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L'amère victoire de Merkel, un défi pour Macron l'Européen

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Paris (AFP)

Emmanuel Macron expose mardi son ambitieux projet pour "refonder" l'Europe, mais il va devoir tenir compte de la fragilisation d'Angela Merkel, sa principale partenaire, et de la montée des forces eurosceptiques en Allemagne.

C'est devant des étudiants français et étrangers réunis dans le grand amphithéâtre de la prestigieuse université de La Sorbonne que le président prononcera à 15H00 son "discours sur l'Europe".

Même s'il a esquissé durant l'été plusieurs de ses initiatives, M. Macron a tenu à attendre la fin de la campagne électorale allemande pour ouvrir une "nouvelle page" de l'Union européenne.

Mais les résultats, décevants pour la chancelière, devraient l'obliger à adapter son discours pour tenir compte de la percée plus forte que prévu des forces hostiles ou critiques vis-à-vis de l'UE.

Pour l'instant, le président français s'est contenté, dans un tweet posté dimanche soir, de féliciter Mme Merkel et d'affirmer sa volonté de poursuivre "avec détermination (notre) coopération essentielle pour l'Europe et (nos) pays".

Depuis son élection en mai, Emmanuel Macron n'a pas ménagé ses efforts pour consolider un lien fort entre Paris et Berlin, indispensable selon lui pour "refonder" l'UE après le séisme du Brexit.

Selon l'Elysée, M. Macron s'est entretenu depuis dimanche à deux reprises avec Mme Merkel, ainsi qu'avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, et devait le faire avec les chefs du gouvernement italien Paolo Gentiloni et espagnol Mariano Rajoy avant son discours.

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, s'est inquiété lundi des conséquences de "la victoire amère" de Mme Merkel, d'abord "parce qu'elle voit monter une extrême droite très violente, très dure, très radicale".

Le parti AfD (Alternative pour l'Allemagne), qui a obtenu le score historique de 12,6%, plaide pour mettre fin à l'euro.

L'autre inquiétude de Paris est liée aux incertitudes sur la future majorité parlementaire, qui ne comprendra plus le SPD pro-européen, celui-ci ayant décidé de siéger sur les bancs de l'opposition.

- 'Une bonne Europe' -

L'alternative qui se présente est une alliance inédite des conservateurs avec les Libéraux du FDP (10,7%) et les Verts (8,9%).

Or les premiers ont clairement affirmé leur hostilité au projet de réforme promue par Paris, à savoir une zone euro dotée d'un budget, d'un ministre des Finances et d'un Parlement propres.

"Nous ne voulons pas de nouveaux budgets pour des transferts financiers en Europe", a prévenu le président des Libéraux, Christian Lindner.

Et de cibler directement la France: "un budget de la zone euro - M. Macron parle de plusieurs points de PIB ce qui représenterait plus de 60 milliards d'euros pour l'Allemagne - où l'argent atterrirait en France pour les dépenses publiques ou en Italie pour réparer les erreurs de (Silvio) Berlusconi, serait impensable pour nous et représenterait une ligne rouge".

Pour Hélène Miard-Delacroix, historienne spécialiste des relations franco-allemandes à La Sorbonne, "il est probable qu'une alliance avec les Libéraux soit la moins favorable à des progrès institutionnels en Europe et à un approfondissement". "Ils vont plutôt mettre l'accent sur des dérégulations, des allègements d'impôts et pas du tout sur des dépenses de l'Etat", indiquait-elle avant le scrutin.

Pour sa part, Mme Merkel a déclaré dimanche soir, en termes vagues, que l'Allemagne avait "besoin d'une bonne Europe, d'une Europe forte pour les emplois, la compétitivité et la sécurité, une Europe qui convainc les citoyens". "Nous soutiendrons tout ce qui soutient cet objectif et nous discuterons, de manière controversée si nécessaire, de tout ce qui ne le sert pas", a-t-elle dit.

Ces dernières semaines, elle avait réservé un accueil prudent aux idées évoquées par M. Macron. "Pour moi ce qui est important c'est que le vocabulaire avancé - gouvernement de la zone euro, ministre européen des Finances, budget - soit aussi doté d'un contenu", avait-elle averti le 15 septembre.

Le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung a d'ailleurs noté qu'à la Chancellerie, on estimait que M. Macron avait mis "la charrue avant les b?ufs" sur ce dossier en parlant "de réponses avant même que la question ait pu être discutée".

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