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FRANCE

Simone Veil pourrait-elle bientôt faire son entrée au Panthéon ?

© Éric Piermont, AFP | Simone Veil serait la cinquième femme à faire son entrée au Panthéon.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 03/07/2017

Depuis le décès de Simone Veil vendredi, plusieurs pétitions ont été lancées sur Internet pour demander son entrée au Panthéon. Personnalité préférée des Français pendant de nombreuses années, l'ancienne ministre est une candidate idéale.

En seulement trois jours, la pétition "Le Panthéon pour Simone Veil" a rassemblée plus de 140 000 signatures. Dès l’annonce de la disparition de l’ancienne ministre, de nombreuses personnalités, rejointes par des milliers d’internautes, ont demandé à ce qu'on lui accorde une place au sein du tombeau des "Grands Hommes".

L’historien Patrick Garcia, professeur à l’université de Cergy-Pontoise et chercheur associé à l’Institut d’Histoire du temps présent, n’a pas été surpris par cet appel. Pour lui, la rescapée d'Auschwitz-Birkenau est une candidate parfaite. "Il n’y a pas de 'checklist' qu’il faudrait cocher pour entrer au Panthéon, mais il y a néanmoins des critères informels. C'est-à-dire incarner des idéaux et des combats de la République qui ont encore un sens aujourd’hui", explique-t-il. "Simone Veil les incarne. Elle représente à la fois la figure des déportés, l’idée de l’Europe et le combat qu’elle a mené pour la légalisation de l’IVG", résume-t-il.

Une cinquième femme au Panthéon?

Depuis 1791 et l’entrée de Mirabeau, l’un des inspirateurs de la Révolution, 80 personnes ont été panthéonisées : des politiques, des écrivains, des scientifiques, quelques religieux et beaucoup de militaires. Si Simone Veil les rejoint, elle ne sera que la cinquième femme à être ainsi distinguée. Dans la nécropole laïque, sous l'inscription "aux grands hommes la patrie reconnaissante" ne figurent, pour l’instant que Sophie Berthelot, enterrée avec son mari le chimiste et homme politique Marcelin Berthelot en 1907 "en hommage à sa vertu conjugale", la scientifique Marie Curie dont les cendres ont été transférées en 1995 avec celles de son époux Pierre, avec qui elle partage le prix Nobel de physique, et les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui ont fait leur entrée en 2015. Selon Patrick Garcia, cette sous-représentation féminine sous la coupole du Panthéon est "un avantage certain" en faveur de la panthénoisation de Simone Veil, alors que le nouveau président Emmanuel Macron s’est engagé en faveur de la parité duarnt sa campagne.

"C’est également une personnalité consensuelle et du centre. Elle incarne un assouplissement des clivages politiques", ajoute-t-il. Personnalité préférée des Français pendant de nombreuses années, l’ancienne déportée a en effet le mérite de recevoir des hommages quasi unanimes de tous bords politiques. Les rares critiques viennent d’une partie de l’extrême droite et de la communauté catholique, qui lui reprochent son combat en faveur de la légalisation de l’avortement. "Dans l’histoire du Panthéon, il y a des personnages qui ont suscité l’opposition", souligne Patrick Garcia. "On peut penser à Jean Jaurès car c’était un Dreyfusard et un pacifiste. Au moment de la panthonéisation de Jean Zay, en 2015, des gens à droite l’ont aussi décrié car il avait 'craché' dans sa jeunesse sur le drapeau par pacifisme. Mais à un moment donné, les valeurs de la République sont suffisantes. On ne peut pas mettre tout le monde d’accord".

Un choix présidentiel

La décision ne revient en tout cas qu’à une seule personne. Alors que sous la IIIe et le IVe République ce choix était fait par les députés, depuis 1958, c’est le président de la République qui détient ce pouvoir. Des noms peuvent lui être soumis, mais c’est lui qui tranche. Cette prérogative présidentielle donne à cette cérémonie une couleur très politique, selon Patrick Garcia : "On peut prendre pour exemple la panthonéisation d’Alexandre Dumas, décidée par Jacques Chirac en 2002. C’était un grand écrivain, mais pas un intellectuel véritablement engagé. Il y rentre symboliquement, car c’est un descendant d’esclave qui arrive à attendrir le roman national et à créer des personnages populaires. Faire savoir que l’auteur des Trois Mousquetaires était un métis avait une signification toute particulière".

Même si ce choix revient au président, le dernier mot ne lui appartient pas. "Il faut que la personne elle-même et sa famille ne s’y opposent pas. De Gaulle ne fera jamais son entrée au Panthéon puisqu’il l’a exclu absolument dans son testament", décrit Patrick Garcia. Plus récemment, en 2009, la famille de l’écrivain Albert Camus s’était opposé à une proposition du président Nicolas Sarkozy. Du côté des proches de Simone Veil, l’idée n’a pas encore fait son chemin. Interrogée sur Europe 1, Deborah Veil, l’une de ses petites filles, a expliqué que cela n’était pas encore à l’ordre du jour : "Je trouve ça extrêmement touchant. Je trouve simplement à titre personnel que mes grands-parents n'auraient pas été très heureux d'être séparés après 65 ans de vie commune."

Mais ce problème peut tout à fait être contourné. En 2011, conformément à sa volonté, le poète Aimé Césaire n’a fait qu’une entrée symbolique au Panthéon. Sa dépouille n’a pas quitté la Martinique, mais une plaque à son nom a été posée dans la crypte. Quatre ans plus tard, les familles des résistantes Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Anthonioz n’ont pas voulu que leurs restes soient exhumés. Ce sont donc des cercueils avec de la terre prélevés dans leurs cimetières qui ont fait leur entrée au Panthéon. En attendant, une éventuelle cérémonie, qui prendra de toute façon "au moins deux mois de préparation", d’après Patrick Garcia, Simone Veil sera enterrée, mercredi 5 juillet, après des obsèques officielles aux Invalides, aux côtés de son mari, Antoine, au cimetière du Montparnasse.

 

Première publication : 03/07/2017

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