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Venezuela : "Tous les ingrédients sont réunis pour un désastre"

Des manifestants venezueliens aux prises avec les forces de l'ordre, le 3 juin 2017.
Des manifestants venezueliens aux prises avec les forces de l'ordre, le 3 juin 2017. Juan Barreto, AFP

Le président du Venezuela Nicolas Maduro a réclamé dimanche que l'élection pour une assemblée constituante se tienne le 30 juillet. Cependant, l'opposition n'en veut pas et appelle à amplifier les manifestations.

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Au Venezuela, Nicolas Maduro continue de parier sur son projet d’assemblée constituante pour sortir de la crise. Dans une allocution prononcée dimanche 4 juin, le président vénézuélien a souligné l'enthousiasme populaire autour de ce scrutin en précisant qu’"il n'y a jamais eu autant de propositions et de participations".

L’opposition, elle, ne l’entend pas de cette oreille. Dénonçant une vaste farce et une élection d’ores et déjà biaisée en faveur du gouvernement en place, elle a promis de boycotter le scrutin.

La crainte d'un biais chaviste pour l'assemblée constituante

Selon Hugo Perez Hernaiz, professeur de sociologie à l'université centrale de Caracas, le gouvernement a organisé ce vote de manière à être certain que la future constituante soit bien pro-Maduro.

Selon les premiers textes publiés, explique le professeur, la moitié des sièges serait réservée aux membres des "mouvements auto-organisés", appellation floue qui pourrait désigner les syndicats, les colectivos (des collectifs de démocratie participative locale accusés d'être des milices) ou d'autres groupes… tous en phase avec le gouvernement de Nicolas Maduro. L'autre moitié des membres de la Constituante surreprésentera les zones rurales, également traditionnellement acquise au chavisme (du nom du président vénézuélien de 1999 à 2012, Hugo Chavez, dont Nicolas Maduro est le continuateur).

"Une assemblée pro-Maduro serait absurde puisque sa côté de popularité aujourd'hui est de seulement 30 %", explique Hugo Perez Hernaiz. "Pourtant, cela en prend le chemin."

L'opposition réclame la tenue d'une élection présidentielle à la place de la constituante proposée par Nicolas Maduro. Des manifestants ont commencé à bloquer les principales routes du pays pour protester contre la tenue du scrutin le 30 juillet.

Leur détermination a été renforcée par un message clandestin de Leopoldo Lopez, leader de l'opposition, depuis sa prison, leur demandant de continuer cette mobilisation pacifique.

"La lutte doit continuer jusqu'à notre victoire. Nous dévons protester en permanence et partout", a lancé Leopoldo Lopez dans la vidéo mise en ligne par sa famille dimanche, mais dont la date de tournage reste inconnue.

Les négociations sont improbables

Leopoldo Lopez a reçu la visite dimanche de l'ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, qui essaie désespérément de jouer les médiateurs entre le gouvernement de Maduro et l'opposition pour les amener autour d'une table des négociations.

Les deux hommes ont une "conversion très respectueuse", révèle un message posté sur le le compte Twitter de Leopoldo Lopez et géré par sa femme, Lilian Tintori, autre figure de l'opposition.

Malgré les efforts de José Luis Zapatero, les pourparlers ont peu de chance d’aboutir, estime le professeur Hugo Perez Hernaiz. Fin 2016, les négociations, sponsorisées par le Vatican, avaient échoué à aboutir à la libération des prisonniers politiques et à établir un calendrier de réformes.

"Beaucoup de membres de l'opposition ont été déçus et à raison", explique Hugo Perez Hernaiz. "Ils se méfient désormais de chaque appel à négocier. Ils ont l'impression que le gouvernement essaie de gagner du temps."

"La seule issue possible pourrait venir d'une fracture dans le camp de Maduro"

Pendant ce temps, la situation continue de dégénérer. Les affrontements entre les anti-Maduro, les chavistes, partisan du président, et les forces de l'ordre sont de plus en plus violents.

Orlando Figuera, un jeune homme de 22 ans, a succombé dimanche des suites de ses blessures. Il avait été brûlé vif lors d'une manifestation le mois dernier à Caracas. Le gouvernement et l'opposition s'en sont mutuellement rejeté la responsabilité. Depuis le début de la mobilisation début avril, on dénombre au moins 65 victimes au total.

Pour Hugo Perez Hernain, la situation risque encore de se dégrader : "Je ne vois pas comment ça pourrait aller mieux. L'opposition refuse désormais toute négociation et le gouvernement fait du forcing pour l'élection de la constituante. Tous les ingrédients sont réunis pour un désastre."

"La seule issue possible pourrait venir d'une fracture dans le camp de Maduro", analyse l'universitaire. "Il y en a eu quelques signes dans le chavisme mais cela reste encore marginal."

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