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MEXIQUE

Espionnage Pegasus au Mexique : "Les journalistes visés sont des spécialistes de la corruption"

Carmen Aristegui est l'une des journalistes qui aurait été espionnée par le gouvernement mexicain.
Carmen Aristegui est l'une des journalistes qui aurait été espionnée par le gouvernement mexicain. Bernardo Montoya, AFP
6 mn

Les révélations du New York Times sur l'espionnage supposé de journalistes par le gouvernement mexicain illustre une nouvelle fois les difficultés qu'affrontent les reporters dans ce pays pour simplement faire leur métier.

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Le Mexique, enfer sur terre pour les journalistes ? Alors que le pays reste un des plus meurtriers pour la profession, une enquête, publiée le 19 juin par le New York Times, révèle que le gouvernement mexicain aurait intercepté les communications de certains d'entre eux, ainsi que des militants des droits de l'Homme, au moyen du logiciel espion Pegasus.

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Lors d'une conférence de presse à Mexico, les neuf journalistes et militants ont annoncé qu'ils avaient déposé une plainte devant la justice contre le gouvernement, pour accès illégal à des communications privées. Enrique Peña Nieto, le président mexicain, a démenti fermement ces accusations et diligenté le 21 juin une enquête sur cet espionnage présumé.

L'ONG Reporters Sans frontières publie chaque année son classement mondial de la liberté de la presse. En 2017, le Mexique pointait à la 146e position sur 180 pays. Emmanuel Colombié est le directeur du bureau Amérique latine de l'ONG. Il évoque pour France 24 le décalage entre l'ambition affichée par le gouvernement pour protéger la liberté d'expression et le peu de résultats concrets.

Quelles relations entretenaient le pouvoir avec les médias avant les révélations du New York Times ?

Le Mexique est plein de paradoxes. Le gouvernement est loin d'être fermé et a même une relation positive avec la presse. En cas de problèmes, les médias sont toujours reçus. Quand nous allons faire part des problèmes que l'on observe, nous sommes bien accueillis. Mais, s'il y a de belles déclarations, elles ne sont malheureusement pas suivies d'actes derrière. Pourquoi ? Parce qu'il y a une corruption qui est très ancrée au niveau fédéral.

Dans l’affaire du logiciel espion, le gouvernement a été plutôt exemplaire avec l'ouverture immédiate d'une enquête. Mais si les accusations venaient à se confirmer, on serait sur quelque chose de très vicieux et de très préoccupant, les deux journalistes visés étant précisément des spécialistes de la corruption. Carmen Aristegui n'en est pas à ses premiers déboires avec le gouvernement. Elle a été menacée, licenciée de la radio où elle travaillait, ses bureaux ont été cambriolés l'an dernier… Au regard de cet historique, nous prenons cette affaires très au sérieux.

L'enquête ouverte mercredi a-t-elle des chances d'aboutir ?

Difficile à dire. On peut noter que l'enquête a été confiée à la FEADLE, la juridiction chargée des délits contre la liberté d’expression. La nomination du nouveau procureur dans cette juridiction constitue selon nous un signal plutôt encourageant.

De plus, le rapport rédigé par Citizenlab est très fourni et détaillé. Certes, à l'heure actuelle, le fait que cet espionnage vienne du gouvernement n'est pas encore avéré mais il y a tout de même beaucoup d'éléments concordants.

Avec les élections en 2018, cette affaire pourrait servir d'argument électoral à l'opposition même si quand il s'agit de corruption, chaque parti a son propre historique en la matière. Mais le gouvernement pourrait aussi jouer la montre en faisant traîner l'enquête. Cependant, le fait que les révélations aient été portées par d'importants acteurs américains et mexicains devrait mettre une pression supplémentaire sur le gouvernement. L'enquête sera sans doute faite très sérieusement mais est-ce que le gouvernement en communiquera les avancées et les résultats ?

L'assassinat de Javier Valdez en mai 2017 a eu un retentissement international. En réaction, le gouvernement avait promis de protéger davantage les journalistes dans le pays. Où en est-on aujourd'hui ?

Depuis le début de l'année 2017, Reporters Sans Frontières a comptabilisé au total quatre assassinats de journalistes. Deux autre cas n'ont pas été intégrés dans notre décompte officiel car nous ne sommes pas certains du lien avec le travail journalistique. Le meurtre de Javier Valdez, particulièrement médiatisé, a été suivi d'annonces du gouvernement que nous avons saluées : renforcer le parquet spécial pour enquêter sur les crimes et menaces contre les journalistes, renforcer le FEADLE et créer un nouveau protocole d'enquête sur les crimes contre les journalistes.

Les déclarations étaient bonnes mais nous craignons qu'elles ne restent que des déclarations. Toutefois, le gouvernement semble de bonne volonté et a une démarche intéressante en incluant des journalistes, des représentants de la société civile et des ONG dans les réunions de travail pour mettre en place les mesures et en effectuer le suivi.

Mais un des problèmes reste le manque cruel de moyens financiers et humains. Il faut que les fonctionnaires chargés de ces questions soient davantage formés. L'État doit revaloriser la liberté de la presse. Enfin, il faut mettre fin à l'impunité. Au niveau local, quand il y a des assassinats de journalistes, la justice ne fait absolument pas son travail pour identifier les responsables. Les enquêtes ne sont jamais lancées, ou bloquées quand c'est le cas.

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Cette impunité, associée à la corruption, crée un climat de peur pour les journalistes qui est absolument dramatique dans certains États. Les journalistes enquêtant sur des sujets sur la corruption sont systématiquement menacés quand ils ne sont pas assassinés.
 

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