassemblement prévu jeudi.

Réactions en chaine depuis la pétition

Entendues en haut lieu, les plaintes relayées par la pétition des femmes de La Chapelle-Pajol a suscité des réactions en chaîne. "Le quartier de Pajol fait partie des zones prioritaires. Des situations de harcèlement de rue à l'égard des femmes y ont été constatées. Si les femmes ne sont pas 'interdites' de circuler, il existe bel et bien un fort sentiment d'insécurité", a réagi la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, vendredi dans un communiqué. Dans l’après-midi c’est Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France qui s’est rendue sur place "écouter le témoignage poignant des habitants". "J'en appelle au président de la République ! #insécurité", a-t-elle tweeté.

À l’appel de la préfecture et de la mairie de Paris, les opérations de police se sont succédé du vendredi 19 mai au dimanche 21 mai, après la publication de l’article.

Lundi, c'est le mouvement Femen qui s'est emparé du dossier. "Je ne disparaîtrai pas" a inscrit sur sa poitrine, l’une de ses militantes postée, seins nus, à la sortie de la station de métro La Chapelle.

Quant à la nouvelle secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, elle a prévu de recevoir d’ici la fin de semaine les collectifs Paye ta schnek et Stop harcèlement de rue, qui ont multiplié les initiatives ces derniers mois pour dénoncer sexisme et harcèlement, a-t-elle annoncé, mardi 23 mai, précisant que son objectif était "de les réunir au sein d'une cellule chargée du suivi des données et types de situations, permettant ainsi une analyse de fond, décorrélée du temps médiatique".

Penser la ville pour les femmes

Pour Chris Blache, fondatrice du think-thank Genre et Ville, la question du harcèlement des femmes n’est pas propre au quartier La Chapelle-Pajol. "On le retrouve un peu partout, y compris dans des quartiers plus bourgeois où les mécanismes sont les mêmes, mais cela se fait à l’intérieur, donc ça n’est pas aussi 'visuel'" estime-t-elle. "Ça n’est pas une question de classe, c’est une question d’hégémonie masculine sur l’espace public et c’est structurel."

"Des voitures de polices postées en permanence n’arrêteront pas le harcèlement. C’est par ailleurs une démonstration de force très ‘masculine’. Il faut mener une réflexion urbanistique", indique cette ethno-sociologue. Avec Genre et Ville, Chris Blache propose aux mairies de repenser leurs espaces urbains pour y recréer de la place pour les femmes, en retravaillant les ambiances, en arrêtant de créer des zones de concentration comme les "city stade", utilisés très majoritairement par les hommes, en installant de nouveaux bancs là où ils ont tendance à disparaître pour faire fuir les SDF, tout en étudiant la disposition de ces bancs. Elle propose par exemple qu’ils ne soient pas installés face à la rue, "car cela renvoie à des représentations, comme la prostitution, que certaines femmes ont pu intérioriser".

Enfin, la fondatrice de Genre et Ville a pour habitude de repérer "les espaces qui ne permettent pas la convivialité aux femmes" lors de marches exploratoires avec les habitantes des quartiers où se posent des problèmes. "Le square Louise-de-Marillac [l’un des lieux proches de La Chapelle cité dans la pétition] ne donne de toute façon envie à aucune femme d’aller s’y balader" indique-t-elle. Ce que confirme cyniquement une habitante de La Chapelle-Pajol : "Il est infesté de rats, seuls les migrants peuvent supporter cela".

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