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Hwasong-14, le missile nord-coréen qui change la donne

Le missile Hwasong-14 a volé près de 40 minutes sur une distance de 950 km
Le missile Hwasong-14 a volé près de 40 minutes sur une distance de 950 km AFP PHOTO/KCNA VIA KNS

Ce missile est-il vraiment intercontinental ? Peut-il transporter une charge atomique ? Le tir d’essai du missile balistique nord-coréen Hwasong-14 a soulevé nombre d’interrogations et d’inquiétudes.

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C’est devenu, en deux jours, le missile de tous les dangers. Le Hwasong-14 mettrait le Japon à portée du courroux nord-coréen et pourrait même frapper les terres états-uniennes en Alaska. Le régime de Pyongyang a annoncé, mardi 4 juillet, avoir procédé au premier test d’un missile balistique intercontinental de son histoire.

Les États-Unis, qui célébraient leur fête nationale ce jour-là, ont promptement réagi en appelant à une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU et en procédant avec la Corée du Sud à des simulations "à munitions réelles" de missiles depuis la péninsule coréenne, mercredi 5 juillet. Une attitude belliqueuse qui contraste avec l’appel sino-russe à des concessions à la fois de la part de la Corée du Nord et de la part des États-Unis.

De 950 km à plus de 6 000 km

Le leader nord-coréen Kim Jong-un a fait d’un missile, deux coups : il a réussi à élever le niveau mondial de menace balistique et a rendu une situation diplomatique tendue encore plus explosive. Pourtant, le coup de chaud diplomatique repose sur la seule affirmation du dictateur nord-coréen que sa nouvelle arme pouvait faire tomber une bombe nucléaire sur le sol américain.

Le Hwasong-14 a parcouru une distance de 950 km avant de s'abîmer en mer, ce qui est loin d’être une preuve de sa portée intercontinentale. “Dans le cadre des accords bilatéraux de limitations des armements stratégiques USA-Russie, on parle de missiles intercontinentaux (ICBM) seulement pour une portée supérieure à 5 500 km”, rappelle Alexandre Vautravers, expert en sécurité et en armement au Global Scientific Institute de l’Université de Genève, contacté par France 24.

Mais il pourrait avoir le potentiel de traverser cette distance. Plusieurs indices permettent aux experts de vérifier cette hypothèse. Tout d’abord, le temps de vol : le Hwasong-14 “a volé une quarantaine de minutes, ce qui permet d’estimer sa portée à environ 6 000 km”, assure à France 24 Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Une estimation plus fine proviendrait de l’étude de la quantité de carburant embarqué et du poids du missile. Le rapport entre les deux permet de déterminer la distance que l’engin peut couvrir.

D’autres facteurs influent aussi sur la portée du Hwasong-14. La charge qu’il doit transporter est un facteur clé : une tête nucléaire est bien plus lourde – environ une tonne – et exige plus de carburant pour voler sur une longue distance qu’un missile conventionnel ou dotée d’une arme chimique. En outre, un même missile tiré depuis la Corée du Nord ira aussi un peu plus loin que s’il était lancé depuis les États-Unis à cause des vents et des conditions climatiques en général, précise Alexandre Vautravers.

Nucléaire ou pas nucléaire ?

Si la portée du nouveau missile nord-coréen dépasse effectivement les 6 000 km, c’est un sérieux bond en avant technologique pour le régime de Pyongyang. “Les experts s’accordent sur le fait que les missiles nord-coréens actuels disposent de portées allant jusqu’à 2 800 km, mettant donc Tokyo et Pékin à portée de tir”, rappelle l’expert suisse.

Mais une telle avancée ne signifie pas que Kim Jong-un est prêt à frapper les États-Unis avec une bombe nucléaire. Actuellement, l’arsenal nord-coréen comprendrait “de 13 à 30 ogives nucléaires d’une puissance de 10 à 50 kilotonnes. Des armes ‘A’ d’une puissance similaire aux bombes américaines lancées sur le Japon en 1945”, détaille Alexandre Vautravers. Une technologie largement dépassée et qui serait, autant pour des raisons technologiques qu’économiques, très mal adaptée à des missiles intercontinentaux. Il faudrait que Pyongyang puisse “miniaturiser” la charge nucléaire, ce dont la dictature nord-coréenne n’est pas encore capable.

Il n’en demeure pas moins qu’un tel missile doté d’une arme chimique reste une menace des plus sérieuses. Pour une raison simple : il n’y a pas de moyen efficace de se défendre contre une frappe de missile intercontinental. La seule défense, souligne Alexandre Vautravers, est le “bouclier antimissile”. Les États-Unis ont équipé certains de leurs navires de guerre d’une telle technologie, mais elle n’est efficace que contre les missiles balistiques à courte ou moyenne portée. Le programme de déploiement d’un tel système contre les missiles intercontinentaux a été gelé sous l’administration Obama.

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