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Un rapport de la FIDH pointe l'inefficacité de l'ONU dans la lutte contre le terrorisme

Des soldats des forces spéciales ivoiriennes lors d'un exercice avec des forces françaises le 22 septembre 2017.
Des soldats des forces spéciales ivoiriennes lors d'un exercice avec des forces françaises le 22 septembre 2017. ISSOUF SANOGO / AFP

Dans un récent rapport, la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) alerte sur les failles du dispositif de la lutte globale contre le terrorisme mis en place par les Nations unies. Explications avec la coordinatrice du rapport.

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Une "structure tentaculaire et contreproductive". C’est en ces termes que la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) présente la multitude d’entités chargées de la lutte contre le terrorisme à l’ONU. Et pour cause : le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, mais aussi le Secrétariat général des Nations unies et diverses agences disposent de groupes de travail, de comités et autres directoires en charge de l’antiterrorisme. Le Secrétariat des Nations unies compte à lui seul 16 entités différentes, dont la Task Force internationale de lutte contre le terrorisme.

La FIDH ne s'arrête pas là et dénonce également la duplicité de certains États, qui profiteraient de leur rôle prééminent dans certaines entités pour mener des politiques répressives à l'intérieur de leurs propres frontières. Décryptage de Stéphanie David, coordinatrice du rapport.

>> À lire sur France 24 : "La FIDH, 90 ans de lutte pour le respect des droits de l'Homme"

France 24 : Vous parlez d’une structure à mille têtes. Comment expliquer que la lutte contre le terrorisme n’ait pas été centralisée pour plus d’efficacité ?

Stéphanie David : Depuis le 11 septembre 2001, la lutte contre le terrorisme est devenue la priorité absolue de la communauté internationale et cette priorité s’est accélérée ces dernières années avec la multiplication des attaques terroristes et des groupes armés. Cela a entraîné l’adoption de multiples résolutions aux Nations unies, qui ont contribué au développement d’une structure bureaucratique tout à fait sclérosante, souvent inefficace.

Cela fait tout juste six mois que les instances dirigeantes onusiennes ont décidé d’entreprendre les mesures nécessaires. Aujourd’hui, on est dans une nouvelle dynamique avec l’arrivée du nouveau secrétaire général, Antonio Guterres. Un nouveau bureau du contre-terrorisme vient d’être mis en place. Sa mission est d’améliorer la coordination de toute cette structure. Nous accueillons positivement ce développement mais c’est une première étape.

En quoi la multiplication des structures affecte-t-elle concrètement la lutte contre le terrorisme ?

Le problème, c’est qu’on a souvent des entités qui sont en train de faire le même travail, mais sans se coordonner ou se consulter. Tout le monde est censé se consulter au sein de la Task force internationale de lutte contre le terrorisme. En réalité, personne n’est capable de nous dire au sein de cette Task force à quelle fréquence ont lieu les réunions, et de quoi discutent les groupes de travail.

De plus, l’ONU n’a jamais conduit le travail d’évaluation des programmes antiterroristes développés par toutes ses entités.

Vous mettez en cause la Russie, l’Égypte et l’Arabie saoudite, qui sont à la tête d’entités onusiennes en charge de la lutte contre le terrorisme. Quelles dérives observez-vous dans ces pays ?

Nous ne contestons pas la nécessité de prendre des mesures jugées efficaces pour combattre le terrorisme dans les États touchés. Mais cette lutte doit se faire dans le respect du droit international et des droits de l’Homme. Or on constate, sous couvert de lutte contre le terrorisme, une tendance à la répression accrue de la société civile, des mouvements d’opposition et des défenseurs des droits de l’Homme.

En Égypte, par exemple, on observe une chasse aux sorcières qui vise les Frères musulmans et les personnes qui y sont apparentées. Cette ligne répressive et liberticide est contreproductive, car elle ne va qu’encourager la perpétration d’actes terroristes.

Comment ces États se sont retrouvés à la tête des entités onusiennes de lutte contre le terrorisme ?

La question du contre-terrorisme est éminemment politique. Ces États ont déployé une vraie énergie pour obtenir ces positions clés au sein de l’architecture onusienne, alors qu’ils sont de parfaits exemples d’États autoritaires qui n’ont eu de cesse, ces dernières années, de réprimer leur société civile, de développer cette rhétorique anti-droits de l’Homme. Ils profitent de leur position pour faire avancer leur agenda politique et sécuritaire en la matière et faire endosser par la communauté internationale les mesures draconiennes qu’ils adoptent chez eux. C’est une instrumentalisation de la lutte contre le terrorisme.

Que préconisez-vous pour une meilleure efficacité des instances onusiennes de lutte contre le terrorisme ?

Nous demandons que le nouveau bureau du contre-terrorisme dispose d’une unité d’officiers du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, et que la promotion des droits de l’Homme soit remise au centre de l’action. Nous prônons également davantage d’indépendance financière pour la lutte contre le terrorisme. Dans ce nouveau bureau du contre-terrorisme, seules six personnes sont payées sur le budget régulier des Nations unies alors que 29 sont payées sur le budget dépendant des contributions des États membres. Or, l’essentiel des contributions vient des États du Golfe et de l’Arabie saoudite en particulier. Il faut que ce bureau soit moins vulnérable à l’influence financière et donc à l’influence politique de ces États membres.

>> À lire sur France 24 : Riyad à la tête du Conseil des droits de l'Homme à l'ONU

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