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Le président brésilien brade-t-il l’Amazonie pour sauver son mandat ?

Vue aérienne du site minier de Vale, la plus grande compagnie minière du Brésil, dans l'État de Para situé dans le nord-est du pays.
Vue aérienne du site minier de Vale, la plus grande compagnie minière du Brésil, dans l'État de Para situé dans le nord-est du pays. Yasuyoshi Chiba, AFP

Michel Temer a autorisé mercredi l’exploitation minière de millions d’hectares de forêt amazonienne au Brésil. Environnementalistes, célébrités ou encore citoyens accusent le président de céder aux pressions des lobbys miniers pour rester au pouvoir.

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Le poumon de la planète amputé d’une surface équivalente au Danemark. Le président brésilien, Michel Temer, a signé, le 22 août, un décret faisant disparaître le statut de réserve – inexploitable par les entreprises privées – d’une zone de près de quatre millions d’hectares en pleine forêt amazonienne. L’idée, selon le chef de l’État, est d’y ouvrir l’extraction minière au secteur privé afin de créer de l’emploi et dynamiser l’industrie dans un Brésil plongé dans la pire récession qu’il ait connue en un siècle.

Créée en 1984 vers la fin de la dictature militaire, la réserve de Renca abrite neuf zones protégées, ainsi que des territoires des tribus indiennes Aparai, Wayana et Wajapi. Or, fer, cuivre ou encore manganèse, la zone recèle aussi de gisements qui n’avaient, jusqu’alors, presque jamais été exploités par les autorités publiques. Ces derniers mois, le président a donné son feu vert à de nombreux projets d'infrastructure, dont la construction d’une quarantaine de barrages hydroélectriques d’ici les cinq prochaines années. Il a aussi diminué la taille d'autres réserves naturelles et donné son approbation au gel de la cession de titres de propriété destinés à des Indiens d'Amazonie.

Déforestation et conflits avec les populations autochtones

"C'est une tragédie”, alerte l’ONG environnementale WWF. Selon le directeur de la branche brésilienne, Maurício Voivodic, “l’activité minière [dans la réserve de Renca] peut avoir des effets irréversibles” sur l'environnement et les habitants. “La perte de la biodiversité, la pollution des fleuves, l’intensification des conflits avec les populations autochtones locales et bien sûr la déforestation représentent de véritables menaces”, prévient-il.

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“Chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent, soit un quart de la surface de la France”, rappelle, pour sa part, Greenpeace. En 2016, la forêt amazonienne a perdu près de 8 000 km2, selon les données de l’Institut brésilien de la recherche spatiale. “Toutes les forêts du monde sont pourtant essentielles à l’équilibre planétaire”, martèle Greenpeace qui milite pour l’objectif zéro déforestation d’ici à 2020.

Véritable joyau de la biodiversité, la forêt amazonienne recueille 10 % de toutes les espèces connues sur Terre. Elle joue également un rôle de régulateur climatique essentiel qui est de plus en plus mis à mal à cause de la déforestation. Celle-ci fait notamment dégringoler le taux d’humidité naturellement présent dans la jungle amazonienne, entraînant des sécheresses record ces dernières années au Brésil.

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S’ajoute l’impact humain : “Il est rare que les conventions internationales en vigueur, sur le droit du travail par exemple, ou sur les devoirs de consultation et de participation des habitants avant tout nouveau projet industriel soient respectées”, souligne, en outre, Greenpeace. L’ONG dénonce de nombreuses appropriations illégales de terres appartenant aux populations autochtones par les grands industriels “bénéficiant souvent de la complicité des États ou du flou qui entoure la surveillance des cadastres”. Selon l'ONU, plus de 1,6 milliard de personnes, dont plus de 2 000 cultures autochtones, dépendent des forêts pour leur subsistance quotidienne et leur survie à long terme.

“La pire attaque contre l’Amazonie en cinquante ans”

Depuis la publication, le 23 août, du décret présidentiel de Michel Temer au Journal officiel, les critiques fusent aussi sur les réseaux sociaux comme en témoigne notamment l’émergence des hashtags #SOSamazonia ("SOS Amazonie") et #todospelaamazonia ("Tous pour l'Amazonie") repris des centaines de fois. La célèbre top model brésilienne Gisele Bundchen s’est même joint au mouvement à coups de tweet et de message sur ses pages Facebook et Instagram suivies par plusieurs millions de personnes.

La sphère politique n’est pas en reste. Le sénateur Randolfe Rodrigues, du parti de gauche Rede, a déjà indiqué qu’il allait saisir la justice pour tenter de faire annuler le décret. "C'est la pire attaque contre l'Amazonie ces cinquante dernières années. Même la dictature militaire n'avait pas osé aller aussi loin", a-t-il lancé. Il est appuyé dans sa démarche par sept autres sénateurs.

Sous le feu des critiques, le président Temer s’est vu contraint de réagir jeudi soir, assurant, dans un communiqué, qu'"aucune réserve environnementale n'avait été affectée par le décret". Il s’agit, dit-il, uniquement de la réorganisation d'une "réserve minière". Le chef de l’État a également rappelé que le texte du décret "ne remettait pas en cause l'application de la loi concernant la protection de la flore et des territoires autochtones". Selon lui, le nouveau statut de la réserve de Renca permettra d'encadrer l'exploitation pour éviter "les dégradations causées par les activités minières clandestines (...) afin de favoriser un développement durable de l'Amazonie".

Des arguments peu convaincants aux yeux des défenseurs de la planète qui peinent à faire confiance à un président acculé par de sérieuses accusations de corruption. Et pour cause : son maintien au pouvoir dépend du soutien des puissants lobbys parlementaires liés notamment aux secteurs minier et agricole. Mais ces lobbys ne sont pas les seuls à pouvoir mettre la pression sur le gouvernement de Michel Temer. La Norvège, qui a fait don de 1,1 milliard de dollars au Brésil depuis 2008, a annoncé en juin 2017 que son aide pour la protection de la forêt amazonienne sera divisée par deux, tant que la déforestation poursuivra son accélération.

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