La France célèbre "Normandie-Niémen" en période de tension avec Moscou
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Mont-de-Marsan (AFP) –
La France a célébré vendredi le 75e anniversaire du régiment de chasse Normandie-Niémen, qui a combattu au sein de l'Armée rouge pendant la Seconde guerre mondiale, en présence de vétérans russes, alors que les deux pays traversent une période de tension.
"Nous commémorons les exploits de nos anciens qui se sont illustrés pendant la Seconde guerre mondiale sur le front de l'Est", a expliqué le commandant Mickael Fonck, à la tête de "Normandie-Niémen", désormais basé à Mont-de-Marsan, dans le sud-ouest de la France.
D'abord baptisé Normandie, l'escadron, l'un des plus prestigieux de l'armée de l'air française, a participé à partir de 1943 aux batailles de Koursk, Smolensk, du fleuve Niémen d'où l'unité prendra son nom définitif sur ordre de Staline, puis de Prusse-Orientale, en territoire allemand.
"Dès 1942, le général de Gaulle voulait que la France Libre soit présente sur le front de l'Est. C'était bien sûr un geste d'amitié et de solidarité vis à vis de nos camarades russes qui se battaient durement contre l'envahisseur nazi, mais c'était aussi un geste diplomatique", a souligné le colonel Franck Mollard, commandant la base aérienne de Mont-de-Marsan.
"L'amitié franco-russe, cette fraternité d'arme sur le front de l'Est, a traversé les époques, les crises géopolitiques, la guerre froide et les difficultés que nous pouvons avoir aujourd'hui", a-t-il ajouté, alors que les relations entre Paris et Moscou se sont tendues, en particulier depuis l'élection en mai du nouveau président français, le centriste pro-européen Emmanuel Macron.
Lors de leur première rencontre le 29 mai, Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine ont évoqué sans faire de concessions leurs désaccords, sur la Syrie, l'Ukraine ou les droits de l'homme.
"La mémoire ne peut pas faire tout à elle seule, mais c'est un outil dans les relations internationales et Normandie-Niémen sera utilisée pour retisser le lien franco-russe", estime le Contrôleur général des armées Serge Barcellini, président du Souvenir français, association mémorielle de la France au combat.
- Héros de l'Union Soviétique -
"Même si le contexte géopolitique est compliqué, chacun de nous peut contribuer au renforcement du lien entre la France et la Russie", a aussi assuré le colonel russe Anatoli Fetissov, président de l'association des anciens du 18e Régiment de la Garde, l'unité soviétique à laquelle Normandie-Niémen était rattachée pendant la Seconde guerre mondiale.
Deux vétérans russes de la Seconde guerre mondiale, un pilote à la poitrine bardée de décorations et un mécanicien, étaient présents à ses côtés.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Normandie-Niémen comptera 21 Compagnons de la Libération et quatre "Héros de l'Union soviétique", une décoration très rarement accordée aux étrangers par l'URSS. L'unité a obtenu 273 victoires homologuées au cours de 5.240 missions et de 869 combats. Quarante-deux de ses 97 pilotes ont péri.
Doté à sa création des célèbres monoplaces soviétiques Yak 3, le régiment de chasse 2/30 Normandie-Niémen est aujourd'hui équipé de Rafale et il a notamment été engagé dans l'opération Chammal, contre le groupe jihadiste Etat islamique, en Irak et en Syrie.
"Nous avons mené des missions de reconnaissance aérienne, d'appui des forces au contact au sol, quand elles étaient prises à partie par l'ennemi, afin de les désengager ou de leur permettre d'avancer", a détaillé le commandant Mickael Fonck, qui poursuit une tradition familiale puisque son arrière-grand-oncle, René Fonck, était l'As des As français pendant la Première guerre mondiale (75 victoires).
La France est le deuxième contributeur de la coalition internationale contre l'EI, loin derrière les Etats-Unis. Un pilote de l'unité a d'ailleurs été décoré vendredi de la médaille d'or de la Défense nationale, pour son action lors d'une mission près de Tal-Afar, en Irak, une manière de reconnaître "l'action de feu menée par l'armée de l'air au Levant dans le cadre de la lutte contre le terrorisme", selon le lieutenant-colonel Yvan Malard, qui dirige la 3e escadre de chasse dont fait partie Normandie-Niémen.
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