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Législatives au Royaume-Uni : duel à distance entre Theresa May et Jeremy Corbyn

Theresa May et Jeremy Corbyn répondaient aux questions du public et du journaliste Jeremy Paxman, le 29 mai 2017.
Theresa May et Jeremy Corbyn répondaient aux questions du public et du journaliste Jeremy Paxman, le 29 mai 2017. Capture d'écran Sky News

La Première ministre britannique et son principal adversaire aux législatives ont participé mardi au plus important entretien télévisé de la campagne. Interrogés séparément, ils ont abordé plusieurs enjeux du scrutin, notamment le Brexit.

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La première ministre britannique, Theresa May, et son principal opposant aux législatives anticipées du 8 juin, Jeremy Corbyn, se sont "affrontés" à distance sur la chaîne Sky News, lundi 29 mai. Theresa May avait refusé tout face-à-face direct avec son rival du parti travailliste, le premier parti d’opposition qui a largement rattrapé son retard dans les sondages sur les conservateurs ces dernières semaines. De quoi inquiéter la Première ministre, qui a convoqué des élections anticipées trois ans avant la date initialement prévue, pour renforcer sa majorité en vue des négociations du Brexit. Selon un dernier sondage Survation pour la chaîne ITV publié mardi, les conservateurs sont crédités de 43 % des intentions de vote contre 37% pour les travaillistes.

Interrogés en premier lieu par le public, puis par le journaliste-star Jeremy Paxman, réputé pour ses questions acérées et sans concession, revenu spécialement de sa retraite pour ces entretiens. Les adversaires des partis travailliste et conservateur ont livré, à dix jours du scrutin, une performance jugée attendue par les médias britanniques, sans vainqueur et sans révélations majeures.

Retour sur les principaux points évoqués par les deux candidats.

Sécurité nationale suite à l’attaque de Manchester

Après l’attentat à la bombe qui a tué 22 personnes à la salle Arena de Manchester, Jeremy Corbyn avait pointé la nécessité de reconnaître que "la guerre contre le terrorisme ne fonctionne pas". Il attaquait alors la politique étrangère du Royaume-Uni, responsable selon lui, du terrorisme islamiste sur le territoire. S’il a esquivé lundi les questions du public sur ce dernier sujet, il précise qu’il "faut une politique extérieure partout dans le monde qui ne laisse pas certaines zones sans gouvernement effectif, comme par exemple en Libye".

Il s’en prend alors directement à la Première ministre, à l’origine selon lui de la réduction de 19 000 policiers entre 2010 et 2016, quand elle était ministre de l’Intérieur. Alors que Jeremy Corbyn propose de renforcer les effectifs de 10 000 hommes, Theresa May n’a pas avancé de chiffres, préférant argumenter sur les investissements prévus en vue de faire changer les méthodes de la police, un chantier plus efficace que les effectifs, selon elle. "Nous nous assurons non seulement d’avoir la police anti-terroriste dont nous avons besoin, mais aussi qu’ils aient les moyens nécessaires à cette lutte. (…) Le crime change, donc change aussi le travail que les policiers doivent effectuer", affirme-t-elle au public, faisant notamment référence au renseignement et à la cyber-sécurité.

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Négociations à Bruxelles en vue du Brexit

Tous deux contre le Brexit lors du référendum, et résignés à son approbation référendaire, les deux candidats ont néanmoins montré leurs divergences de points de vue sur les négociations de sortie de l’UE prévues après la mi-juin à Bruxelles. "Il nous faut une bonne relation avec l’Europe, mais aussi accepter le résultat du Brexit et gérer notre propre futur. Toutes ces choses importantes que nous avons gagnées grâce à l’Union européenne, nous les protègerons à l’avenir", affirme Jeremy Corbyn, promettant de garantir le droit des ressortissants de l’UE à rester au Royaume-Uni, et de conserver certains accords, comme le partage d’informations et la protection commune de l’environnement.

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La Première ministre, qui entend notamment quitter le marché unique et mettre fin à la liberté de circulation, évite d’avancer un plafond financier au-delà duquel le Royaume-Uni refusera un accord de sortie de l’UE. "Ce n’est pas une question de combien cela vaut la peine de payer pour sortir [de l’UE], c’est une question de savoir quel sera le bon accord pour nous, ce qui nous permettra d’arrêter de payer des sommes énormes à l’UE chaque année". Elle ajoute et répète plus de cinq fois qu'"aucun accord, c’est mieux qu’un mauvais accord". De son côté, Jeremy Corbyn assure qu’il "y aura un accord". Dubitatif, le journaliste Jeremy Paxton la qualifie de "vantarde qui prend la fuite au premier coup de feu", énumérant les demi-tours politiques qu’elle a faits depuis son élection, et questionnant sa crédibilité pour ces négociations.

Difficultés dans la campagne de Theresa May

Comme il fallait s’y attendre, Theresa May a été interrogée sur sa disposition très controversée de demander un effort accru aux propriétaires retraités pour financer leur assurance maladie. L'opposition avait dénoncé une "Dementia Tax" (taxe sur la démence), affirmant que la proposition obligerait certaines personnes âgées souffrant de maladies neurodégénératives à vendre leur maison pour financer leurs soins plutôt que de la léguer à leurs héritiers. Si la Première ministre a reculé sur cette proposition depuis, assurant de fixer un plafond "absolu" au montant de ces soins, l’annonce est très mal passée au sein de son électorat, constitué de nombreux retraités. Lundi, elle a pourtant refusé de se prononcer sur la somme que représenterait ce plafond financier.

"Nous nous assurons d’avoir une solution durable à long terme. Il y aura deux millions de personnes de plus 75 ans en plus dans 10 ans. Si nous ne nous occupons pas des problèmes de notre système de santé maintenant, il va s’effondrer. Mais nous devons le faire d’une manière qui soit plus juste pour les jeunes générations", affirme la cheffe de gouvernement.

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Theresa May a par ailleurs été interpellée par le public sur les coupes budgétaires imposées par les conservateurs depuis leur arrivée au pouvoir en 2010, notamment dans les services publics. Sur le sous-financement du service national de santé (NHS), elle promet un retour à un système "de première classe". "Mais nous ne pourrons le faire que si nous avons une économie suffisamment forte pour le financer. C’est là l’importance des négociations sur le Brexit", lance-t-elle à une assemblée perplexe.

Jeremy Corbyn se défend d’imposer ses idées personnelles à son parti

Questionné par Jeremy Paxton sur l’absence de certaines de ses idées dans le manifeste de son parti, comme le fait de nationaliser les banques, Jeremy Corbyn affirme que le programme ne reflète en aucun cas ses vues personnelles. "Je ne suis pas un dictateur qui écrit des choses pour dire au peuple ce qu’il doit faire", lance-t-il. Le leader du parti travailliste, qui suscite l’espoir du retour d’une "vraie gauche" au gouvernement, est souvent attaqué sur ses prises de position passées : rencontre avec des membres de l’aile politique de l’IRA, critique de l’intervention militaire aux Malouines, républicanisme et hostilité à la monarchie... Bien que largement récupérées et amplifiées par ses adversaires, elles constituent sa principale faiblesse, selon la presse britannique.

 

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