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Redoublement : le message très politique du ministre de l’Éducation

Jean-Michel Blanquer, ici sur le perron de l'Elysée le 18 mai, participait, à son premier Conseil supérieur de l’éducation (CSE) jeudi 8 juin.
Jean-Michel Blanquer, ici sur le perron de l'Elysée le 18 mai, participait, à son premier Conseil supérieur de l’éducation (CSE) jeudi 8 juin. Christophe Archambault, AFP

En faisant une annonce purement médiatique sur le redoublement, le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, cherche, avant tout, à se démarquer de Najat Vallaud-Belkacem.

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À trois mois de la rentrée, le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer faisait la sienne jeudi 8 juin : le successeur de Najat Vallaud-Belkacem rue de Grenelle participait, en effet, à son premier Conseil supérieur de l’éducation (CSE) en tant que ministre ; le tout premier aussi du quinquennat Macron. Devant cet organe consultatif qui réunit une centaine d’acteurs de la communauté éducative, celui qui semble vouloir mettre un point d’honneur à ne pas donner son nom à une loi a affiché son refus de "faire des zigzags" sur l’Éducation. Pourtant, le ministre a semé le trouble dans une interview accordée le matin même au Parisien, en déclarant souhaiter "ne pas interdire" le redoublement dès la prochaine année scolaire.

"Le ministre est surprenant. Le sujet n’a fait l’objet d’aucunes discussions avec les partenaires sociaux et ne figure pas à l’ordre du jour du CSE", commente Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-UNSA. Au programme du CSE de ce 8 juin : le vote consultatif sur le projet de décret qui assouplit la réforme des rythmes scolaires et les enseignements au collège.

Pourquoi alors cette sortie sur le redoublement, alors même que le ministère précise qu’il n'y aura pas de nouveau texte sur ce sujet ? "Il y a les textes réglementaires et la communication médiatique", estime Stéphane Crochet, avant d’ajouter : "On a l’impression d’avoir deux ministres". Selon lui, avec cette déclaration, Jean-Michel Blanquer s’adresse avant tout à l’opinion : "Il y a une volonté de cliver, de marquer une différence entre deux époques". Autrement dit : Jean-Michel Blanquer n’est pas Najat Vallaud Belkacem. Sa prédécesseure avait, en effet, pris en novembre 2014 un décret affirmant "le caractère exceptionnel du redoublement". En déclarant ce 8 juin que "le redoublement doit rester possible quand c'est dans l'intérêt de l'élève", Jean-Michel Blanquer formule différemment, alors que la réalité devrait rester la même. Il s’agit de "rappeler aux professeurs que le dispositif du redoublement existe et qu'on peut l'utiliser dans l'intérêt de l'enfant", en accord avec les parents, et dans des cas bien précis, a d’ailleurs dit le ministère dans la foulée.

"L’opinion est conservatrice en matière d’éducation"

"Le redoublement n’a jamais été interdit. On est dans la communication politique visant à donner des gages à l’opinion", juge François Dubet, sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux et spécialiste des questions d’éducation, rappelant à quel point "l’opinion est conservatrice en matière d’éducation". Lui aussi estime que le nouveau ministre tient un "double discours" : "C’est un technocrate très informé, qui s’appuie sur des recherches scientifiques. Il ne peut ignorer que la France a historiquement un taux de redoublement extrêmement élevé et que cette politique est onéreuse et sans grands effets". De fait, en France, en 2015, 22 % des élèves avaient redoublé au moins une fois avant l'âge de 15 ans, un taux en nette régression par rapport à 2003 (-17 points)… mais toujours deux fois plus important que la moyenne des pays de l'OCDE. François Dubet ajoute : "Jean-Michel Blanquer n’est pas un nostalgique réactionnaire. Sa vision est très différente, par exemple, de celle du programme de Fillon. Mais on voit qu’il ne s’interdit pas de s’adresser à l’électorat Fillon". À trois jours des législatives, "on voit bien que l’élection n’est pas finie", relève-t-il encore.

Mais en parlant également jeudi matin de "respect d’autrui" – et non, comme l’aurait fait la droite conservatrice, de "retour de l’autorité" – le ministre chercherait, en apparence du moins, une forme d’apaisement, selon l’universitaire. Idem sur la réforme des rythmes scolaires, où le ministre prévoit de laisser le choix aux communes de continuer ou non à garder la semaine de 4,5 jours en primaire. "Il a une obligation de déminer le jeu", juge le sociologue. Infléchir et assouplir les mesures du quinquennat Hollande sur l’éducation, mais ne pas faire volte-face, en somme. "Je ne crois pas qu’il soit parti pour réformer en profondeur l’éducation", estime François Dubet, avant de conclure : "On ne peut pas réformer à la fois le travail et l’éducation… sinon on prend le risque d’avoir tout le monde dans la rue".

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