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"Le gouvernement régional kurde est dans une impasse"

Un militaire irakien détache des drapeaux kurdes à Kirkouk, le lundi 16 octobre.
Un militaire irakien détache des drapeaux kurdes à Kirkouk, le lundi 16 octobre. Ahmad Al-Rubaye, AFP

La rivalité entre les deux grands partis du Kurdistan irakien, le PDK et l'UPK, est exacerbée depuis le succès des troupes irakiennes face aux peshmerga à Kirkouk. Décryptage avec Jean Marcou, spécialiste de la région, professeur à l'IEP de Grenoble.

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Mardi 17 octobre, les troupes gouvernementales irakiennes ont repris la quasi-totalité des champs pétroliers de la province de Kirkouk après le retrait des forces kurdes, ruinant les espoirs d'indépendance de la région autonome du Kurdistan. Sans les importantes ressources pétrolières de la province, la viabilité d'un éventuel État kurde est plus que compromise.

Ce cuisant revers infligé aux autorités du Kurdistan a encore exacerbé les tensions entre les deux grands partis traditionnels de la région autonome : le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, président de la région autonome, et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) créé par Jalal Talabani, récemment décédé.

Le président irakien, Fouad Massoum, un Kurde appartenant à l'UPK, a fait porter la responsabilité de l'intervention militaire de Bagdad sur le référendum d'indépendance organisé il y a trois semaines, à l'initiative de Massoud Barzani, qui avait vu le oui l’emporter largement. Ce référendum a "créé des différends dangereux entre le gouvernement central et celui du Kurdistan", estime Fouad Massoum.

Des responsables du PDK pointent de leur côté la responsabilité de l'UPK dans la perte de Kirkouk. L'avancée des forces irakiennes a été facilitée par le fait qu'une grande partie des combattants de l'UPK se sont retirés du combat après un accord avec Bagdad, affirment-ils

Retour sur l'origine des désaccords entre les deux partis et analyse de la situation avec Jean Marcou, directeur des relations internationales à l'IEP de Grenoble, et spécialiste de la région.

France 24 : Les deux grands partis kurdes irakiens sont entrés en guerre ouverte après le succès des forces irakiennes face à leurs combattants à Kirkouk. La rancœur entre ces deux formations n’est pas nouvelle. De quand date-elle et quelle en est l’origine ?

Jean Marcou : À l’origine, ces rivalités sont familiales et tribales avec d’un côté la famille Barzani, de l’autre côté la famille Talabani. À cela s’ajoutent les alliances de chacun au niveau international. Ces dernières années, le PDK s’est allié à la Turquie, alors que l’UPK, traditionnellement, est plutôt tourné vers l’Iran. Il existe aussi entre eux des divergences politiques et idéologiques mais elles sont moindres comparées aux différences tribales et stratégiques. Cette polarisation est ancienne. Dans les années 90, elle a même donné lieu à des affrontements armés entre les deux tendances.

Dans le conflit actuel, l’attitude des deux partis est également très différente. Les relations de Bagdad sont beaucoup plus fortes avec l’UPK, qui contrôle la présidence de la république en Irak, alors que le PDK a, de son côté, pris la présidence du gouvernement kurde de la région autonome. Le référendum est d’ailleurs très lié au PDK puisqu’il a été initié par Massoud Barzani dont le mandat est prolongé depuis plusieurs années. Il est aujourd’hui à la recherche d’un nouveau souffle politique.

De nombreux observateurs avaient anticipé que ce référendum poserait un problème entre les kurdes irakiens et le gouvernement de Bagdad. En revanche, on avait sous-estimé le risque de division entre les kurdes irakiens eux-mêmes.

Selon vous, les profondes divisions qui resurgissent entre ces deux grands partis sont-elles, cette fois, irréversibles ?

Pas forcément. L’expérience des conflits, pas seulement au Kurdistan, mais aussi au Moyen-Orient, a montré que souvent, des factions ou des groupes rivaux, qui peuvent s’affronter de manière très dure, sont aussi capables, lorsqu’ils ont un intérêt convergent, de faire la paix et de s’entendre. Mais actuellement, il existe des risques d’affrontements puisque ce qui se joue, au-delà de l’avenir du Kurdistan, c’est une lutte d’influence.

>> À voir : Mossoul, entre ruines et mines

Massoud Barzani a été élu à la présidence de la région autonome en 2009. Son mandat de quatre ans avait été prolongé de deux ans par le Parlement en 2013. Devant l'opposition de ses adversaires, il a affirmé ne pas vouloir se représenter à la présidence. Son retrait de la vie politique vous paraît-il crédible et changerait-il la donne ?

Cela paraît assez improbable compte tenu du rôle qu’il a joué ces dernières années. En tout état de cause, je pense que le gouvernement régional kurde est dans une impasse. Le retrait de Massoud Barzani pourrait permettre de faire baisser certaines tensions au sein du mouvement kurde mais il pourrait aussi créer de nouvelles divisions, réveiller les ambitions et déboucher sur de nouveaux conflits. Je ne vois pas très bien à l’heure actuelle comment cette situation peut évoluer. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd'hui, elle est assez comparable à ce qu’il se passe en Catalogne. On a l’impression que ces proclamations d’indépendance sont un peu dans une impasse et qu’il est difficile de les concrétiser.

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