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Procès d'Abdelkader Merah : l'ex-chef du renseignement Bernard Squarcini nie toute responsabilité

L'ex-patron de la lutte anti-terroriste Bernard Squarcini, photographié le 19 octobre 2017.
L'ex-patron de la lutte anti-terroriste Bernard Squarcini, photographié le 19 octobre 2017. François Guillot, AFP

Lors du procès d’Abdelkader Merah, frère du tueur de Toulouse et Montauban, l'ex-patron du renseignement français Bernard Squarcini s'est dédouané, jeudi, de toute responsabilité dans les ratés des services qu'il dirigeait.

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Bernard Squarcini, l'ex-chef du renseignement français, témoin vedette du 14e jour du procès d'Abdelkader Merah, jugé aux assises pour "complicité" des tueries de son frère Mohamed en mars 2012, s'est dédouané, jeudi 19 octobre, de toute responsabilité dans les ratés de l'enquête.

"Des ratés ? Je ne sais pas", a expliqué à la barre l'ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Aujourd'hui préfet hors cadre, Bernard Squarcini a expliqué que Mohamed Merah avait "inauguré un nouveau mode opératoire qui a surpris tout le monde, changé de braquet".

"Permis de tuer"

Bernard Squarcini a également reconnu, comme d'autres policiers avant lui, un manque de coordination et une circulation défaillante de l'information. "Il y a eu des retards dans le déroulement de l'enquête", a-t-il précisé. Selon lui, les services français n'avaient appris par des services alliés le passage de Mohamed Merah dans les zones tribales du Pakistan, véritable "fabrique" de jihadistes, qu'après la tuerie. "Le permis de tuer lui est délivré dans les zones tribales et, malheureusement, nous n'avons pas eu l'information", a déclaré Bernard Squarcini.

Mohamed Merah y a reçu en octobre 2011 une brève formation au maniement des armes et l'adoubement du chef du groupe affilié à Al Qaïda qui revendiquera ses attentats, Moez Garsallaoui, "le mari de la veuve du meurtrier du commandant Massoud".

>> À lire sur France 24 : Procès Merah : des failles et des absences

À son retour du Pakistan, Mohamed Merah est interrogé le 14 novembre 2011 à Toulouse par des experts parisiens de la DCRI, qui veulent l'évaluer en vue d'un éventuel recrutement comme source. Mais Bernard Squarcini dit n'avoir pas été au courant de cette réunion. De même qu'il déclare avoir ignoré une demande de procédure judiciaire à l'encontre de Mohamed Merah par son directeur régional, quelques mois plus tôt.

Le recrutement, auquel s'opposent les services locaux de la DCRI, ne se fait pas et la surveillance des frères Merah, connus depuis 2006 pour leur proximité avec la cellule salafiste d'Artigat (Ariège) et son gourou Olivier Corel, sera allégée.

Un tueur "isolé" mais pas "solitaire"

"Pour moi, Mohamed Merah a été armé au niveau des bras et de la tête par [son frère] Abdelkader Merah, sa famille mais également par des réseaux [...]. Il a été façonné par une nébuleuse", a souligné Bernard Squarcini, qui avait pourtant été en 2012 l'un des plus ardents défenseurs de la théorie du loup solitaire.

L'ex-patron de la DCRI s'est dit "désolé" que les termes "loup solitaire", relevant de la "sémantique opérationnelle" des services de renseignement, aient été "sortis de leur contexte" et "dénaturés" par les médias et les milieux politiques en 2012.

Certes, Abou Youssouf, nom de guerre de Mohamed Merah, a agi "de façon isolée" les 11, 15 et 19 mars "pour durer dans le temps", "ne pas laisser de traces" et pouvoir multiplier les actions, mais cela n'exclut pas les complicités, a-t-il ajouté.

Erreur d'appréciation

Reste l'erreur d'appréciation initiale, après la mort du premier soldat à Montauban : l'extrême droite est alors la piste privilégiée par la police judiciaire et les parquets locaux, alors que le directeur régional du renseignement intérieur de l'époque, Christian Ballé-Andui, penche pour la piste salafiste.

Ce dernier a raconté, lundi, à la barre qu'il avait adressé deux listes à la direction centrale, l'une d'individus proches de l'ultra-droite, l'autre de profils salafistes, dont Mohamed Merah, mais que la seconde avait été d'abord écartée.

Bernard Squarcini a donné, jeudi, une version sensiblement différente. "Il y a une enquête judiciaire à laquelle mon service n'est pas associé. Pour moi la piste d'extrême droite n'est pas adaptée à l'analyse du moment", dit-il, tout en affirmant avoir lui-même pris l'initiative de demander une liste avec "cinq objectifs d'extrême droite et cinq objectifs d'islamistes" radicaux, dont la famille Merah. Le nom du "tueur au scooter" ne sera finalement transmis à la police judiciaire que le soir du 18 mars, veille de l'attaque de l'école juive.

Bernard Squarcini a le statut de témoin assisté dans une information judiciaire en cours d'instruction, sur plaintes avec constitution de parties civiles, déposées par la famille d'un des trois soldats tués par Mohamed Merah, Abel Chennouf. L'une le vise nommément pour non empêchement d'un crime et mise en danger délibéré d'autrui ; l'autre vise la DCRI, devenue depuis lors la DGSI, pour homicide involontaire.

Avec AFP et Reuters

 

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