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Economie

À Paris, Uber menacé par Taxify, la start-up estonienne dopée aux fonds chinois

© Martin Bureau, AFP | Markus Villig, le jeune PDG de 23 ans de Taxify qui s'attaque au marché parisien des VTC.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 05/10/2017

Taxify veut la peau d’Uber à Paris. Une sacrée ambition pour la start-up estonienne, qui débarque dans la capitale française le 5 octobre avec un allié de poids : le géant chinois Didi.

Uberiser Uber. La ville de Paris est devenue, jeudi 5 octobre, l’un des principaux champs de bataille opposant les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) à l’arrivée du service Taxify.

Le nouveauvenu dans la mêlée vient d’Estonie. Fondée en 2013, cette société dirigée par Markus Villig, un jeune entrepreneur de 23 ans, est la principale plateforme de VTC dans les pays baltiques et une partie de l’Europe de l’Est. Elle s’est déjà implantée dans 19 pays, essentiellement en Afrique et un peu en Amérique centrale (Mexique). Cette stratégie d’expansion, qui vise des marchés où Uber n’est pas encore dominant, lui a permis d’attirer 2,5 millions de clients.

>> À lire sur Mashable.fr : Uber embauche un expert de la NASA pour développer son concept de voitures volantes

Bataille des prix

Mais avec Paris, Taxify s’attaque à une part du gâteau beaucoup plus disputée. Outre Uber, leader incontesté du secteur, il y a six autres services importants de VTC, sans compter les taxis qui font de la résistance et les autorités qui essaient de ramener un peu d’ordre. Difficile d’imaginer qu’un nouveau venu, aussi ambitieux soit-il, puisse se faire une place dans les rues très encombrées de Paris.

Markus Villig pense pourtant y arriver sans mal et vise entre 20 % et 30 % de parts de marché d’ici un an. Pour ce faire, il compte remporter la bataille des prix, comme Uber en son temps contre les taxis. Taxify ne prélève qu’une commission de 15 % sur chaque course contre 25 % lorsqu’on est chauffeur Uber. Seul Marcel - un service de VTC racheté par Renault en septembre 2017 - pratique une politique tarifaire aussi agressive.

Conséquence : les conducteurs sont mieux payés. Taxify espère ainsi détourner les chauffeurs d’Uber. Le service revendique 2 000 véhicules pour son lancement à Paris sur un total de 5 000 chauffeurs qui se sont déclarés intéressés. L’outsider pousse la drague jusqu’à ne pas imposer d’exclusivité contrairement au mastodonte américain.

Cette faible commission a aussi un impact sur le prix de la course, a constaté Le Figaro. Un trajet entre le centre de Paris et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle coûte environ 22 euros avec Taxify contre 45 euros en Uber, rapporte le quotidien.

L’ombre du chinois Didi

Si la guerre des prix est déclarée, encore faut-il que la jeune pousse estonienne ait les reins financiers assez solides pour tenir sur la longueur contre Uber, qui pèse plus de 70 milliards de dollars. C’est là qu’intervient le géant chinois du VTC Didi Chuxing. Car Taxify ne s’attaque pas tout seul au numéro un mondial. En août 2017, la société chinoise, qui revendique 400 millions de clients, est montée au capital de la start-up estonienne. Les détails de l’accord sont tenus secrets, mais le très sérieux quotidien britannique Financial Times croit savoir que Didi aurait acquis 12 % de Taxify, ce qui représenterait un investissement de plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros.

L’ombre de Didi au-dessus du face-à-face entre le Goliath américain et le David estonien donne à la bataille parisienne une dimension mondiale. Le Chinois cherche de plus en plus à entraver l’expansion d’Uber. Il a déjà réussi, en août 2016, à évincer son concurrent de Chine où Uber avait pourtant de grandes ambitions. Au Moyen-Orient, il a ensuite appliqué la même stratégie qu’il est en train de mettre en œuvre en Europe en investissant dans Careem, le principal concurrent d’Uber de la région. Il détient aussi des parts de Lyft - la principale alternative à Uber aux États-Unis -, et Grab, un service de VTC en pleine expansion dans le Sud-Est asiatique.

Si Didi et Taxify visent à coiffer Uber sur le poteau parisien, ils risquent de rencontrer un autre adversaire coriace sur leur route : les taxis. L’Union nationale des taxis voit d’un mauvais œil l’arrivée de la petite start-up dopée aux fonds chinois. Elle a décidé de saisir la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dans le but d’interdire à la société estonienne d’utiliser le mot "taxi" dans le nom de sa plateforme. Si la plainte aboutit, les Estoniens pourront toujours tenter de se renommer Uberify...

Première publication : 05/10/2017

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