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Le Japon frappé par un nouveau scandale industriel aux répercussions mondiales

Mea culpa du PDG de Kobe Steel, Hiroya Kawasaki (au premier plan à gauche)
Mea culpa du PDG de Kobe Steel, Hiroya Kawasaki (au premier plan à gauche) STR / JIJI PRESS / AFP

Le sidérurgiste japonais Kobe Steel a reconnu avoir trafiqué des tests de conformité de ses métaux depuis une dizaine d’années. Il fournit de l’acier, du cuivre et de l’aluminium à des clients aussi prestigieux que General Motors ou Toyota.

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Les voitures, les airbags... et maintenant le metal.Un nouveau scandale vient frapper l'industrie japonaise.

Selon le quotidien japonais Nikkei, Renault et Peugeot-Citroën ont rejoint, vendredi 13 octobre, la longue liste de victimes du dernier scandale “made in Japan”, qui compte près de de 500 entreprises dans le monde. Les deux constructeurs automobiles français ont acheté au sidérurgiste japonais Kobe Steel des pièces de métal pour voitures dont les spécificités techniques avaient été enjolivées

PSA, la maison mère de Peugeot-Citroën, a pourtant affirmé au Figaro ne pas être au courant d’achats effectués auprès de Kobe Steel. Le géant européen de l’aéronautique, Airbus, également cité par le journal Nikkei, a annoncé qu’il allait vérifier si de l’acier ou de l’aluminium fourni par le groupe japonais a pu être utilisé.

Trains à grande vitesse, voitures et écrans LCD

L’affaire, qui a débuté dimanche 9 octobre, a rapidement pris une dimension mondiale aux conséquences encore difficiles à évaluer. Kobe Steel, l'un des principaux producteurs d'acier au monde, fournit de l’aluminium, de l’acier et du cuivre, utilisés aussi bien dans l’aéronautique, la conception des trains rapides japonais Shinkansen que dans, peu ou prou, toutes les parties d’une voiture (jantes, moteurs, portes ou encore freins) ou encore dans la conception des écrans de télévision LCD.

Kobe Steel a d’abord assuré que le maquillage des tests de conformité ne concernait qu’une seule usine d’aluminium sur une période d’un an entre 2016 et 2017. Quelques jours plus tard, mercredi 10 octobre, le groupe reconnaissait qu’il existait des traces de falsification remontant à dix ans et, probablement, au-delà de la filière d’aluminium. En fin de semaine, l’ampleur du scandale a éclaté au grand jour avec l’aveu qu’au moins 500 entreprises dans le monde avaient acquis du matériel non-conforme et que la division acier, le cœur de métier du sidérurgiste, était aussi affectée.

L’entreprise japonaise a refusé de fournir une liste des victimes, mais des grands groupes comme Toyota ou General Motors ont déjà reconnu être clients de Kobe Steel. Une autre inconnue concerne la gravité de la fraude. Les falsifications concernent des produits dont la qualité était en deçà des exigences des acheteurs… mais on ne sait pas à quel point. Les tests truqués portaient sur la résistance et la durabilité du métal. L’un des opérateurs du Shinkansen a annoncé qu’il allait remplacer les pièces conçues avec de l’aluminium fabriqué par Kobe Steel. La plupart des entreprises sont encore en train d’évaluer à quel point ils sont exposés et, le cas échéant, s’il y a lieu d’organiser des rappels pour raison de sécurité, affirme le New York Times.

Coup dur pour la réputation industrielle japonaise

Le PDG de Kobe Steel, Hiroya Kawasaki, a reconnu que “la confiance dans notre marque est tombé à zéro”. Illustration concrète : le groupe a perdu plus de 40 % de sa valeur boursière en une semaine.

Mais au-delà du sidérurgiste, c’est la confiance dans le savoir-faire japonais qui est ébranlée. Kobe Steel était, en effet, réputé pour le sérieux de ces contrôles, rappelle le quotidien britannique Financial Times. L’aveu de la falsification est un coup très dur pour l’industrie japonaise, marquée par plusieurs scandales retentissants ces derniers temps. La semaine passée, Nissan avait été obligé de rappeler plus d’un million de véhicules car du “personnel non-qualifié” avait procédé aux tests de qualité. En juin, le groupe Takata, fabricant des airbags explosifs qui ont causé la mort d’au moins 17 personnes dans le monde, s’est déclaré en faillite. “Il fut un temps où le modèle industriel japonais était vanté partout”, a déploré Koji Morioka, professeur de l’Université du Kansaï, interrogé par l’AFP.

C’était aussi un avantage qui permettait à l’industrie japonaise de survivre face à la concurrence chinoise et celles d’autres pays du Sud-Est asiatique. Moins bon marché, le produit japonais était cependant réputé plus fiable, ce qui permettait au pays de jouer dans la même cour que l’Allemagne pour les exportations de technologie de pointe. "L'impact [des scandales] à la réputation japonaise est important. Il peut donner l'impression aux marchés que les produits japonais ne sont pas si parfaits que ça, ce qui ouvrirait une porte à d'autres pays comme la Chine", souligne Yi Zhu, analyste pour l'agence Bloomberg Intelligence de Hong Kong.

L’accumulation de scandales industriels risque de changer cette donne, ce qui pourrait avoir des conséquences économiques profondes pour le pays entier.

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