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Attentat de Manchester : la connexion libyenne

Une photo prise à Tripoli en novembre 2011 montre un graffiti rendant hommage aux "Manchester Fighters" ("combattants de Manchester") ayant lutté contre le régime de Kadhafi.
Une photo prise à Tripoli en novembre 2011 montre un graffiti rendant hommage aux "Manchester Fighters" ("combattants de Manchester") ayant lutté contre le régime de Kadhafi. Joseph Eid, AFP

L’origine libyenne de l’auteur de l’attentat de Manchester, né au Royaume-Uni et dont le père a combattu le régime de Kadhafi, jette la lumière sur les cercles jihadistes dont sont issus certains partisans de la révolution libyenne.

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Juste avant de frapper Manchester, la ville où il est né en 1994 et où il a grandi, Salman Abedi avait passé trois semaines en Libye. La Libye, le pays de ses parents jusqu’à ce qu’ils fuient le régime de Mouammar Kadhafi en 1991 et là où ils étaient retournés vivre, dans la banlieue de Tripoli, après la chute du régime de Kadhafi en 2011. C’est d’ailleurs au domicile familial de la capitale libyenne que les services de sécurité libyens ont interpellé mardi 23 mai le jeune frère du kamikaze, Hachem Abedi, qui a revendiqué son appartenance au groupe État islamique, puis son père, Ramadan Abedi.

Comment un fils d’opposants à Kadhafi est-il devenu le premier terroriste d’origine libyenne à commettre un attentat en Europe ? Entre 1969 et 2011, "si vous étiez un Libyen vivant hors de Libye, vous étiez probablement quelqu'un qui n'était pas très ami avec le colonel Kadhafi", rappelle, dans un entretien à l’AFP, Raffaello Pantucci, directeur d'études en sécurité internationale à l'institut RUSI de Londres. Des opposants au même régime, donc, mais avec des profils parfois très différents : outre nombre "de médecins, de chercheurs, juste des gens normaux", "cela allait des nationalistes laïcs aux islamistes violents et aux jihadistes", relève ainsi le spécialiste du terrorisme au Royaume-Uni.

Alors que le pays compte la plus grande communauté libyenne d’Europe - près de 6 500 personnes selon des données de l’ONU datant de 2015 - la ville de Manchester accueille bon nombre de ces partisans de la révolution libyenne, en partie issus des rangs jihadistes. "L'attentat commis par un Libyen était prévisible", affirme Reda Fhelboom, un journaliste libyen ayant longtemps vécu à Manchester avant de retourner vivre en Libye. "Je n'ai pas été surpris parce que je voyais tous les jours à Manchester les extrémistes libyens du Groupe islamique combattant libyen (GICL) ou d'autres se promener en toute liberté", a-t-il dit à l'AFP.

"Une cible différente" pour le père et le fils

Or, selon un responsable de la sécurité à Tripoli, Ramadan Abedi, le père de l'auteur de l'attentat de Manchester, était membre de ce groupe jihadiste salafiste considéré comme une organisation terroriste et interdit au Royaume-Uni depuis 2005.

Le GICL a combattu en Afghanistan "aux côtés d'Al-Qaïda qui, à l'époque, rassemblait les brigades de combattants étrangers luttant avec les Taliban et Oussama Ben Laden contre les Soviétiques", explique Raffaello Pantucci. Après la guerre en Afghanistan, certains "ont tenté de rentrer au pays pour continuer leur révolution" mais "beaucoup d'entre eux, notamment du GICL, ont fini par venir au Royaume-Uni où ils ont tiré avantage du fait que le pays était assez ouvert vis-à-vis des opposants politiques", estime-t-il.

Ramadan Abedi était l'un d'entre eux. Il a ainsi trouvé refuge en Grande-Bretagne avant de rentrer en Libye pour combattre aux côtés des rebelles les forces de Kadhafi pendant la révolte de 2011. "Vous avez affaire à un environnement familial où le combat armé est relativement normalisé", avance Raffaello Pantucci. "Il est alors facile de voir comment d'autres ont pu le convaincre en offrant une cible différente", ajoute-t-il.

Un père au GICL libyen dont deux fils ont été recrutés par le groupe État islamique ? "Les cercles jihadistes salafistes", que ce soit l'EI, Al-Qaïda ou le GICL, "sont très entremêlés" et ont un "terreau commun", estime Raffaello Pantucci. Pour Mattia Toaldo, expert au Conseil européen des relations internationales, également joint par l'AFP, des alliances se sont tissées dans les milieux jihadistes libyens comme au sein du Conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi, une coalition de milices islamistes dont feraient notamment partie des membres de l'EI et d'Ansar Asharia. "C'est dans ce milieu que la radicalisation idéologique et l'entraînement technique auraient pu se dérouler pour Salman Abedi", estime-t-il. "Même si l'EI a été quasiment éradiqué de Libye, il est possible qu'il ait été formé dans les camps du groupe jihadiste avant sa défaite à Syrte", en décembre 2016.

Pour Salah Suhbi, un député libyen qui a grandi à Sheffield, dans le nord de l'Angleterre, les Libyens de Manchester "savent exactement ce qui se passe" : "il y a une politique de recrutement, nous mettons en garde contre ça depuis des années", a-t-il affirmé au Guardian.

Avec AFP

 

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